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Cinéma

«Chez Nous», ce Bloc patriotique dérange le Front national

Scène de « Chez nous », film réalisé par le Belge Lucas Belvaux.
Scène de « Chez nous », film réalisé par le Belge Lucas Belvaux. Synecdoche / Artémis Productions

Ce film a déjà fait couler beaucoup d'encre, Chez nous, du Belge Lucas Belvaux. Et cela dès la diffusion de sa bande-annonce sur Internet, avant même sa sortie ce mercredi 22 février sur les écrans. Non en raison de ses qualités esthétiques ou d'images choquantes, mais en raison de son sujet, très politique à quelques semaines de l'élection présidentielle en France.

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Dans une ville fictive du nord de la France, Hénard (le nom ressemble furieusement à Hénin-Beaumont, la ville administrée par le Front national depuis mars 2014), une gentille infirmière jouée par Emilie Dequenne se laisse convaincre par le médecin local de prendre la tête de liste du Bloc patriotique, un mouvement d'extrême droite, aux élections municipales...

L’histoire d’une femme blonde, fille du fondateur…

Toute ressemblance du Bloc patriotique avec le Front national n'est pas fortuite. Dans le film, c'est une femme, blonde, la fille du fondateur, qui a repris en main le parti et entrepris de le débarrasser, du moins en apparence, de ses éléments les plus violents, anciens hommes de main, admirateurs des nazis...

Catherine Jacob incarne Agnès Dorgelle qui peut faire penser à Marine Le Pen. Ce dont se sont indignés les dignitaires du FN, il y a déjà quelques semaines, sortant le film de l'anonymat. « En fait, je les croyais plus malins que cela. Ils nous ont passés d’une notoriété zéro à une notoriété internationale en 24 heures, remarque le réalisateur Lucas Belvaux. On a vu des articles jusqu’à la Birmanie, le Brésil, le Mexique, un peu partout, dans le monde entier. Mais, en fait, non, je crois que c’est une stratégie mûrement réfléchie, appliquée systématiquement, c’est une sorte de tir de barrage, cela s’adresse à leurs militants et à leurs sympathisants et à leurs potentiels électeurs. C’est une façon de dire : n’allez pas voir ce film, c’est un navet, c’est fait avec votre argent, c’est une offensive du pouvoir, c’est télécommandé… »

Le Front national en quête d’une nouvelle image

Mais en communication, même dire du mal est encore mieux que de ne pas parler du tout. Donc, le film de Lucas Belvaux est déjà célèbre avant sa sortie. Et pourtant quand on voit le film, il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Le ton n'est ni à la farce, ni à l'exagération. Lucas Belvaux s'est inspiré de ce qui s'est passé dans différentes villes, notamment du nord de la France, lors des dernières municipales. Le Front national, en quête d'une nouvelle image, a en effet recruté à tour de bras de nouveaux cadres, voire a enrôlé, à leur insu, des citoyens sur des listes. Lucas Belvaux s'est beaucoup documenté pour écrire cette histoire.

« Je voulais raconter des choses vraies, continue Lucas Belvaux, être inattaquable sur les grandes lignes et souvent même sur les détails. Ce qui est amusant avec cette espèce de campagne de recrutement tous azimuts, on s'en rend compte : deux ans après, 28 pour cent des élus ont démissionné. C’est énorme. Cela ne s’est jamais vu. Ce sont 400 élus sur 1 500. Et cela ne s’est jamais vu dans l’histoire politique française, une telle hémorragie au sein des élus d’un parti. Donc, cela pose des questions sur l’engagement des néo-arrivants au Front national. Sur ce qu’ils découvrent, une fois qu’ils y sont. On a des témoignages assez intéressants là-dessus. »

Entre l’amour et l’extrême droite

De fait, Pauline, l'héroïne de Chez Nous, découvre qu'on lui a menti sur son rôle, qu'elle n'est qu'une faire-valoir sans aucune possibilité de faire valoir ses opinions. Son père, un ancien syndicaliste de gauche, ne veut plus la voir. Elle se coupe d'une partie de ses amis. Et sa liaison avec un ancien amour de jeunesse, violent militant d'extrême droite, est mal vue par le parti qui cherche à présenter une façade respectable.

Reste la question si Chez Nous est un film politique ? D’une certaine façon, c'est sûrement un film politique qui s'invite dans le débat avant la présidentielle. En revanche, la charge est plutôt distante. Lucas Belvaux affirme que c'est un film engagé, mais pas militant : « Je n’y mets pas vraiment mes idées. Par exemple, il y a très peu d’opposition au Bloc patriotique ou au Rassemblement national populaire. Dans le film, je fais une espèce de portrait précis et juste de ce que ce parti est : son fonctionnement, son discours, je n’en rajoute pas, je suis plutôt au-dessous de la réalité, parce que je voulais m’adresser aux électeurs de bonne foi. C’est-à-dire aux gens qui croient vraiment voter pour un parti populaire. Donc, non, le Front national n’est pas le parti des travailleurs ou des petites gens. C’est un parti d’essence fasciste avec une idéologie d’une violence extrême. »

Chez Nous ne sera pas chez eux à Saint-Cloud

En tout cas, le Front national n'apprécie guère le film. Chez Nous, distribué dans quelques 235 salles, a subi au moins une déprogrammation, à Saint-Cloud, en banlieue ouest de Paris, la ville où se situe la maison familiale des Le Pen...

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