Syrie/Patrimoine

Les sites de Palmyre et d'Alep au centre des combats syriens

Le site archéologique de Palmyre, avant la guerre. Il est aujourd'hui toujours debout, mais fortement endommagé.
Le site archéologique de Palmyre, avant la guerre. Il est aujourd'hui toujours debout, mais fortement endommagé. © Silvan Rehfeld / Unesco

La semaine dernière une vidéo montrant des jihadistes du groupe Etat islamique en train de détruire des sculptures préislamiques avait suscité l'indignation du monde entier. A Mossoul et à coups de marteaux piqueurs, les extrémistes de l'EI avaient notamment détruit un immense taureau ailé assyrien. Au-delà des destructions volontaires, les combats qui ensanglantent la Syrie depuis quatre ans ont fait d'énormes dégâts, comme ont pu le constater des journalistes français qui ont pu pénétrer sur le site de Palmyre notamment.

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Le site archéologique de Palmyre, haut lieu du tourisme culturel en Syrie avant la guerre, est toujours debout, mais fortement endommagé. Il a été le théâtre de combats, comme tant de lieux en Syrie depuis bientôt quatre ans, et les tirs de mortiers ont laissé des trous visibles sur les colonnades. Une piste pour faire passer des engins blindés a été construite au centre du site et les vibrations provoquées par le passage des chars ont déstabilisé une partie des édifices. Au regard du bilan humain de la guerre en Syrie - plus de 200 000 morts, 4 millions de réfugiés et 6,5 millions de déplacés - il peut apparaître dérisoire de s'attarder sur les dégâts occasionnés à ce site classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Sauf que Palmyre est un lieu singulier, carrefour entre la Mésopotamie et la côte méditerranéenne depuis le IVe siècle av. J.-C., une oasis au milieu du désert, et les vestiges encore debout datent de l'époque où la ville a été une colonie romaine, un style romain unique au monde avec de fortes influences orientales.

Les tombeaux tours, chapelles funéraires où l’on inhume les membres d’une même famille, ont été dégradés. Les pilleurs imaginent que des trésors pourraient s’y trouver, ce qui n’est pas le cas, explique Véronique Grandpierre chercheure associée à l'université de Paris Diderot, auteur chez Gallimard d' Une histoire de la Mésopotamie.

Alep, ville martyre

Alep, deuxième ville de Syrie, est également le lieu d'effroyables combats. La vieille ville et son souk, situés dans la zone de combats depuis plusieurs années, sont à terre. La vieille ville d'Alep, la ville blanche, témoignait d'une richesse et d'une diversité culturelles exceptionnelles. De nombreuses périodes de l'histoire ont imprimé leur marque sur l'architecture de la ville, dont des vestiges de constructions et d'éléments grecs, romains, byzantins et ayyoubides. Le minaret de la Grande Mosquée - fondée sous les Omeyyades - a été détruit. Puis, sous les assauts répétés des combats, la mosquée a été ravagée par un incendie.

La madrasa du XIIe siècle, intégrant des vestiges de la cathédrale chrétienne d'Alep, ainsi que d'autres mosquées et madrasas ont été détruites, et puis surtout les souks d'Alep témoins de ce qui fut l'une des villes les plus riches de l'humanité ne sont plus que ruines. Au-delà de l’architecture, c’est toute l’atmosphère des souks, les magasins, les caravansérails - ces cours fermées dans lesquelles les gens venaient déposer leurs marchandises - qui sont durablement perdus, déplore Veronique Grandpierre.

Le bâtiment et les infrastructures du musée d’Alep ont été très gravement atteints,mais les collections ont été mises en sécurité jusqu'à la fin de la guerre - on l'espère - par la population, des réseaux. L'association des archéologues, par exemple, tient un état des lieux, surveille le mouvement des œuvres d'art. Les inquiétudes portent sur les conditions de stockage : pour de tels trésors, il faut normalement des conditions d'hygrométrie, de lumière, de températures pas forcément réunies. Mais, au moins, les chefs-d’œuvre ont échappé à la destruction.

→ A (re)lire: Le patrimoine culturel, autre cible du groupe Etat islamique

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