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Cinéma

Le cinéma vu du côté des producteurs

Le hall des studios de tournage de Bry-sur-Marne, dans le sud-est de Paris.
Le hall des studios de tournage de Bry-sur-Marne, dans le sud-est de Paris. RFI/Ariane Gaffuri

Dans le monde enchanteur du cinéma, il y a d'un côté la lumière qui attire les spectateurs et de l'autre l'ombre où tout se décide. Sous les projecteurs brillent actrices et acteurs, ces demi-dieux et déesses des temps modernes. Parfois même les réalisateurs. Dans l'obscurité ou le clair-obscur, loin du public en tout cas, il y a les producteurs, ces êtres mystérieux pour le profane, sans lesquels le cinéma n'existerait pas car ce sont eux qui financent les films.

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Discrets, ces personnages n'en sont pas moins puissants. Très puissants. Dans Cadavres exquis dans le 7e art (J-M Laffont Editeur), Marie-Christine de Montbrial, productrice elle-même, brosse le portait de quelques-uns d'entre eux. Et non des moindres. Ce faisant, elle nous livre aussi une histoire du cinéma qui, rappellons-le, est à la fois un art et une industrie.

« Pouvoir, amour et argent ? Cigares, tapis rouge, stars au bras ? Sorte de banquiers un peu aventuriers ? Gestionnaires, mais aussi artistes ? Mais que font les producteurs ? » Dès le début de son livre passionnant, Marie-Christine de Montbrial attise notre curiosité avec toutes ces questions. Ses portraits lui permettent d'y apporter des réponses.

Hollywood

Il y a d'abord David O. Selznick (DOS pour les intimes) l'homme qui a produit un film légendaire Autant en emporte le vent, « l'archétype du producteur indépendant à l'époque où le pouvoir était aux mains des grands studios de Hollywood », rappelle l'auteur.

En voyant et revoyant Clark Gable et Vivien Leigh sur l'écran, dans la violence de la guerre de Sécession, difficile d'imaginer ce qui se passa dans les coulisses ; le changement de réalisateur en cours de tournage par exemple. Selznic qui fit venir Alfred Hitchcock (qui l'appelait « le grand nabab du cinéma ») et Ingrid Bergman aux Etats-Unis.

Dans Cadavres exquis dans le 7e art, Marie-Christine de Montbrial évoque aussi le rôle de Lew Wasserman, cet agent, homme de pouvoir « à l'état pur », précise-t-elle, avant d'ajouter que pendant des décennies de règne, « Lew Wasserman ne va rien moins que changer le système, bousculer les règles des métiers du cinéma, inverser le rapport de forces des artistes face au studios, imaginer des contrats novateurs, faire et défaire des carrières, devenir producteur et découvreur de talents ». Wesserman, soutien du parti démocrate mais qui avait pour ami Ronald Reagan l'acteur devenu président des Etats-Unis.

Producteurs à la française

Dans ce livre riche, il est aussi question de producteurs français. Plus proches de nous dans le temps et l'espace. A commencer par Gérard Lebovici, le fondateur de l'agence Art Média en 1972. Il fut l'agent de Jean-Paul Belmondo mais aussi l'ami de Guy Debord, le fondateur du situationnisme, le père d'un livre devenu célèbre La société du spectacle, l'homme secret qui a écrit que « le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images » ou bien encore : « le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n'exprime finalement que son désir de dormir. Le spectacle est le gardien de ce sommeil ». Debord auteur aussi de films confidentiels.

Lebovici, l'homme de cinéma fut aussi l'éditeur de la maison Champ Libre. Qui a bien pu l'assassiner ? La question n'a toujours pas trouvé de réponse depuis la découverte de son corps dans un parking souterrain, le 7 mars.

Toscan du Plantier

Marie-Christine de Montbrial, une femme de passion et d'une grande curiosité, a connu Lebovici et Debord. Elle a surtout connu Daniel Toscan du Plantier qui est le dernier personnage du livre. Et pas le moindre.

Egocentrique mais curieux des autres, séducteur, passionné d'opéra, producteur avec Gaumont de dizaines de films entre 1975 et 1985, il fut à une époque le personnage principal dans le cinéma français, l'homme qui produisait mais qui ne voulait intervenir dans le travail du réalisateur : « Je n'ai pas le fantasme de Selznick... on va virer le metteur en scène, je vais faire seul Autant en emporte le vent », disait le mari d'Isabelle Huppert et l'ami deGérard Depardieu.

Il y a tout dans ce gros et beau livre ; de l'histoire, des histoires, des anecdotes sur les coulisses du cinéma et sur l'influence des producteurs sans lesquels il n'y aurait pas eu les chefs d'oeuvre que nous savourons aujourd'hui.

Aujourd'hui, ils disparaissent peu à peu. En tout cas, les grandes figures charismatiques ont laissé la place à de multiples financiers. « Le nombre de producteurs est devenu pléthorique sur les génériques, tandis que leur pouvoir est limité », écrit l'auteur alors que le coût des films commerciaux a explosé. Par conséquent : « il est devenu encore plus vital que par le passé pour les producteurs de s'adosser à des studios ou des groupes financiers puissants, qui finissent par détenir la majorité des droits de leurs films ».

Et les femmes dans le monde de la production ? « Le constat de l'absence de femmes dans ces entreprises qui se proclament ouvertes et libérales demeure un motif de perplexité et d'affliction », écrit Marie-Christine de Montbrial.

 

Pour en savoir plus :
Marie-Christine de Montbrial est l'invitée de l'émission Idées, dimanche 27 décembre à 16h10 TU.

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