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Street art / France

Combo, le street art résistant

«Paris encore debout», un slogan face à la peur du terrorisme.
«Paris encore debout», un slogan face à la peur du terrorisme. Combo

Depuis les attentats qui ont frappé Paris vendredi 13 novembre 2015, le street-artist Combo lutte contre la peur que les terroristes cherchent à diffuser, en collant ses œuvres dans les rues de la capitale. Rencontre.

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« Paris encore debout », clame-t-il en noir et blanc sur les murs de la capitale. Sous ce cri du cœur, des êtres de papier trinquent, chantent, dansent, affichent, tout sourire, leur confiance en eux-mêmes et en l’avenir. Fluctuat nec mergitur. Touchés, mais pas coulés.

Pourtant, le 13 novembre au soir, quand il apprend que trois commandos terroristes ont attaqué Paris et Saint-Denis, Combo panique. Comme tout le monde. Comme tout le monde, son premier réflexe est d’appeler ses proches pour s’assurer que tout va bien. Comme tout le monde, il passe les heures qui suivent scotché à son écran de télé à regarder l’horreur en direct. Le lendemain, il reste chez lui, groggy. Et puis il se ressaisit. « On ne peut pas retourner au travail lundi la boule au ventre, pense-t-il. Il faut surmonter notre peur. »

Sur Instagram, il lance à ses 4 500 abonnés un appel à la résistance. « Mes amis, parce qu’ils veulent arrêter de nous voir sortir, de sourire, de vivre, montrons-leur qu’ils ne peuvent pas nous en empêcher. Prenez-vous avec vos amis, vos proches, les gens que vous aimez, en train de trinquer, de jouer de la musique, de jouer au foot, de vivre tout simplement ! J’irai tous nous coller sur les murs de notre ville pour leur montrer que nous vivrons toujours debout et jamais à genoux. » Alors que l’état d’urgence décrété le soir même des attentats interdit tout rassemblement, ces silhouettes dessinées à taille humaine forment ainsi dans les rues de Paris une manifestation graphique digne et joyeuse.

Combo

Coexist

La peur. Voilà dix mois que Combo la combat. Depuis les attaques contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher exécutées au nom d’al-Qaïda au Yémen et du groupe Etat islamique. A l’époque, il s’agit de lutter contre l’islamophobie qui risque de gagner les esprits. Il reprend un slogan popularisé par le groupe U2 en 2005 lors de son Vertigo Tour, un hymne à la tolérance formé des symboles des trois grandes religions monothéistes : Coexist. Combo fait de ce mot d'ordre son credo. « Il fallait casser les préjugés, montrer qu’il y avait plus de rapprochement que d’éloignement », explique l’artiste de sa voix douce. Pour cela, il se met lui-même en scène sous les traits d’un personnage à la barbe noire vêtu d’une djellaba. « Saviez-vous que les musulmans finissent leur prière par ‘amen’, comme les chrétiens et les juifs ? » questionne-t-il sur les murs. Et de ponctuer d’une écriture déliée : « Combo ».

« Combo », pour combinaison. Plus qu’une simple signature, ce pseudo est l’incarnation de son identité. Car l’artiste, 28 ans, est le fruit d’un métissage, celui d’un père libanais et d’une mère marocaine. Né à Amiens, dans le nord de la France, il se met au street art dès l’âge de 16 ans. Mais il lui faut un nom. Ce sera donc Combo. Une évidence. « On est tous par essence la symbiose de plusieurs choses. Sauf que moi, je le ressentais plus que les autres », confie-t-il. Le bac en poche, il intègre les Beaux-Arts. Il en est renvoyé au bout d’un an, pas mécontent. Cette formation qu’il pensait être synonyme de liberté est en fait un moule comme les autres, constate-t-il un brin désabusé. Il se tourne alors vers la publicité, devient directeur artistique. Et puis, en 2010, revient à ses premières amours.

Le rire pour interpeller

Son art, ludique, est aussi militant. Combo détourne pour se moquer. Ses affiches mélangent photographies de presse et figures de la culture pop. En reprenant la photo d’une poignée de main à l’ONU, il colle à la place des visages des deux présidents ceux de deux Pinocchio, un Noir et un Blanc. Sur une autre, une « photo de famille » prise lors d’un sommet international, il remplace les têtes des chefs d’Etat par celle de Rapetou, le méchant gangster ennemi de Picsou. « Les hommes politiques ne s’intéressent aux gens que lorsqu’ils se disent que les gens peuvent faire sans eux. Du coup, je donne des clés pour faire sans eux », explique-t-il.

Dans la salle de crise de la Maison Blanche, Barack Obama et son équipe, sous les traits du chat Tom, suivent la traque d'Oussama ben Laden, représenté avec la tête de Jerry, la souris insaisissable (photomontage).
Dans la salle de crise de la Maison Blanche, Barack Obama et son équipe, sous les traits du chat Tom, suivent la traque d'Oussama ben Laden, représenté avec la tête de Jerry, la souris insaisissable (photomontage). Combo

A Tchernobyl, il tapisse les ruines de la ville dévastée par l’accident nucléaire de publicités pour Areva et EDF. A Beyrouth, où il part faire son « jihart » en 2014, il dénonce les départs de Français en Syrie en représentant son personnage en djellaba, inventé pour l'occasion, en train de siroter une bière. « Le Coran dit qu’on ne peut pas être ivre, mais pas qu’on ne peut pas boire, argumente-t-il. En revanche, il dit qu’on n’a pas le droit de tuer. Moi, avec ma bière, j’étais donc plus musulman qu’eux. »

Musulman, Combo ne l’est pourtant pas. Pas plus que juif ou chrétien d’ailleurs. Invoquant la Déclaration des droits de l’homme qui prône celui de pratiquer sa religion, il dit défendre les gens qui croient pour mieux préserver la non-croyance. Mais son appel à la coexistence pacifique n’est pas entendu par tout le monde. Le 30 janvier dernier, alors qu’il est en train de coller dans les rues de Paris, quatre hommes lui ordonnent d’enlever son affiche. Il refuse, ils le frappent. Un par un, deux par deux. Les coups pleuvent. Le lendemain, sous la photo de son visage tuméfié, il écrit sur Instagram : « Demain, je retournerai dans les rues pour continuer à afficher mon travail. Et je recommencerai le jour suivant. Et encore celui d’après. Peur de personne, peur de rien. »

Deux semaines après les attentats qui ont ensanglanté Paris et à moins d’un an et demi de la prochaine présidentielle, Combo dit tout de même avoir peur d’une chose : « qu’on refasse les mêmes erreurs en s’écharpant dans des débats stériles sur le port du voile ou le porc à la cantine. Pendant qu’eux se préparaient, nous, on s’est battus pour rien. »

Coexist sur un mur de Tel Aviv, en Israël.
Coexist sur un mur de Tel Aviv, en Israël. Combo

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