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Patrimoine /Technologie

Iconem: «Créer une mémoire de l’humanité» pour le patrimoine en danger

Yves Ubelmann, cofondateur de la société Iconem, ici devant une de ses photos dans l'exposition immersive « Sites éternels, de Bâmiyân à Palmyre, voyage au cœur des sites du patrimoine universel » au Grand Palais.
Yves Ubelmann, cofondateur de la société Iconem, ici devant une de ses photos dans l'exposition immersive « Sites éternels, de Bâmiyân à Palmyre, voyage au cœur des sites du patrimoine universel » au Grand Palais. Siegfried Forster / RFI

Quand un patrimoine de l’humanité est massacré, l’opinion publique est écœurée. On l’a vu avec la destruction des Bouddhas de Bâmiyân par les talibans en Afghanistan, avec les attaques des jihadistes contre des mausolées de Tombouctou ou la guerre du groupe État islamique contre des sites millénaires en Irak et en Syrie. Mais comment sauver un patrimoine en danger ? Les nouvelles technologies et des algorithmes inédits permettent aujourd’hui de reconstituer d’une manière époustouflante des sites détruits et de faire des archivages préventifs de monuments menacés de disparaître. Entretien avec l’architecte Yves Ubelmann, cofondateur et président d’Iconem. Cette start-up française est leader dans ce domaine et a fourni les images en 3D de l’exposition immersive « Sites éternels, de Bâmiyân à Palmyre, voyage au cœur des sites du patrimoine universel » qui vient d'ouvrir ses portes au Grand Palais, à Paris.

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RFI : Vous parcourez le monde pour documenter des sites archéologiques et culturels en danger. Voulez-vous créer des images contre la destruction ?

Yves Ubelmann : Exactement. On essaie de mettre face à la destruction des sites archéologiques des technologies permettant de conserver, au moins d’une manière virtuelle, ces sites dont la destinée n’est malheureusement pas sûre aujourd’hui et qui vont peut-être disparaître dans les années à venir. Nous essayons de faire des répliques en 3D très précises de sites qui peuvent être du coup déplacés et qu’on peut amener à Paris pour les voir par exemple ici, au Grand Palais. Ainsi, ils peuvent surtout être transmis aux générations futures qui n’ont peut-être pas la chance de visiter ces sites comme on peut les visiter aujourd’hui.

Vous avez déjà travaillé sur une vingtaine de sites en Syrie. Quelle est la dernière image dont vous disposez du site de Palmyre ?

Je suis allé à Palmyre en avril 2016, puis en juillet, pour faire deux sessions de relevées sur les ruines du temple de Bêl, sur les ruines du temple de Baalshamin, sur les tours funéraires. La dernière image qu’on peut en avoir, c’est l’image qu’on donne à voir ici dans l’exposition, ces fragments de blocs qui sont sur le sol, sur lesquels on voit encore la décoration architecturale, les formes et les décors, mais qui se retrouvent aujourd’hui malheureusement pêle-mêle à même le sol. C’est d’abord une image triste. Je n’aurais jamais pensé de voir un jour une telle scène de destruction à Palmyre. Mais, je pense que c’est aussi une image d’espoir, parce qu’on voit que ces blocs sont conservés pour la plupart et peut-être, dans les années à venir, quand la paix sera revenue en Syrie, on pourra remonter, partiellement, ces monuments qui ont été détruits.

Combien de photos et de vidéos sont nécessaires pour faire revivre en 3D un de ces monuments détruits ?

Sur Palmyre, quand on y est allés en avril, on a travaillé quatre jours sur place pour faire 23 000 images. Notre manière de fonctionner est la suivante : dès qu’on arrive sur un lieu, en utilisant différents dispositifs, donc à la fois des drones, des perches, des images du sol, on prend des dizaines de milliers d’images. De retour en France, on fait entrer ces images dans un ordinateur très puissant avec des algorithmes particuliers permettant de remettre toutes ces images dans la même scène, dans une scène 3D, du site archéologique. Ainsi, on arrive dans très peu de temps à reconstruire un environnement de manière très précise.

Drone utilisé par Iconem, exposée au Grand Palais pour illustrer une reconstitution virtuelle de l'arche triomphale de Palmyre dans « Sites éternels, de Bâmiyân à Palmyre, voyage au cœur des sites du patrimoine universel ».
Drone utilisé par Iconem, exposée au Grand Palais pour illustrer une reconstitution virtuelle de l'arche triomphale de Palmyre dans « Sites éternels, de Bâmiyân à Palmyre, voyage au cœur des sites du patrimoine universel ». Siegfried Forster / RFI

Dès qu’on entre dans l’exposition Sites éternels au Grand Palais, on ressent que vos images immersives synthétisées ou en 3D sont différentes de tout ce qu’on connaît jusqu’ici. Elles ne procurent pas le même type de sensation comme de regarder des œuvres réelles, par exemple ce relief funéraire en calcaire du IIIe siècle ou ce lion couché rugissant en bronze de 700 av. J.-C. Et ce n’est pas la même chose comme de visionner des œuvres ou des sites représentés par des simples photos ou vidéos. Qu’est-ce qui change à travers votre technologie dans notre relation avec le patrimoine ?

Grâce à cette technologie 3D, on peut vraiment mettre le visiteur au cœur de ces sites. On est en immersion. Les projections sont à 360 degrés tout autour du visiteur et le visiteur voit l’état de ce site archéologique quasiment comme s’il y était lui-même. En créant des mouvements lents au-dessus de ces bâtiments, on a une sensation de contemplation de ces états de destruction. Cela permet vraiment d’avoir une vision toute nouvelle, très réaliste, parce que ce qu’on a voulu faire est la documentation objective. Donc c’est vraiment le réel qu’on représente, à la fois très réaliste, mais en même temps très contemplatif. On arrive, de manière complètement abstraite, à transporter un spectateur au-dessus d’un environnement.

L’exposition Sites éternels au Grand Palais, que va-t-elle changer ?

À travers de cette exposition, on espère de faire découvrir la beauté de ces sites au public. Derrière, on aimerait provoquer une prise de conscience de la problématique de la destruction des traces de notre histoire. Malheureusement, c’est un fait très répandu aujourd’hui, à la fois dans les pays en guerre, mais aussi dans des pays en voie de développement : les sites archéologiques disparaissent beaucoup plus vite que l’on imagine. Malheureusement, souvent, rien ne peut être fait contre cela. Les expansions des villes sont tellement rapides qu’on n’a même pas le temps de protéger les sites. En cas de conflit ou de combat, on ne peut pas intervenir. On voudrait que le visiteur prenne conscience de l’importance et de la gravité de ce problème. Et surtout qu’on prend conscience que des solutions existent.

Lesquelles ?

En travaillant sur ces campagnes de numérisations, même si on ne peut pas conserver ces sites dans leur aspect physique, on peut au moins en conserver une image et une mémoire. C’est ce message qu’on veut passer aujourd’hui à la fois au public, à la communauté scientifique et aux grandes organisations internationales : aujourd’hui, grâce à ces techniques, on peut vraiment créer une mémoire de l’humanité, une mémoire de ces sites. Pour cela, il faut s’organiser aujourd’hui pour faire des campagnes de documentation d’urgence et pour pouvoir garder, pour les générations futures, l’image de ces sites.

► Lire aussi : Le Grand Palais fait renaître les «Sites éternels, de Bâmiyân à Palmyre», rfi, 13/12/2016
Sites éternels, de Bâmiyân à Palmyre, voyage au cœur des sites du patrimoine universel, du 14 décembre 2016 au 9 janvier 2017 au Grand Palais, Paris.

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