Accéder au contenu principal
Culture

«Miroir du désir», des estampes érotiques

Suzuki Harunobu (vers 1725-1770). Deux amants épiés par une servante. Époque d’Edo, vers 1765. Impression polychrome, 20,8 x 28,7 cm. Paris, Musée national des arts asiatiques – Guimet, don Ernest Chausson, 1894.
Suzuki Harunobu (vers 1725-1770). Deux amants épiés par une servante. Époque d’Edo, vers 1765. Impression polychrome, 20,8 x 28,7 cm. Paris, Musée national des arts asiatiques – Guimet, don Ernest Chausson, 1894. RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris) / Harry Bréjat
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Ce sont des œuvres pour le moins sulfureuses que propose le Musée national des arts asiatiques-Guimet (Mnaag) à Paris. L’exposition « Miroir du désir » rassemble une cinquantaine d’estampes issues de la collection du musée pour faire découvrir aux visiteurs l’intimité des femmes japonaises à l’époque Edo, du XVIe au XVIIIe siècle.

Publicité

par Quentin Pérez de Tudela,

Sur cette estampe, les courtisanes ont détaché leurs kimonos de soie et se pomponnent avant de retrouver les hommes au « sento », le bain public. L’œuvre exprime un rapport au corps décomplexé.

« La place du corps est à la fois éminente et il est bien sûr caché sous des épaisseurs de kimonos, explique Sophie Makariou, présidente du musée Guimet et commissaire de l’exposition Miroir du désir. Les courtisanes en particulier superposent plusieurs kimonos d’une manière extrêmement recherchée. On va faire apparaître délicatement notamment le pied, quel comble de l’érotisme, et la nuque. La nudité est à la fois une chose évidente et paradoxalement elle est assez peu représentée dans les estampes japonaises. »

Des « shunga » échangées sous le manteau

Dans sa rotonde du deuxième étage, le musée des arts asiatiques présente d’autres estampes anonymes, carrément pornographiques. Ces « shunga », comme on les appelait alors, s’échangeaient sous le manteau. Elles montrent des couples s’adonnant à des culbutes. Pénis et vulves sont représentés dans des proportions démesurées.  Des œuvres pour amateurs éclairés.

« Ces amateurs font évidemment partie d’une classe d’urbains. Dans la seconde partie de l’époque d’Edo, au XVIIIe siècle et au tout début du XIXe siècle, on voit apparaître une classe de marchand assez riche. Donc il y a beaucoup de gens qui peuvent acheter. Ces estampes étaient faites en relativement nombreux exemplaires, beaucoup se sont perdues. Il y a beaucoup de débats sur les usages des estampes érotiques. On a considéré qu’ils pouvaient servir à l’éducation. En tout cas, elles étaient censées à délasser l’esprit. »

Un nu féminin dans l’estampe japonaise

Véritable objet d’un désir parfois violent, les femmes se retrouvent entre elles, sur une plage. C’est le cas dans le célèbre triptyque Les pêcheuses d’abalones, sorti des ateliers du peintre Utamaro. Rare exemple de nu féminin dans l’estampe japonaise, en dehors de l’illustration érotique.

« C’est une variation sur les positions du corps féminin et en même temps resurgit le désir masculin. Il y a une scène où l’on voit des pêcheuses en train de pêcher sous l’œil de pêcheurs dans des barques. Il y a presque quelque chose d’inquiétant dans la façon dont ils les regardent. »
 

Pour Jean-Jacques, un visiteur croisé à la sortie du musée, cette exposition fait écho à l’actualité : « Les masquages du corps dans ces périodes où il y a d’un côté des gens qui se mettent nus sur les plages et d’autres qui portent des tenues extrêmement fermées, on se dit qu’il y a un clivage là-dedans pour lequel la réflexion orientale pourrait peut-être nous rendre service. »

Miroir du désir, exposition au Musée national des arts asiatiques-Guimet (Mnaag), jusqu’au 10 octobre. Les estampes retourneront ensuite dans les réserves du musée avant d’être réexposées dans trois ans.

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.