Théâtre

«Hypérion», un spectacle révolutionnaire

«Hypérion», une adaptation du roman de Friedrich Hölderlin par Marie-José Malis, metteuse en scène et directrice du théâtre de la Commune à Aubervilliers.
«Hypérion», une adaptation du roman de Friedrich Hölderlin par Marie-José Malis, metteuse en scène et directrice du théâtre de la Commune à Aubervilliers. Christophe Raynaud Delage
Texte par : Arthur Baldensperger
4 mn

C’est une adaptation du roman épistolaire de Friedrich Hölderlin par Marie-José Malis, metteuse en scène et nouvelle directrice du théâtre de la Commune à Aubervilliers, près de Paris. Imprégné de l’idéalisme allemand, Hypérion est un texte porteur de sagesse et d’espoir. Il gagne à être connu par le plus grand nombre.

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Hypérion, dans la mythologie grecque, c’est l’un des Titans, assimilé au Soleil. Dans la pièce de théâtre, il s’agit d’un jeune Grec au 18e siècle qui, face à l’occupation de son pays par les Turcs, se demande comment redonner à la jeunesse la possibilité d’agir sur son destin. Il est donc question de l’échec, mais surtout de la possibilité de surmonter l’échec. Le poète et philosophe allemand y développe, juste après la Révolution française, une réflexion profonde sur l’invention de la politique, à travers une forme poétique novatrice.

« La révolution se fait par la répétition »

Marie-José Malis, artiste et intellectuelle, nous propose de ré-entendre ce texte aujourd’hui parce que, comme l’écrit Walter Benjamin, qu’elle cite, « la révolution se fait par la répétition » : afin de la rendre fructueuse, nous devons imiter ceux qui nous ont précédés, car elle ne se fera jamais par miracle, à partir de rien. Le texte est d’une rare intensité, mais il est aussi écrit dans une langue très littéraire : le rendre clair et audible à partir d’une scène de théâtre relève donc d’un double défi. Comment porter cette parole aujourd’hui ? Il s’agit de rechercher, de retrouver une humanité authentique.

Le décor est très humble : il représente un morceau de rue populaire en décrépitude, avec un café au nom grec et sa petite terrasse, un garage Peugeot fermé, une affiche publicitaire pour voyager en Égypte, des fils électriques… Une réalité prosaïque qui évoque des événements politiques, économiques et sociaux récents (on pense à la Grèce, à l’Égypte…). À gauche, un petit monument aux morts nous rappelle les absents, et notre héritage.

Le processus de pensée

Dix comédiens se partagent ce texte, se passant la parole fluidement, tranquillement, fermement, sculptant l’espace par le mouvement qui lie l’individu au groupe. Il n’y a pas d’hésitations, il y a de l’émotion dans les voix. Les silences, les contrastes vocaux, les quelques gestes simples permettent de faire résonner le sens de ces phrases denses. Le processus de pensée qui traverse l’acteur devient perceptible par le spectateur. C’est là toute la magie et la profonde originalité de ce « théâtre de la pensée » que pratique Marie-José Malis. Nous devons adopter cette écoute particulière, mais c’est un procédé qui n’exclut aucun spectateur : le ton des interprètes est simple, sans artifice, et surtout magnifiquement adressé. Rarement, au théâtre, on s’est sentis à ce point concernés.

Déroutante, la démarche de cette metteuse en scène engagée l’est. Or, en allant voir Hypérion, on peut aussi avoir l’impression d’entrer enfin dans un espace d’écoute et de communication réelles, où le temps est utilisé pour penser en profondeur notre condition et nos désirs.

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Hypérion, mise en scène par Marie-José Malis, jusqu’au 16 octobre 2014 au Théâtre de la Commune, Aubervilliers. Les 6 et 7 novembre aux Quinconces-L’espal, Théâtres du Mans. Du 2 au 6 décembre à la Comédie de Genève. Les 15 et 16 décembre au Théâtre de l’Archipel à Perpignan. Du 10 janvier au 21 janvier au Théâtre National de Strasbourg. Du 27 au 31 janvier au Théâtre Dijon Bourgogne.

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