Festival de Cannes 2014

Marion Cotillard: «Ce qui me faisait rêver»

DEUX JOURS, UNE NUIT. Un film écrit et réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne.
DEUX JOURS, UNE NUIT. Un film écrit et réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne. Christine PLENUS

On les appelle les frères Dardenne, Jean-Pierre et Luc, deux réalisateurs belges également scénaristes et producteurs. Leurs films ont été multi-récompensés, déjà deux Palmes d'or et un Grand prix du jury ici au Festival de Cannes. Cette année ils sont de retour avec Deux Jours, une nuit, fidèle à leur fibre sociale, avec Marion Cotillard en ouvrière qui se bat pour sauver son emploi. Entretien avec l'actrice française et oscarisée.

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Comment définiriez-vous le personnage de Sandra ?

C’est une femme qui sort d’une dépression, qui se pense faible et qui va, en vivant cette aventure, se découvrir une force et une dignité qu’elle ne soupçonnait pas chez elle.

C’est une dépression très violente parce qu’elle dit à un moment du film « Je ne suis rien ». Marion Cotillard, vous avez construit ce personnage. Par moments vous avez un petit peu l’accent belge, parfois des intonations etc., mais on a le sentiment que vous l’avez essentiellement construit avec le corps.

Tout arrive un peu en même temps quand je commence à vraiment travailler sur un personnage. Mais c’est vrai que la physicalité est quelque chose qui est très, très importante pour moi, parce que je ne vois pas une construction du personnage sans construire la façon dont elle respire, la façon dont elle bouge. Parce que la manière d’être raconte beaucoup sur la personnalité de quelqu’un. Quelqu’un qui parle fort, quelqu’un qui parle doucement, quelqu’un qui rit fort, quelqu’un qui marche au ralenti, courbé, qui se ronge les ongles… Tout cela raconte quelque chose. Donc pour moi c’est toujours important de construire le personnage ; ce qu’il vit à l’intérieur, ses goûts, ce qu’il aime… Ses réactions aux choses, mais aussi au niveau du physique. Dans ce film, c’est quelqu’un qui est à terre et qui doit malgré tout avancer. Ça provoque forcément quelque chose dans son corps.

Quand on voit le film on se dit que c’est presque un film d’action. C’est presque le feuilleton télévisé américain 24 heures chrono. Est-ce que vous avez eu le même sentiment ?

Elle est dans l’action tout le temps. Et quand elle n’arrive plus à y être, elle est merveilleusement soutenue par son mari, ses enfants, ses amis qui la poussent à être dans l’action en permanence. Pour quelqu’un qui est en dépression, l’action c’est le plus compliqué. Parce que quand on n’a goût à rien et qu’on n’arrive pas à se lever, on ne peut pas être dans l’action.

Les réalisateurs, les frères Dardenne, comment sont-ils sur un plateau ?

On a eu un mois de répétition. On ne faisait que des plans séquence. Donc il fallait vraiment répéter et se roder pour ne pas perdre trop de temps à chercher l’unique mouvement, même si la caméra bouge, mais en tout cas l’unique trajet de la caméra pour une scène. Et les Dardenne, ils ont un niveau d’exigence inégalé.

Cela porte sur quoi ? Un exemple ?

Sur tout ! Le moindre détail, la moindre respiration, la façon dont une larme va tomber ! Tout est important chez eux et tout est maîtrisé avec en même temps à l’intérieur de ça une grande liberté. Je ne me suis jamais sentie aussi libre que dans un cadre très, très fort, sur une base très, très solide. Donc pour moi c’était une manière de travailler qui est idéale.

Deux Jours, une nuit se situe entre le grand film historique The Immigrant » de James Gray et la production britannique Macbethoù vous jouez Lady Macbeth aux côtés de Michael Fassbender. Passer d’une production qu’on imagine conséquente à la légèreté des tournages des frères Dardenne, est-ce que c’est un plaisir ?

Moi c’est ce dont j’ai toujours rêvé, de pouvoir passer d’un univers à un autre et que ce soit totalement différent, de plonger dans l’inconnu à chaque fois. C’est ce qui me faisait rêver quand j’étais toute jeune actrice. Les comédiens qui me fascinaient étaient les comédiens qu’on ne reconnaissait pas d’un film à l’autre. Donc avoir la chance de pouvoir toucher à ça aujourd’hui, c’est une vraie immense chance pour moi.

Après, les deux productions que vous citez  étaient des films avec des budgets minuscules. Donc au bout du compte il y avait avec les frères Dardenne beaucoup plus de confort de travail. Et quand je parle de confort de travail, je ne parle pas d’une belle caravane ou des trucs comme ça. Je parle de temps. Parce qu’une journée de tournage ça coûte très cher. Donc quand on n’a pas d’argent c’est réduit au minimum. Pour le film des frères Dardenne qui se passe dans la même ville avec à peu près les mêmes costumes, on avait onze semaines pour le tourner, avec un mois de répétitions, alors que pour Macbeth on a eu huit semaines, alors que c’est une reconstitution historique.

→ Lire aussi: «Deux jours, une nuit», les frères Dardenne et le monde du travail
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