Festival d’Avignon / Théâtre / Japon

«Antigone» de Satoshi Miyagi: «L’orgueil arrive avec la solution»

« Antigone », de Satoshi Miyagi, dans la Cour d’honneur du Palais des papes au 71e Festival d’Avignon.
« Antigone », de Satoshi Miyagi, dans la Cour d’honneur du Palais des papes au 71e Festival d’Avignon. Christophe Raynaud De Lage

Satoshi Miyagi, le maître du théâtre japonais contemporain, suscite les éléments du feu et de l’eau pour concilier l’irréconciliable : l’orgueil de l’homme et le pouvoir des dieux. Depuis l’ouverture du 71e Festival d’Avignon dans le sud de la France, il investit avec « Antigone » brillamment la Cour d’honneur du Palais des papes avec cette histoire d'une famille maudite. Une pièce toute en beauté esthétique et en profondeur philosophique. Son interprétation de la tragédie grecque de Sophocle a ravi le public par la poésie très maîtrisée de la mise en scène et par son message spirituel. Entretien.

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RFI : Votre Antigone refuse de diviser le monde en « amis » et « ennemis ». S’agit-il d’une Antigone « bouddhiste » ?

Satosi Miyagi : Oui, on peut le dire, surtout bouddhiste japonais, parce que dans le bouddhisme, il y en a plusieurs courants.

RFI : Antigone est une tragédie grecque où s’affronte la volonté des dieux aux décisions des hommes. Avez-vous trouvé une solution par rapport à ce problème ?

Pour moi, les lois des dieux… Antigone entend ces dieux dont elle ne parle pas comme des dieux du monothéisme, mais ce sont des lois, des règles du panthéisme qui s’accumulent depuis très longtemps. Elles viennent de l’antiquité grecque, c’est fondé sur le panthéisme. Donc, les lois qu’elle respecte au nom de Dieu, ce sont des sagesses, des règles, des lois qui s’accumulent et qui proviennent de plusieurs dieux de l’époque.

L’orgueil est au centre de votre pièce. Est-ce que pour vous, l’orgueil est la faiblesse la plus grave de l’homme ?

C’est vrai que nous, les êtres humains, quand on confronte un problème, quand on est dans une situation difficile, on essaie de s’en sortir par plusieurs moyens. Mais le paradoxe est qu'une fois qu’on a réussi à trouver une solution, l'orgueil arrive aussitôt. C’est ça, le problème paradoxal. Souvent, en trouvant une solution, nous sommes enclins à considérer : voilà, on a progressé, on a trouvé cette solution, et c’est justement là où l’intervient l’orgueil.

Le metteur en scène japonais Satoshi Miyagi ("Antigone") au 71e Festival d'Avignon.
Le metteur en scène japonais Satoshi Miyagi ("Antigone") au 71e Festival d'Avignon. Siegfried Forster/RFI

Quelle est la relation entre la musique à la fois omniprésente et minimaliste et votre mise en scène ?

Pour moi, la particularité de l’art du théâtre, c’est de vivre le même moment, partager le même moment entre les comédiens ou les interprètes et les spectateurs. La manière de sentir la durée n’est pas absolue. C’est-à-dire qu’une minute peut parfois paraître très longue, parfois très rapide. Donc cette manière de sentir la durée, qui sera variable à tout moment, c’est ce que je voudrais maîtriser à travers la mise en scène.

Avec l’allégorie de la caverne chez le philosophe Platon, on a appris qu’on ne voit pas la réalité, mais qu’on aperçoit seulement son ombre. Dans votre pièce, vous projetez les ombres des acteurs sur le grand mur de la Cour d’honneur, mais, en plus, vous divisez chaque rôle. Par exemple, il y a l’actrice qu’on voit jouer Antigone, mais qui ne parle pas, car c’est une autre actrice restée dans l’ombre qui interprète cette partie parlante. Êtes-vous un « Platon » du XXIe siècle ?

Pour moi, dans ma mise en scène, l’objectif est de lier plusieurs images vues par plusieurs angles différents. Déjà avec l’œil droit et l’œil gauche on ne voit pas la même chose. Donc je me suis présenté déjà plusieurs images différentes qui permettent ensuite aux spectateurs de les rassembler pour que ça fasse une image unie. Tout cela à l’aide de l’imagination des spectateurs. L’objectif est de rassembler ces plusieurs images dans la tête et dans l’imagination des spectateurs.

«Antigone» de Satoshi Miyagi au Festival d'Avignon.
«Antigone» de Satoshi Miyagi au Festival d'Avignon. Christophe Raynaud De Lage

(Propos recueillis par notre envoyé spécial à Avignon)

Les réactions du public après la première d'"Antigone" de Satoshi Miyagi au Festival d'Avignon 2017

Satoshi Miyagi

Satoshi Miyagi est l’un des plus grands metteurs en scène du Japon. Situé au pied du mont Fuji, la devise de son Shizuoka Performing Arts Center (Spac) don’t il est directeur depuis 2007 est : « This theater is your theater. » « Ce théâtre est votre théâtre. » Dans sa carrière d’acteur, après avoir présenté des solos où il lie de grands récits à une méthode corporelle proche du buto et du clown, il a fondé en 1990 la compagnie Ku Na’uka pour y mettre en scène à la fois des œuvres antiques et classiques européennes et des auteurs japonais modernes. Le travail de ses acteurs est basé sur le concept : « deux acteurs pour un rôle ». Récompensé par de nombreux prix, il a adapté et mis en scène en 2006 le Mahabharata qu’il recrée en 2014 dans la carrière de Boulbon pour le Festival d’Avignon avant de présenter cette année la création Antigone.

► Lire aussi: Avignon: ouverture du rideau de la 71e édition du festival avec «Antigone»

Antigone, spectacle de Satoshi Miyagi dans la Cour d’honneur du Palais des papes, le 8, 10, 11, 12 juillet au Festival d’Avignon.

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