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Art de rue

Festival d’Aurillac: trois spectacles marquants du "IN"

« Habitaculum », de la compagnie Kamchàtka.
« Habitaculum », de la compagnie Kamchàtka. Vincent Muteau / DR
Texte par : Grégoire Sauvage
6 mn

Avant-gardistes, contestataires, profondes, cocasses, les propositions des artistes de rue n’ont pas manqué d’imagination cette année encore à Aurillac. « Cette grande fête de l’art où tout le monde est appelé à s’exprimer », selon les mots de son directeur, Jean-Marie Songy, a invité 21 compagnies pour cette 29e édition. Retour sur trois performances du « IN » particulièrement remarquées.

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« Habitaculum » de la compagnie Kamchàtka

Les spectateurs sont d’abord débarrassés de leurs effets personnels : sacs à dos et lunettes de soleil n’ont pas leur place dans l’« habitaculum », une grande maison de maître située en périphérie d’Aurillac. A l’intérieur, on entre dans un monde surréaliste et poétique : une cuisine remplie de citrons, une salle dont le sol est recouvert de sable, une autre avec des billes en polystyrène et des ventilateurs simulant une joyeuse tempête de neige. Chaque pièce de cette maison de deux étages fourmille de détails surprenants et amusants mais ce sont surtout ses étranges habitants, habillés comme au début du XXe siècle, qui retiennent l’attention. Entre eux et nous, tout se passe sans un mot. Un geste, un sourire, une petite attention suffisent à nous comprendre. Pas à pas, nous, les étrangers de la maison, découvrons leur histoire.

Au deuxième, il y a des photographies en noir et blanc des ancêtres de la famille mais aussi celles de clandestins africains entassés sur un bateau ou une file d’attente devant une préfecture. On pense tout de suite aux costumes années 20 des habitants : est-ce une référence aux immigrés de la guerre civile espagnole, pays dont la compagnie est originaire ? Mais pour nous, c’est déjà l’heure du départ. Leurs regards bienveillants deviennent tristes et inquiets. Ils nous confient un manteau et une valise. On se prend dans les bras une dernière fois avant de quitter la gorge serrée « notre » maison, un peu comme ces hommes et ces femmes qui un jour doivent laisser derrière eux leur culture et les gens qu’ils aiment.

« Cinérama » de la compagnie Opéra Pagaï

« Le principe du spectacle, c’est comme quand on regarde passer les gens et que l’on se demande : mais lui d’où vient-il ? Où va-t-il ? Quelle est sa vie ? », explique Cyril Jaubert, le metteur en scène. Dans Cinérama, les spectateurs sont les complices d’une histoire qui s’écrit sous leurs yeux par deux scénaristes-narrateurs attablés à une terrasse de café. Les acteurs ont des micros, le public lui est équipé d’oreillettes, si bien que les passants qui traversent cette place située devant la mairie d’Aurillac ne se doutent de rien et deviennent les figurants involontaires du spectacle.

Scène de « Cinérama », de la compagnie Opéra Pagaï.
Scène de « Cinérama », de la compagnie Opéra Pagaï. Vincent Muteau / DR

« On pourrait écrire une histoire qui se passe sur cette place, il y a tout ce qu’il nous faut ici, regarde toutes ces vies qui se croisent ! », commence l’un des scénaristes. Peu à peu, nos deux héros cernent les personnages principaux incarnés par d’autres acteurs : il y a Jeanne, la jeune banquière qui tombe amoureuse de Mario l’ouvrier au chômage ou encore Fred le policier en civil. C’est le début d’un chassé-croisé effréné entre la vie réelle et ces destins fictifs. Ici pas de caméra, c’est notre œil qui est sollicité pour faire le point sur la scène en train d’être joué sur un bout de la place, dans une voiture ou à la fenêtre d’un appartement. Cinérama nous emmène ici du mélodrame à la comédie en passant par le western et le film noir. « L’idée c’était de retrouver l’émotion que l’on peut avoir au cinéma mais de la transposer avec les outils du théâtre. »

« Le banquet de la vie » de la compagnie Théâtre du Voyage intérieur 

Le rendez-vous a lieu la nuit. A l’écart de la ville, un chemin tortueux éclairé par des bougies mène une cinquantaine d’invités vers une nappe sur laquelle sont posés assiettes, bouteilles de vin, tire-bouchons, charcuteries, fromages et desserts. Les convives s’équipent puis continuent à descendre vers une clairière où est dressée une immense table circulaire illuminée par des lampions. Tout le monde prend place. Les plats passent de main en main, on débouche des bouteilles, on porte un toast, on se regarde un brin ahuri par la situation. Mais au fait, qui sont les acteurs parmi les spectateurs ?

« Moi, ça me rappelle quand j’étais gamin. Dans le village, quand il y avait des enterrements, les gens sortaient les tables et les mettaient en cercle », lance un convive. Les masques tombent. Les quatre acteurs se dévoilent l’un après l’autre racontant des histoires intimes et partageant leurs réflexions sur la vie et sur la mort comme lors d’un repas entre copains où l’on a un peu trop bu. Les spectateurs peuvent intervenir s’ils le souhaitent. Ce soir là, l’ambiance est chaleureuse mais le public observe plus qu’il ne participe. Ce n’est pas toujours le cas. « Il y a un soir où un spectateur voulait absolument chanter des airs d’opéra ! », s’amuse Léa Dant, la metteur en scène. « J’avais envie de faire un spectacle pour célébrer la vie et la nourriture aussi bien spirituelle que le fait de manger ensemble dans un cercle… cela me paraissait opportun ». A la fin, les invités dansent tous ensemble sur de la musique tsigane. On a presque l’impression que l’on se connaît depuis toujours.

« Le banquet de la vie », de la compagnie Théâtre du Voyage intérieur.
« Le banquet de la vie », de la compagnie Théâtre du Voyage intérieur. Vincent Vanhecke

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