Festival de Cannes 2014

Jean-Luc Godard, un nouveau souffle dans une autre dimension

Le chien Roxy dans ADIEU AU LANGAGE de Jean-Luc Godard.
Le chien Roxy dans ADIEU AU LANGAGE de Jean-Luc Godard. Wild Bunch

Adieu au langage du cinéaste franco-suisse est en lice pour la Palme d’or au Festival de Cannes. Quand Jean-Luc Godard met en scène son chien Roxy en 3D, cela suscite des reflexes pavloviens. Il y a ceux qui crient au génie, d’autres qui adressent leurs condoléances au maître ayant perdu la tête. Chaussez vos lunettes !

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L’alerte est donnée dès le début : « tous ceux qui manquent d’imagination se réfugient dans la réalité. » Superposé à l’écran, le mot « Adieu » en rouge-feu nous est jeté à la figure.

C’est la guerre, l’amour à Hollywood ou la gueule d’un chien : images pixélisées, jeu vidéo, archives, enregistrement amateur. L’explosion du langage imagé ne vient pas de commencer tout en soulignant : « je cherche la pauvreté dans le langage. »

Avec la Nouvelle vague, Godard avait fait bouger la caméra, Adieu au langage fait bouger les dimensions. À 83 ans, le cinéaste franco-suisse s’est encore une fois renouvelé. Après avoir fait sa mue, Godard ne se contente plus de projeter des images plus ou moins rythmées, cadrées ou colorées sur un écran, il a rajouté une dimension supplémentaire. Au-delà d’avoir produit avec 1h10 le film le plus court de la compétition, au-delà du format 3D, Godard est devenu peintre dans un autre monde. « Je ne suis pas non plus là où vous croyez encore que j’y suis encore. En fait, je suis d’autres pistes » écrit-il dans sa lettre-vidéo envoyée pour adoucir son absence au Festival de Cannes. « Ceci n’est plus un film, mais accessoirement meilleur. » Il s’entoure de Van Gogh, Monet (« Peindre ce qu’on ne voit pas »), prend la mesure chez Nicolas de Staël, le peintre mouvant sans étiquettes et courants, et se plaint qu’« il n’y a pas de prix Nobel pour la peinture ».

La 3D et l'essuie-glace

Chez Godard, la 3D est le contraire d’une démarche racoleuse. Il renvoie les récits monocordes des superproductions 3D au diable. Lui, il utilise la 3D comme les graffeurs la bombe. Il n’hésite pas à déclencher en troisième dimension l'essuie-glace pour dégager notre vue.

Questions philosophiques, sociétales, historiques, technologiques, politiques, tout y passe : « En 1933, Hitler arrive au pouvoir démocratiquement » . « Tout ce qu’il avait dit, il l’avait fait ». « La société est-elle prête à accepter le meurtre pour faire reculer le chômage ? » « Aujourd’hui, tout le monde a peur ». Là où d’autres cinéastes de génie comme les frères Dardenne dissertent sur deux heures, Godard le résume dans une phrase, grâce à une œuvre remplie de citations et références. Il nous titille avec des hyperliens imagés, une sorte d’assemblage de notes de bas de pages qui renvoient à une multitude d’œuvres anciennes. La forme est râpée avec des scènes sauvagement entrecoupés, des voix et parfois même des images 3D superposées. La nouvelle équation cinématographique : deux fois 3D = Godard.

Et puis le chien Roxy n’arrête pas d'occuper l’écran. On parle des droits des animaux, des êtres qui ne peuvent pas mentir, qui ne sont pas esclaves de leur raison. Un couple nu se dispute, Godard s’amuse à montrer l’origine du monde et les pieds de l’homme. « Il n’y a pas de nudité dans la nature. » Chaque apparition de l’animal semble nous signifier : arrêtez de penser. Regardez !

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