Festival de Cannes 2014

«Deux jours, une nuit», les frères Dardenne et le monde du travail

Marion Cotillard dans «Deux jours et une nuit», un film écrit et réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne.
Marion Cotillard dans «Deux jours et une nuit», un film écrit et réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne. Christine Plenus

La violence du monde du travail racontée tout en filigrane. Il faut s’appeler les frères Dardenne pour y arriver. Avec Deux Jours, une nuit qui sort ce mercredi 21 mai en salles, Jean-Pierre et Luc Dardenne se lancent pour gagner leur troisième Palme d’or au Festival de Cannes avec une Marion Cotillard complètement en fusion avec son rôle titre.

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Ils veulent avoir leur prime. Eux, ce sont les 16 salariés d’une petite entreprise. Mais comme c’est la crise, la direction les oblige de faire un choix. Soit ils reçoivent leur prime de 1 000 euros et leur collègue Sandra, devenue « moins productive » après un congé de maladie pour dépression, va être licenciée, soit on garde la collègue et on ne peut pas payer la prime. Bienvenue dans le monde cruel du capitalisme.

Toucher la prime ou garder Sandra, 14 sur 16 ont voté pour leur portefeuille. Les raisons sont multiples, la désespérance de Sandra totale. Comment vont-ils désormais payer leur loyer, nourrir les deux enfants ? En même temps, elle comprend ses collègues: ils doivent aussi payer leur maison, assurer les études de leurs enfants, régler les factures…

Reste une dernière chance : comme le contremaître avait fait pression sur certains, le patron accepte de refaire le vote lundi matin. Mis au pied du mur, il reste deux jours et une nuit pour leur faire changer d’avis, un par un, dans leur maison. Une tournée éprouvante qui montrera l’ampleur de la casse sociale parmi cette classe ouvrière.

La terreur de la productivité

Dans un film de 95 minutes qui passent comme un éclair, les frères Dardenne réussissent à concentrer autant de questions capitales de notre temps moderne : chômage, pauvreté, dépression, solidarité, violence économique et la terreur de la productivité. Les 24 heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig transposée dans la vie d’une ouvrière menacée de pauvreté et d’une rechute dans la dépression.

C’est Marion Cotillard qui incarne cette femme avec la sensibilité qui lui est propre : épaules rentrées, cou tendu, souffle coupé, tête baissée, sourire crispé, joie de vivre cassée par les bassesses de la vie, l’actrice se transforme physiquement et mentalement en Sandra, habitante d’une petite ville en Belgique. Elle essaie de ranger sa vie aussi bien que sa maison, mais : « C’est comme si je n’existe pas ». Même avec son propre mari, elle commence à avoir des doutes : Est-ce pitié ou amour ?

Les frères Dardenne restent fidèles au génie de la simplicité et aux rayons d’espoirs suscités pour la première fois dans Le Gamin au vélo. Dans Deux jours, une nuit, ils se contentent d’éclaircir les mécanismes et méthodes à l’œuvre. Un film salutaire sur la violence silencieuse qui règne au travail, acceptée trop souvent pour garder sa place. 

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