Littérature

Tatamkhulu est au paradis

Couverture de «Bitter eden» ou «Paradis amer», de l'écrivainTatamkhulu Afrika.
Couverture de «Bitter eden» ou «Paradis amer», de l'écrivainTatamkhulu Afrika. babelio.com/montage/rfi
Texte par : Georges Lory
3 mn

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Invité à l’abbaye de Royaumont pour une semaine de traduction collective, Tatamkhulu Afrika promenait dans les couloirs sa grande silhouette et son chandail brun avec une gaucherie touchante. Son poème le plus marquant racontait comment des voyous l’avaient plaqué à terre dans un terrain vague pour lui voler son peu de monnaie. L’homme vivait modestement, à tous points de vue.

Quelques jours avant sa mort en 2002 paraissait son roman Bitter Eden, traduit judicieusement en 2015*. Soldat sud-africain pendant la Seconde Guerre mondiale, l’écrivain a été fait prisonnier à Tobrouk. Détenu d’abord dans un camp en Italie, puis dans des conditions beaucoup plus rudes en Allemagne, il décortique avec délicatesse les rapports entre les hommes.

Le jeune Tom, protégé par Douglas, fait du théâtre pour tuer la monotonie du camp de prisonniers. Il brille dans le rôle de Lady McBeth. Petit à petit il se lie avec l’Anglais Danny, marié dans le civil. Les deux hommes ont été violentés par leur père dans leur enfance. Libérés, ils promettent de se revoir. Mais Tom ne mettra pas les pieds en Angleterre. Danny lui enverra un étrange cadeau d’adieu.

Le roman traite d’amitiés amoureuses, non de sexualité. Il explore la part féminine des hommes.

Mogamed Fu’ad Nasif était né d’un père égyptien et d’une mère turque qui sont décédés peu après leur arrivée en Afrique du Sud. Il a été adopté sous le nom de John Charlton. A son retour de captivité, il est à nouveau adopté sous le nom de Jozua Joubert. Il se convertit bientôt à l’islam et devient Ismail. Selon les règles de l’apartheid, il est classé métis et habite le quartier maudit de District Six. Membre de la branche armée de l’ANC, il est assigné à résidence, puis condamné à de la prison ferme. Il y restera onze ans. Les guérilleros l’ont surnommé Tatamkhulu (grand-père, en xhosa) dont il fera son dernier nom.

• Tatamkulu Afrika, Paradis amer, Presses de la Cité, 2015. Traduit de l’anglais par Georges-Michel Sarotte.
 

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