Culture/Loisirs

Un tour du monde du cerf-volant au fil du vent et de l'histoire

Liant le ciel et la terre, le cerf-volant a nourri une multitude de légendes partout dans le monde.
Liant le ciel et la terre, le cerf-volant a nourri une multitude de légendes partout dans le monde. RFI/Edmond Sadaka
Texte par : Aurore Dumser
6 mn

Le 16 août est la journée mondiale du cerf-volant. Objet millénaire, cet engin fragile, souvent très coloré, se retrouve aux quatre coins du monde, entrainant dans les airs de nombreuses croyances.

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Qu’ils soient en plastique, en soie ou en feuilles de manioc, les cerfs-volants ont stimulé l'imaginaire de l'homme sur tous les continents... et continuent de le faire à propos de son origine.

Apparition en Chine

Des textes chinois évoquent l’apparition du cerf-volant au IVe siècle av. J.C. Mais comme ces écrits sont bien postérieurs à la période dont ils parlent, on ne sait pas précisément où et quand le cerf-volant a été inventé. En revanche, on sait que les Chinois s’en servaient à des fins principalement militaires : donner un signal, porter des messages, effrayer les ennemis ou évaluer les distances.

En 1282, les témoignages de l'explorateur Marco Polo montrent déjà que les usages de cet objet ont évolué. Dans son journal de bord, l'Italien indique en effet avoir été témoin d’un vol de cerf-volant, lequel, servant à la fois d'oracle et d'instrument météo, devait déterminer s'il était de bon augure d'entreprendre un voyage. Le célèbre voyageur rapporte aussi que les cerfs-volants étaient capables de soulever des hommes. Et lorsqu’il retourne en Italie, le marchand ramène un exemplaire dans ses bagages. Bientôt, grâce à la route de la soie, le cerf-volant chinois se répand en Europe.

Entre ciel et terre

Chez les Maoris en Polynésie, le cerf-volant se nomme « Manu ». Lié aux étoiles des Pléiades, il est considéré comme un lien entre le ciel et la terre. En mai ou juin, lorsque les Pléiades - aussi appelées « Matariki » - apparaissent au même endroit que le soleil levant, c'est le signal de départ des célébrations du Nouvel An. Pendant les semaines de fête, la pratique du cerf-volant est le plus apprécié des « arts qui procurent du plaisir » et un moyen de mettre en avant sa tribu d'origine. Sans surprise, on retrouve le cerf-volant dans plusieurs scènes du folklore maori : c’est à l’aide d’un cerf-volant que Tawhaki cherche, en vain, à suivre Tangotango au ciel ou que Maui, un demi-dieu qui a dompté le soleil et domestiqué le feu, survole la terre.

Cette vieille tradition issue de la mythologie d'un cerf-volant incarnant le lien entre ciel et terre se retrouve sur tous les continents. En Extrême-Orient, on trouve des sifflets et des chandelles sur les cerfs-volants afin de ne pas passer inaperçu auprès des esprits. Au Guatemala, pour la Toussaint, fête des morts chez les catholiques, on fait aussi voler des cerfs-volants : les âmes des défunts errant encore sur terre en saisissent le fil pour entreprendre leur ascension vers le ciel et leur gagner leur salut.

Au Népal, les cerfs-volants investissent le ciel pendant la grande fête du Dasein à la fin de la mousson. Selon la croyance, avec les cerfs-volants, on dit aux dieux que la récolte du riz est terminée et qu'ils peuvent faire cesser la pluie. De la même manière, on peut communiquer avec les ancêtres et guider les âmes des morts vers le ciel. Petits et grands se prêtent alors au même jeu : une partie du fil du cerf-volant est enduit de glu, puis de verre pilé et il faut couper la ligne de l’adversaire par de savantes acrobaties.

Cérémonie de la Toussaint au Guatemala.
Cérémonie de la Toussaint au Guatemala. Getty Images/Michael DeFreitas

Le combat de cerfs-volants

Très prisée partout dans le monde, cette discipline du « combat de cerfs-volants » a été interdite au Pakistan. Certains adeptes utilisaient du fil d’acier qui coupait aussi les lignes électriques, alors que d’autres fixaient des lames de rasoir sur la ficelle, qui blessaient et parfois tuaient des passants. Cet usage est aussi très répandu en Amérique centrale et du Sud, en particulier au Brésil et au Chili.

A côté des utilisations récréatives, le procédé de l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale étonne par sa simplicité. Un millier de « cerfs-volants cibles » ont été maquillés aux couleurs des avions japonais ou allemands afin de constituer un leurre.

Du côté français

En français, on doit son nom à l’occitan « serp voulante », qui signifie serpent volant. Et même si aux XVIIIe et XIXe siècles, il était considéré comme un des passe-temps favoris dans toute l’Europe, et reconnu au point d’être recommandé dans les manuels d’éducation, il faut attendre 1986 pour que les adeptes de ce sport gagnent leurs lettres de noblesse : l’Académie française fait entrer les termes « cerf-voliste » et « cerf-volisme » dans le dictionnaire.

Depuis 1980, la France accueille le Festival international de cerf-volant de Dieppe. Tous les deux ans en septembre, un millier d’amateurs et de professionnels venus d’une quarantaine de pays se réunissent en Haute-Normandie (dans le nord de la France). L’évènement lancé par six copains cerfs-volistes, français et belges, a pris une ampleur considérable au fil des ans : en 2010, on comptait 700 000 visiteurs.

Le festival international de cerf-volant de Dieppe réunit amateurs et professionnels tous les deux ans.
Le festival international de cerf-volant de Dieppe réunit amateurs et professionnels tous les deux ans. RFI/Edmond Sadaka

 

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