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«Elphi», la philharmonie des superlatifs inaugurée à Hambourg

Vue de la philharmonie de l’Elbe à Hambourg dont la grande salle sera inaugurée le 11 janvier 2017 avec un concert de l'Orchestre du NDR.
Vue de la philharmonie de l’Elbe à Hambourg dont la grande salle sera inaugurée le 11 janvier 2017 avec un concert de l'Orchestre du NDR. Daniel Reinhardt / dpa / AFP

Après dix ans de travaux et 789 millions d’euros dépensés, la philharmonie de l’Elbe à Hambourg sera inaugurée ce mercredi 11 janvier par un concert de l’Orchestre du NDR et en présence de la chancelière allemande Angela Merkel. L’édifice est déjà comparé à l’opéra de Sidney en Australie par le symbole fort qu’il représente. Les Hambourgeois lui ont déjà donné un petit nom, « Elphi ». La philharmonie de l’Elbe est un bâtiment des superlatifs, par son architecture, son acoustique, son coût astronomique, mais aussi l’enjeu culturel et touristique qu’il représente.

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De notre correspondant,

Elle trône au bord de l’Elbe dans le port de Hambourg. L’ancien entrepôt en briques rouges, typique de la ville, est désormais surmonté d’un bâtiment futuriste aux façades de verre. Son toit en forme de vague symbolise la fusion de toujours avec la mer, source de la prospérité de cette ancienne ville de la Hanse. Mais c’est aussi une ville qui a longtemps tourné le dos à son port, resté une zone franche hermétiquement séparée du reste de la cité.

La Hafencity et la philharmonie

Aujourd’hui, un nouveau quartier, la Hafencity, toujours en construction, y a vu le jour. La philharmonie de l’Elbe en est l’édifice le plus spectaculaire. Mais au-delà de cette zone, le bâtiment à l’histoire turbulente est d’ores et déjà le symbole de la ville comme la porte de Brandebourg à Berlin ou le Golden Gate Bridge à San Francisco.

Le projet a pourtant bien failli ne jamais voir le jour. Parti d’une initiative privée au début des années 2000, il a été ensuite repris à son compte par la ville de Hambourg, mais s’est transformé en gouffre financier. La première pierre est posée en 2007. Les désaccords et les difficultés s’accumulent entre les architectes, l’entreprise Hochtief chargée de la construction et la ville. La justice est saisie avant un accord qui permet la reprise et la finition des travaux. Le budget va exploser. Des 77 millions d’Euros prévus initialement, l’ardoise pour Hambourg va progressivement s’alourdir et être multipliée par… dix pour atteindre à l’arrivée 789 millions !

« Un jour merveilleux, la philharmonie est terminée »

Les architectes suisses de renom international, de Meuron et Herzog, ont travaillé quinze ans sur le projet. Il y a quelques semaines, lorsque le bâtiment terminé était confié par les constructeurs à la ville, Pierre de Meuron déclarait : « Aujourd’hui, c’est un jour merveilleux, car la philharmonie est terminée. Beaucoup y ont contribué, mais les Hambourgeois ont eux aussi leurs mérites, car leur patience et leurs nerfs ont été mis à rude épreuve. Le projet a aussi résisté à toutes les épreuves qu’il a dû affronter ».

Durant des années, la future philharmonie a surtout fait parler d’elle par ses retards et ses coûts. Aujourd’hui, malgré ce bilan pas très flatteur, tout le monde, à Hambourg et ailleurs, l’a adoptée et l’encense. La ville a développé bien avant l’inauguration une vaste campagne nationale et internationale pour promouvoir le projet dont elle espère des retombées. « La philharmonie de l’Elbe va devenir le nouveau symbole de Hambourg comme l’opéra de Sidney ou la Tour Eiffel. Cela va renforcer la notoriété de la ville. Je pense que ce bâtiment va contribuer comme jamais auparavant au développement du tourisme », affirmait lors de la remise des clés à la ville le responsable du tourisme de Hambourg Michael Otremba. Un enjeu d’importance pour une cité qui a des atouts, mais qui en termes touristiques reste distancée par la Bavière ou Berlin.

La musique d’abord

Reste bien sûr et tout d’abord la musique. Pour en jouir, le visiteur doit pénétrer dans le bâtiment par l’ancien entrepôt. Le « tube », le plus long tapis roulant d’Europe et le seul au monde à être incurvé, va le transporter dans les limbes de la musique. Avec un décor très intergalactique, le mélomane s’élève vers les hauteurs du nouveau bâtiment sans apercevoir la fin de son trajet. A l’arrivée, une énorme fenêtre lui livre une vue époustouflante sur le port de Hambourg. Encore quelques marches ou un modeste tapis roulant et le voilà rendu sur la « plaza », une place publique de 4 000 mètres carrés aménagée sur le toit de l’ancien entrepôt. C’est depuis cette place que le visiteur a accès au Saint des Saints à savoir la grande salle de la philharmonie. Un espace spectaculaire construit « en vignoble », comme à Berlin, mais plus en hauteur.

La grande salle de la philharmonie de l’Elbe à Hambourg, Allemagne.
La grande salle de la philharmonie de l’Elbe à Hambourg, Allemagne. John MACDOUGALL / AFP

L’orchestre se tient au milieu, entouré des 2 100 spectateurs. Pas une place ne se trouve à plus de trente mètres de la scène. La salle est totalement coupée du monde et ses 12 000 tonnes reposent sur des espèces d’amortisseurs empêchant la transmission de toute vibration ou d’un son comme la sirène stridente d’un bateau dans le port de Hambourg. L’acoustique est un petit chef-d’œuvre dû au maître japonais Yasuhisa Toyota qui a fait produire 10 000 plaques de plâtre de tailles différentes qui recouvrant les murs, parfois concaves, parfois convexes contribuent à une acoustique jugée unique par les spécialistes.

« Cette salle est vraiment un miracle »

« La tension était énorme avant le premier test », raconte Thomas Hengelbrock, le chef de l’orchestre du NDR. « Elle a disparu dès que nous avons joué les premières notes. Les musiciens ont commencé à rayonner et beaucoup d’entre eux avaient les larmes aux yeux. Cette salle est vraiment un miracle ». Kent Nagano, le chef de l’orchestre philharmonique de Hambourg, pense même que le nouveau lieu pourrait devenir « la meilleure salle de concert du monde ».

Pour sa première saison de six mois qui court jusqu’à l’été, la philharmonie de l’Elbe propose un programme des plus denses. À côté des orchestres de Hambourg, le Who’s Who de la musique se produira dans le nouveau bâtiment : le Chicago Symphony Orchestra sous la direction de Riccardo Muti, l’Orchestre philharmonique de Vienne ou encore celui de Berlin. Un nouveau format a été créé pour séduire un public moins habitué à fréquenter de telles salles, mais que le bâtiment pourrait séduire. Les concerts ne dureront qu’une heure ; ils commenceront plus tôt et on pourra y venir en tenue décontractée. Pour chaque concert, quel que soit son format, un contingent de places à prix réduit d’une dizaine d’Euros est prévu.
Plus largement, les responsables culturels pensent que le nouveau bâtiment va attirer un public supplémentaire et en partie nouveau.

La philharmonie de l’Elbe, un excellent ambassadeur culturel

« La Philharmonie de l’Elbe interpelle par son architecture et son offre de nombreuses personnes qui, jusqu’à présent, n’avaient pas de relation avec la musique classique. Le bâtiment constitue un excellent ambassadeur culturel pour renforcer la vitalité de cette musique bien au-delà des frontières de Hambourg », estime ainsi le directeur de la fédération des orchestres allemands, Gerald Mertens. 

La grande salle de la philharmonie de l’Elbe à Hambourg, Allemagne.
La grande salle de la philharmonie de l’Elbe à Hambourg, Allemagne. Pascal Thibaut / RFI

► Ecouter aussi : Reportage International - Allemagne: la philharmonie de l’Elbe à Hambourg

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