CULTURE

Patson et ses protégés de «La vie de ma mère, ma banlieue est drôle»

Patson et ses jeunes comédiens de «La Vie de ma mère ! Ma banlieue est drôle». De gauche à droite : Mohamed Konté, Jackee Toto, Linda Nasrallah, Sarah Duvantru, Mohamed Konaté, Ricardo.
Patson et ses jeunes comédiens de «La Vie de ma mère ! Ma banlieue est drôle». De gauche à droite : Mohamed Konté, Jackee Toto, Linda Nasrallah, Sarah Duvantru, Mohamed Konaté, Ricardo. DR

Ils font leurs débuts au Splendid, le fameux café-théâtre parisien de la bande des Bronzés. 40 représentations cet été pour les 6 jeunes comédiens de «La Vie de ma mère ! Ma banlieue est drôle». Ils ont entre 13 à 26 ans, viennent de Sarcelles, et racontent avec humour leur banlieue dans une série de sketches mis en scène par l'humoriste Patson, un ancien du Jamel Comedy Club.

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Il y a la femme enceinte en djellaba qui peste contre l'ascenseur en panne et le juge «raciste» parce qu'il ne marche «jamais pour les Noirs et les Arabes, seulement pour les Français». Sa voisine antillaise qui s'interroge au sujet de ses fils tous divorcés : « je me demande si leur père n'a pas mis du viagra dans leurs biberons ». Les deux jeunes qui squattent au pied de leur tour, ou encore le cousin venu d'Afrique pour quelques jours, qui s'installe pour 6 mois, et appelle le pays en PCV. Une galerie de personnages campés par de jeunes comédiens qui, il y a un an, n'étaient pour la plupart jamais vraiment montés sur les planches.

Un projet pédagogique signé Patson

S'ils se donnent à fond sur scène, pleins d'énergie et de talent, quatre d'entre eux reprennent le chemin de l'école la semaine prochaine, au collège pour le plus jeune, âgé de 13 ans. Au lycée ou en BTS pour les autres. « Patson y tient, ça fait partie du contrat qu'on a signé avec lui, explique Mohamed Konaté qui entre en première, il veut qu'on poursuive nos études, et de façon générale il insiste beaucoup pour qu'on soit ponctuels et assidus, au théâtre aussi ».

Car plus qu'un spectacle, cette pièce est un projet pédagogique et socioculturel. Elle est le fruit de ce que l'humoriste d'origine ivoirienne appelle ses Top Shows. Depuis 5 ans, il se rend dans les banlieues parisiennes et prépare un spectacle pour la ville avec une quarantaine d'enfants et ados sélectionnés sur casting dès lors qu'ils font preuve de talent pour la comédie, la danse, le slam ou le rap. Avec ses protégés de Sarcelles, il est allé plus loin, travaillant un an après le Top Show pour monter avec eux « La vie de ma mère ! Ma banlieue est drôle ».

« Je dois tendre la main à mon tour »

Il faut dire que Patson -Patrice Mian Kouassi de son vrai nom- est un ancien éducateur. C'est aussi un grand admirateur de Coluche, pour sa capacité à déclencher des hurlements de rire, mais aussi pour les Restos du Coeur. « Et puis on m'a tendu la main », explique Patson, lui qui à l'âge de 12 ans a quitté la Côte d'Ivoire pour la France, seul, envoyé là par sa mère. « Je dois tendre la main à mon tour », dit-il. « J'avais été envoyé chez une cousine, et ça s'est mal passé... du coup je me suis retrouvé seul à 12 ans à la rue, en France », précise Patson. C'est ma prof d'anglais au collège qui m'est venue en aide, elle a trouvé une famille, les Chabin, qui m'ont accueilli. Eux se sont occupés de moi. Je les considère aujourd'hui comme mes parents. Si je monte sur scène, si je mène la vie que j'ai, c'est grâce à ces gens-là, ajoute l'humoriste qui conclut : quand on vous donne, il faut donner à son tour, c'est ça le cycle de la vie ».

Sarcelles, en haut de l'affiche au Splendid

Ses jeunes protégés de Sarcelles aujourd'hui ne savent pas s'ils pourront faire de la comédie leur métier. Ils en rêvent tous plus ou moins désormais. Mais Linda Nasrallah, particulièrement à son aise quand elle enchaîne les rôles, estime avoir déjà gagné bien plus que cela. « Au début j'étais très timide, je parlais tout bas, comme à l'école d'ailleurs, j'avais honte », confie-t-elle, « mais j'ai gagné en maturité, en confiance en moi, aujourd'hui je pourrais prononcer des discours devant n'importe qui, et je me sens tellement bien sur la scène !».

« Rendez-vous compte, on arrive au Splendid où ont joué Gérard Jugnot et Josiane Balasko », ajoute Sarah Duvantru, très fière, comme les autres. Fière aussi d'avoir l'occasion de donner une autre image de sa ville : « On parle si peu des jeunes de Sarcelles comme nous... C'est notre moment ! A nous de montrer à ceux qui ne connaissent pas la banlieue qu'il y a là bas des gens comme eux qui savent rire, avoir une passion, se tenir dans un groupe ! ». Si Sarcelles a fait en juillet la Une des journaux pour ses violences, il y avait au même moment sur la scène du Splendid ces jeunes comédiens en devenir, de Sarcelles eux aussi.


* «La vie de ma mère ! Ma banlieue est drôle», jusqu'à dimanche 30 août au Splendid
* Patson, de nouveau sur scène tous les soirs pour son one man show « Mon nom est Patson» repris au Théâtre du Gymnase à Paris

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