Cinéma

«Saint-Laurent», un défilé de scènes signé Bertrand Bonello

Gaspard Ulliel dans le rôle de Yves Saint-Laurent du film de Bertrand Bonello.
Gaspard Ulliel dans le rôle de Yves Saint-Laurent du film de Bertrand Bonello. 2014 MANDARIN CINEMA – EUROPACORP – ORANGE STUDIO – ARTE France

Le film vient d'être proposé par la France pour l'Oscar du meilleur film étranger et sortira ce mercredi 24 septembre en France. Bertrand Bonello s’attaque à un portrait intérieur d’un des plus grands couturiers de tous les temps. Saint-Laurent raconte la vie tumultueuse, la sensibilité et les passions dévorantes de ce génie de la haute couture dans une période précise de sa vie : de 1967 à 1976.

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C'est la première scène qui porte tout l'intérêt et aussi la contradiction de ce film qui met à nu la fragilité exacerbée et la sensibilité hors du commun d'Yves Saint-Laurent. On est en 1974, le créateur se trouve à l'olympe de sa carrière après les célèbres collections Mondrian et Libération qui l’avait propulsées sur la scène internationale. Mais là, on le voit dans un grand hôtel payer en espèce et sous un faux nom une chambre pour une nuit : « Vous êtes venu à Paris pour le business ? » lui demande-t-on à l'accueil. « Non, répond YSL, pour dormir. »

Arrivé dans la chambre, il décroche le téléphone pour dire à son interlocuteur qu'il est prêt à donner l'interview. Avec vue sur la Tour Eiffel, on observe alors un homme en possession de ses forces physiques et mentales parler de son internement psychiatrique pendant la guerre d'Algérie, des thérapies d'électrochocs subies, des menaces d'attouchements sexuels, du fait qu'il est allé pendant un mois que deux fois aux toilettes, parce qu'il avait la peur au ventre. Ainsi il avait quitté ce lieu amaigri jusqu'aux os avec un poids de 35 kilos.

Cette séquence ne dure que quelques petites minutes dans ce film de deux heures et demie. On ne saura pas plus sur les origines et les circonstances de ce traumatisme qui avait provoqué le licenciement par la maison Christian Dior en 1960 et finalement la création de sa propre maison de couture.

YSL et Pierre Bergé

Bien plus tard dans le film apparaîtra Pierre Bergé (aujourd'hui copropriétaire de médias comme Le Monde, Télérama, Courrier International ou Nouvel Observateur) prétendant  catégoriquement qu’Yves Saint-Laurent n’aurait jamais donné cette interview et menaçant en tant que propriétaire de la marque YSL le journaliste avec un procès au cas où celui oserait publier l’entretien. Bonello dresse un portrait assez mordant de Bergé. Il est montré comme un homme qui sait durement négocier en affaires, qui sait merveilleusement exploiter le talent artistique de son compagnon et qui tolère toutes les escapades sexuelles de ce dernier sous condition que le calendrier des défilés ne sera pas menacé. Peu étonnant que Bergé ait refusé à Bonello l’accès aux archives d’Yves Saint-Laurent pour faire le film. « Il ne m’a pas prêté une chemise » se plaignait le réalisateur.

Pour autant, Bonello a entrepris un énorme effort de reconstitution de costumes et de lieux, de l’appartement rue Babylone à l’atelier rue Spontini, la mythique discothèque Sept, jusqu’à la demeure à Marrakech où Saint-Laurent avait l’habitude de dessiner ses collections.

Les séquences tournées donnent des images très réussies. Dans un split screen, Bonello laisse défiler les actualités brûlantes à côté des collections classiques d’Yves Saint-Laurent. Néanmoins, le résultat semble trop léché pour respirer vraiment l'époque et la vie vertigineuse évoquées dans le film. On souffre presque plus avec le chien, décédé d’une overdose de drogues laissées par terre qu’avec Saint-Laurent qui se redresse toujours après ses orgies d’alcool, de drogues ou de sexe censées stimuler sa créativité.

Un défilé de scènes

À la fin, le film s'apparente autant à un défilé de mode que de scènes et épisodes alignés qui tournent parfois en rond et qui n’arrive pas à percer le secret du créateur. Peut-être manquait-il un regard acerbe comme Karl Lagerfeld est capable de le donner. Le grand rival reste hors champs et sera évoqué seulement au travers de Jacques de Bascher, ce dandy et grand amour partagé par les deux hommes, devenus des marques YSL et KL. Bonello divague entre ces matières explosives, mais à la fin, il n'y a rien qui détonne, à part Gaspard Ulliel dans le rôle titre qui incarne majestueusement la sensibilité et la fébrilité du personnage. Mais que dire de Léa Seydoux qui avait illuminé et allumé avec La Vie d’Adèle le Festival de Cannes et le cinéma en 2013 ? Dans Saint-Laurent, elle se retrouve à côté du mannequin sous les traits de la créatrice Loulou de la Falaise, chère à YSL, dans un seconde rôle certes de premier plan, mais finalement pâle et insignifiant.

Ce mercredi 25 septembre, le réalisateur de Saint Laurent, Bertrand Bonello, est notre Invité Culture.

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