Exposition

Au musée Jacquemart-André, Le Pérugin est le maître de Raphaël

Un tableau du Pérugin (à g.) à côté d’une peinture de Raphaël. « Francesco delle Opere » (1494) du Pérugin, Florence, Galleria dgli Uffizi. « Buste d’ange » (retable de Saint Nicolas de Tolentino), 1500-1501, de Raphaël et Evangelista da Pian di Meleto.
Un tableau du Pérugin (à g.) à côté d’une peinture de Raphaël. « Francesco delle Opere » (1494) du Pérugin, Florence, Galleria dgli Uffizi. « Buste d’ange » (retable de Saint Nicolas de Tolentino), 1500-1501, de Raphaël et Evangelista da Pian di Meleto. ©Soprintendenza Speciale + ©Pinacoteca Tosio Martinengo, Brescia
Texte par : Grégoire Sauvage
5 mn

C'est un oublié de la Renaissance italienne auquel le Musée Jacquemart-André rend hommage, jusqu’au 19 janvier. Longtemps éclipsé par Raphaël, dont il a peut-être été le maître, Pietro Vannucci dit Le Pérugin (1450 -1523) était pourtant considéré en son temps comme le plus grand peintre d'Italie. Une cinquantaine de chefs d'œuvre permettent de remettre à sa juste place ce contemporain de Botticelli et de Léonard de Vinci.

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Nous sommes devant l'un des chefs d'oeuvre de l'exposition : le portrait de Francesco delle Opere, un marchand florentin peint par Le Pérugin en 1494. Il porte un béret noir, une veste rouge, ses cheveux sont frisés, l'expression du visage, légèrement asymétrique, est sérieuse. Derrière lui, un paysage vert et bleu nous emmène vers des montagnes noyées sous la brume. Mais c'est surtout la main gauche du personnage qui retient l'attention. « Il a la main posée sur le cadre. Mais, en réalité, ce n’est pas tout à fait ça, observe Nicolas Sainte-Fare Garnot, le conservateur du Musée Jacquemart-André. Le cadre simule le rebord de la fenêtre. Donc on est à cheval sur l’espace réel qui est le nôtre et puis l’espace du tableau qui est un espace d’illusion. Pérugin nous emmène à ‘pénétrer’ dans le tableau. »

Le peintre originaire de Pérouse est alors au sommet de sa gloire. Quelques années plus tôt, le Pape Sixte IV lui a même confié les travaux de décoration de la Chapelle Sixtine. Sa science de l'équilibre des couleurs et la sérénité cristalline de ses Vierges à l'enfant ont fait du Pérugin le peintre le plus apprécié de cette seconde moitié du 15e siècle. Moderne et raffiné, son style est une habile synthèse de la peinture italienne et de la peinture flamande. « Il a un vrai souci d’aller chercher le meilleur là où il se trouve. La perspective, cette maîtrise de l’espace, il va la chercher à Florence. L’influence de la peinture flamande est une autre chose passionnante. Cela montre bien que Pérugin ne se contente pas de regarder les tableaux italiens. Et la chose la plus importante est la technique de la peinture à l’huile, parce qu’elle permet cette vibration atmosphérique, cette profondeur qui n’est pas rendue de la même façon dans ce qu’on appelle la peinture a tempera, c'est-à-dire la peinture à l’œuf, qui est traditionnellement pratiquée par les Italiens. »

Raphaël a-t-il été l'élève du Pérugin? Les experts hésitent encore sur ce point même si l'influence du vieux maître sur le jeune prodige ne fait aucun doute : même délicatesse du trait, même attitude des personnages dans ce splendide retable de Saint Nicolas de Tolentino réalisé vers 1500 par le divin Raphaël, un retable exceptionnellement réuni pour cette exposition, car ses différents éléments sont habituellement divisés entre Paris, Brescia et Naples.

Nicolas Sainte-Fare Garnot, conservateur du Musée Jacquemart-André et commissaire de l'exposition Le Pérugin, maître de Raphaël.

Le Pérugin, maître de Raphaël, jusqu’au 19 janvier au musée Jacquemart-André à Paris.

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