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Grand Palais: «Le Hokusai d’aujourd’hui, ce n’est pas Miyazaki»

Katsushika Hokusai (1760 - 1849) : Choshi dans la province de Soshu. Série : Mille images de la mer. Vers le début de l'ère Tempo (vers 1830-1834). Estampe nishiki-e, format chuban. Signature : Saki no Hokusai litsu hitsu. Paris, Mnaag.
Katsushika Hokusai (1760 - 1849) : Choshi dans la province de Soshu. Série : Mille images de la mer. Vers le début de l'ère Tempo (vers 1830-1834). Estampe nishiki-e, format chuban. Signature : Saki no Hokusai litsu hitsu. Paris, Mnaag. RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris) / Thierry Olivier

Pendant 70 ans, il a peint tous les jours, mais le grand public a surtout retenu la Grande Vague, sa célèbre estampe issue de la série des Trente-six vues du Mont Fuji. Avec 528 œuvres exposées, le Grand Palais à Paris vient d’inaugurer la plus grande rétrospective de Hokusai (1760-1849) jamais présentée en dehors du Japon : des peintures pour partie inédites, mais aussi des dessins, des estampes, des mangas, des livres qui montrent toutes les six périodes de création de ce génie qui changeait autant de fois sa signature. Entretien avec l'un des plus grands spécialistes de Hokusai, Seiji Nagata, directeur du Katsushika Hokusai Museum of Art.

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Dans le creux d’une vague au large de Kanagawa, nommée aussi Grande Vague, est l’image la plus connue de Hokusai. Elle est souvent utilisée pour illustrer des catastrophes. Quel est aujourd’hui le plus grand malentendu par rapport à l’œuvre de Hokusai?

Le plus grand malentendu est l’impression que la seule œuvre importante de Hokusai est la série des Trente-six vues du Mont Fuji dont la Grande Vague est issue. Mais c’est une fausse impression. Hokusai a pratiquement vécu jusqu’à l’âge de 90 ans. Cette série du Mont Fuji, il l’a peinte entre 70 et 74 ans. C’est une toute petite partie de sa carrière de peintre. Cette exposition présente l’ensemble de sa carrière entre l’âge de 20 ans jusqu’à sa mort. Pendant 70 ans, il a peint tous les jours. Des autres époques, il a laissé des œuvres magnifiques.

Il y avait déjà beaucoup d’expositions sur Hokusai. En quoi cette exposition au Grand Palais est unique?

On avait organisé une exposition assez proche à celle-ci au Martin-Gropius-Bau à Berlin, mais elle n’était pas si importante qu’ici au Grand Palais à Paris et l’ampleur des œuvres montrées n’était pas si importante, mais à l’époque, cela faisait beaucoup de bruit et beaucoup de visiteurs.

Hokusai est l’un des cinq noms d’artiste adoptés par l’artiste, né en 1760 sous le nom de Tokitaro. Dans l’exposition, il y a plein de choses à découvrir : des peintures inédites, des estampes très fragiles et chaque visiteur trouvera probablement une nouvelle œuvre fétiche qui lui marquera aussi fortement que la Grande vague. Prenons l’exemple de Zhong Kui l’Exorciste, un travail en couleur vermillon censée de conférer une protection contre la variole. On en peut admirer plusieurs variations d’épaisseurs d’encre et en plusieurs formats : aussi bien en dessin préparatoire qu’en rouleau suspendu, sur soie, en bois gravé.

Des parents riches avaient commandé à Hokusai ces œuvres où Zongh Kui, un guerrier chinois, est représenté. Ce guerrier issu d’un légende a battu des ogres. Après, il est devenu au Japon un symbole contre les maladies des enfants. Au Japon, le cinquième mois du calendrier japonais, il y a une fête des enfants où les parents souhaitent à leurs enfants la santé et le bonheur. 

L’exposition montre des Vues célèbres de la Chine, exécutées avec une minutie impressionnante comme des œuvres monumentales réalisées avec une rapidité époustouflante à l’instar du portrait spectaculaire de 18 x 10 mètres du moine Daruma, réalisé en 1817 en une demi-journée et qu’on peut admirer sous forme d’une reproduction exposée dans le grand escalier du Grand Palais.

Justement, les qualités les plus importantes de Hokusai, ce sont la minutie et la rapidité, c’est-à-dire les traits de pinceau exécutés.

On a beaucoup parlé de cette œuvre de petite taille et d’une grande puissance qui est la Grande Vague. Par contre quelle est l’histoire du bleu employé?

Il s’agit d’un bleu prussien qui est né à Berlin, en Allemagne. À l’époque, Hokusai utilisait aussi le bleu « indigo japonais », mais il aimait beaucoup ce bleu qui venait de l’étranger. Il a continué à utiliser cette couleur naturelle qu’on pourrait appeler « bleu berlinois ». À l’époque de Hokusai, il y avait aussi un autre peintre d’estampes célèbre, Hiroshige, qui utilisait le même bleu que Hokusai. C’était une couleur très spéciale, parce que c’était un bleu importé. Donc quand Hiroshige l’utilisait, on l’appelait le bleu de Hiroshige. Mais quand c’était Hokusai qui l’utilisait, on l’appelait bleu de Hokusai. C’est un bleu très fort et très marquant et il avait une façon très spécifique de l’utiliser.

Aujourd’hui, on surnomme Hokusai souvent « le Picasso de l’époque Edo ». Pourquoi c’est lui qui est aujourd’hui devenu le peintre le plus célèbre de l’époque Edo et non pas Hutagawa Hiroshige ou Ogata Korin, des peintres qui avaient également marqué cette époque.

La façon de vivre de Hokusai est un peu similaire à Picasso. Picasso adorait Hokusai jusqu’à la fin de sa vie. Et comme Picasso, Hokusai a créé beaucoup d’images avec un impact très fort.

Qui est le Hokusai d’aujourd’hui? Est-ce le réalisateur Miyazaki ?

Je n’ai pas d’idée, mais ce n’est pas Miyazaki. Le dernier nom de Hokusai était Gakyo Rojin Manjii, « Manji, le Vieil Homme fou de peinture ». Picasso vivait pareil, mais aujourd’hui, je ne vois pas un autre Gakyo Rojin Manji au Japon.

 

Traduction du japonais : Nao Kaneko.

Dans l’usage de la couleur, il y a la même liberté que dans le travail du dessin.

Laure Dalon, co-commissaire de l’exposition Hokusai, donne des explications sur l’estampe « Pêcheur » (vers 1818-1830), considérée comme un (des très rares) autoportrait(s) de Hokusai, sur le caractère de l’artiste et son usage de la couleur.

 

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Hokusai, exposition au Grand Palais, du 1er octobre au 18 janvier. L’exposition sera découpée en deux volets afin de garantir la bonne conservation des œuvres les plus fragiles. Cette opération nécessitera dix jours de relâche entre le 21 et le 30 novembre 2014.

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