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Corée du Sud / Entretien

«La qualité du hanji a été reconnue comme la meilleure au monde»

Park Youngkyu, président du conseil d’administration de la Fondation coréenne pour l’artisanat et le design (Korea Craft & Design Foundation, KCDF).
Park Youngkyu, président du conseil d’administration de la Fondation coréenne pour l’artisanat et le design (Korea Craft & Design Foundation, KCDF). Kèoprasith Souvannavong / RFI
5 min

Le hanji fait partie intégrante de la vie des Coréens depuis leur naissance jusqu’à leur mort. Fleuron de l’artisanat du Pays du matin calme, ce papier traditionnel, d’une qualité réputée exceptionnelle, reste pourtant quasiment inconnu à l’étranger. Afin de le promouvoir sur les cinq continents, un premier colloque international s’est tenu à Séoul le 19 décembre 2014, avec la participation de plus de 300 personnes. Park Youngkyu, président du conseil d’administration de la Fondation coréenne pour l’artisanat et le design (KCDF), organisatrice de cette grand-messe patronnée par le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme, explique à RFI l’importance de ce rendez-vous et les enseignements qu’il en tire.

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RFI : Comment vous est venue l’idée d’organiser un colloque international sur le hanji, le papier traditionnel coréen, ici à Séoul ?

Park Youngkyu : En Corée, le hanji a toujours été indissociable de notre vie quotidienne, parce qu’il a une grande utilité. D’abord pour l’écriture, les livres, puis comme papier peint. Mais aujourd’hui, on y a de moins en moins recours. Afin de le relancer, nous avons mis sur pied ce colloque pour sonder l’opinion générale et surtout connaître le point de vue des spécialistes étrangers, car nous les Coréens, obsédés par la gloire du hanji, nous sommes parfois trop subjectifs. Et pour promouvoir ce papier traditionnel au niveau mondial, nous encourageons la créativité en diversifiant les usages du hanji, qui n’est plus seulement destiné à la calligraphie, la peinture et les emballages, ses fonctions premières. Cette créativité se concrétise dans l’artisanat où le hanji est de nos jours utilisé pour fabriquer des abat-jour, des objets décoratifs ; mais aussi dans la mode où le hanji entre dans la composition des sacs, des vêtements. En effet, le hanji, une fois mélangé à de l’eau, devient très résistant puisqu’il est composé de longues fibres qui s’entrecroisent. Nous voulions également, à travers ce colloque, évaluer l’utilisation du hanji dans la restauration et la conservation des archives papiers.

Les Coréens aiment souligner la qualité du hanji. Comment se fait-il, justement, dans le domaine de la restauration et de la conservation des archives, que les Français, les Italiens, les Britanniques ou les Américains utilisent plutôt le papier traditionnel japonais, le kozo ? C’est ce qu’ils ont d’ailleurs expliqué pendant ce colloque.

Depuis le VIIIe siècle, la qualité du hanji a été reconnue comme la meilleure au monde, même par les Japonais et les Chinois, nos deux principaux concurrents. Mais malheureusement, avec l’histoire très mouvementée de la Corée – marquée notamment par l’occupation japonaise et la guerre de Corée de 1950 à 1953 -, nous avons perdu l’opportunité de démontrer scientifiquement et commercialement la qualité de notre papier, à la différence des Japonais. Du coup, le hanji est resté quasiment inconnu sur le marché mondial.

Ce colloque international a été très bénéfique pour nous, et nous en tirons déjà des leçons. Nous avons eu la confirmation que les restaurateurs français, italiens et britanniques utilisent aujourd’hui seulement le papier japonais. Cette rencontre de haut niveau est pour nous une première étape importante. Nous allons nous en servir comme un tremplin pour conquérir l’Europe et les reste du monde. D’ailleurs, au fil des interventions des experts coréens et étrangers, j’ai transmis, sans perdre de temps, des recommandations aux représentants de notre ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme, qui patronne notre colloque.

Quelles étaient ces recommandations ?

Celle, par exemple, d’envoyer dès à présent différentes sortes de hanji à plusieurs universités étrangères, destinées aux professeurs d’art afin que ceux-ci s’en servent dans leurs travaux. Puis on leur demandera leur avis. Nous aiderons ensuite ces enseignants et leurs étudiants à exposer leurs œuvres. Ils verront ainsi comment la qualité du hanji peut être bénéfique pour leurs créations.

Deuxième idée : nous allons faire parvenir des hanji spécifiquement conçus pour la restauration et la conservation des archives en France, en Italie, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis pour que les restaurateurs l’essaient. C’est en ce sens que ce colloque constitue pour nous un point de départ au niveau international. Nous en organiserons d’autres l’année prochaine pour assurer la continuité de notre action, car l’opération ne doit absolument pas s’arrêter à ce premier stade.

Certes, mais au niveau national, il semblerait que les jeunes Coréens ne s’intéressent plus vraiment au hanji, surtout depuis l’avènement du numérique.

La Fondation coréenne pour l’artisanat et le design (Korea Craft & Design Foundation, KCDF), que j’ai l’honneur de présider, a commencé à promouvoir le hanji il y a quatre ans auprès des jeunes. Par exemple à travers des objets faits avec du hanji ou incorporant le hanji et pouvant servir de cadeaux à petits prix, tels des sets de table, des serviettes, des pendules, etc. Nous avons aussi remarqué que les Coréennes aiment s’adonner à la décoration intérieure. Pour elles, nous organisons des stages autour du hanji dans plusieurs centres. Tout ceci permet de remettre au goût du jour notre papier traditionnel.

A l’échelle internationale, nous avons présenté l’an dernier à la Foire de Milan des objets fabriqués avec du hanji, qui ont suscité l’intérêt d’un grand nombre de personnes. Et en septembre 2015, lors de la commémoration du 130e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et la Corée, notre fondation va organiser une grande exposition au musée des Arts décoratifs à Paris. Toutes ces entreprises nous rendent optimistes.

Parallèlement, nous allons soutenir financièrement et moralement les papetiers en province afin qu’ils produisent des hanji de qualité toujours meilleure, dans le but de rendre efficaces nos efforts.

POUR ALLER PLUS LOIN :

- La fabuleuse histoire du hanji, le papier traditionnel coréen
- Corée: le maire de Jeonju veut faire de sa ville la capitale du hanji
- «Les Coréens ont raison de montrer la qualité de leur papier»
- Fondation coréenne pour l’artisanat et le design (Korea Craft & Design Foundation, KCDF)

«Interior Lighting» («Eclairage intérieur»), par l’artiste Hyunjung Kim. Des abat-jour fabriqués avec du papier traditionnel coréen, le «hanji».
«Interior Lighting» («Eclairage intérieur»), par l’artiste Hyunjung Kim. Des abat-jour fabriqués avec du papier traditionnel coréen, le «hanji». Kèoprasith Souvannavong / RFI

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