Cinema

«Mahomet»: Majid Majidi veut rompre avec «l'image violente» de l'islam

Le réalisateur iranien Majid Majidi à Téhéran, le 24 août 2015.
Le réalisateur iranien Majid Majidi à Téhéran, le 24 août 2015. AFP PHOTO / BEHROUZ MEHRI

L'un des grands cinéastes iraniens, Majid Majidi, a réalisé Mahomet, une superproduction sur l'enfance du prophète pour en finir avec « l'image violente » de l'islam. Le film sort dans 40 cinémas à Téhéran et près de 100 salles dans les villes de province. Il doit être projeté jeudi en ouverture du festival du film de Montréal.

Publicité

De notre correspondant à Téhéran

C'est le plus grand budget dans toute l'histoire du cinéma iranien, soit près de 40 millions de dollars (34 millions d'euros). Pour réaliser le film, une cité identique à La Mecque a été réalisée dans le sud de Téhéran où sont généralement tournées les grandes productions iraniennes. Son réalisateur, Majid Majidi, âgé de 56 ans, a réalisé de nombreux films dont plusieurs primés à l'étranger. Ce film montre les premières années du prophète. De sa naissance jusqu'à ses 13 ans.

Le dernier film sur le prophète Mahomet, Le Message, avait été réalisé en 1976 par le cinéaste américain d'origine syrienne Moustafa Akkad. Dans la version anglaise, on voyait notamment les acteurs Anthony Quinn et Irène Papas. Il avait été qualifié de blasphématoire par certains musulmans radicaux.

Le réalisateur veut montrer une image tolérante du prophète et de l'islam. Majid Majidi a déclaré qu'il voulait changer la mauvaise image de l'islam dans monde, notamment en Occident. L'image violente de l'islam n'a aucune relation avec la vraie nature de notre religion, a déclaré Majid Majidi qui se qualifie d'artiste musulman. Il a notamment dénoncé la violence exercée par les groupes terroristes, notamment al-Qaïda ou l'organisation Etat islamique. Pour lui, l'islam est synonyme de tolérance et de paix.

Risque de tensions avec l'islam sunnite

Mais ce film qui a été produit dans l'Iran chiite risque de créer la polémique dans des pays musulmans sunnites. Il y a eu des critiques, notamment de la part du grand mufti de l'université Al-Azhar du Caire, l'une des plus hautes autorités de l'islam sunnite. Ahmed Al-Tayeb s'était dit en début d'année hostile à toute représentation du prophète. En fait, dans le film de Majid Majidi, le visage du prophète n'apparait jamais grâce à un jeu d'effets spéciaux. En revanche, on voit sa silhouette et son profil.

Ce film est consacré seulement à la première partie de la vie de Mahomet. Pour le cinéaste, il s'agit de montrer le monde tyrannique de l'époque. Les plus radicaux peuvent dénoncer le film, mais, selon Majid Majidi, plusieurs pays musulmans l'ont déjà réclamé. Il espère aussi le projeter dans les pays européens.

Le cinéaste iranien a demandé à tout le monde de voir le film avant de porter un jugement. Il affirme aussi qu'il l'a montré à des leaders religieux chiites et sunnites en Iran et en Turquie qui l'ont jugé « positivement ». Il a affirmé que son objectif est d'unir et non diviser les musulmans sunnites et chiites qui se déchirent dans plusieurs pays de la région, notamment en Irak, en Syrie, au Yémen ou encore au Pakistan.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail