Festival d’Avignon 2017 / Théâtre / Clown / Afrique

Avignon: «Le rire pare-balle» de Julien Bissila et Adèll Nodé Langlois

Julien Bissila et Adèll Nodé Langlois après la première de leur pièce  « Le rire pare-balle », présentée au Festival d'Avignon dans le cadre des « Sujets à Vif ».
Julien Bissila et Adèll Nodé Langlois après la première de leur pièce « Le rire pare-balle », présentée au Festival d'Avignon dans le cadre des « Sujets à Vif ». Siegfried Forster / RFI

Un spectacle sur l’Afrique, le Congo-Brazzaville, l’appel de Londres de Charles de Gaulle, les bonnes intentions et les mauvaises manipulations... L’auteur (prix RFI-Théâtre 2014), comédien, metteur en scène congolais Julien Bissila et la clown Adèll Nodé Langlois présentent dans le cadre des « Sujets à Vif » au Festival d’Avignon « Le rire pare-balle », un spectacle loufoque, clownesque et complètement vrai… Entretien.

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RFI : Adèll Nodé Langlois, vous êtes devenue connue comme clown Antigone. Julien Bissila, vous êtes un auteur et comédien très marqué par les guerres en Afrique. Comment est-ce que vous vous êtes rencontrés ? Comment avez-vous trouvé une ligne commune pour cette pièce ?

Adèll Nodé Langlois : Quand on est clown, on est aussi auteur. Moi, par exemple, je travaille sur la tragédie en tant que clown. On a été mis en contact pour faire ce Sujet à vif, donc, on ne s’est pas choisis, mais on a travaillé assez simplement ensemble sur des thèmes que Julien avait apportés, des textes qu’il avait apportés et qu’on a ensuite mis en scène et en jeu ensemble.

RFI : Pour vous aussi, c’était naturel d’aller vers un clown ?

Julien Bissila : Le projet du jeu est celui-là : on est choisi par quelqu’un. Moi, cela me plaît .Tout de suite, cela s’est fait tout seul. Dès qu’on m’avait expliqué le principe, j’ai dit : c’est génial. Tu peux tomber sur un sculpteur, et même cette expérience-là, je l’aurais bien vécue.

Julien Bissila, vous entrez sur scène comme Roméo, avec une perruque afro et une veste à fric. Et vous, Adèll Nodé Langlois, avec un masque à clown et une robe « blanche comme la vierge ». Mais qu’est-ce que cet organisme CFRAD à sauver avec lequel vous embêtez tout le temps les spectateurs ?

Adèll Nodé Langlois : Nous, nous sommes une organisation humanitaire, caritative. On s’amuse avec cette histoire de ramasser des fonds, mais finalement, on ne sait jamais trop où ils vont, ces fonds-là. Le CFRAD (Centre de formation et de recherche en art dramatique) est un bâtiment qui existe vraiment au Congo-Brazzaville. Julien m’en avait parlé tout de suite. Et comme nous avons besoin d’un fil rouge pour faire venir tous ces thèmes : la religion, la corruption, la Françafrique… Ce thème « Sauvez le CFRAD ! » - qui était d’ailleurs porté par deux escrocs qui n’ont probablement jamais donné de l’argent pour le CFRAD - ça nous a servis… En plus, c’est un bâtiment qui existe et qui est vraiment en train de s’écrouler au Congo. On trouvait ça incroyable, tout ce qui cela représente. Tout ce qu’on dit dans le spectacle est complètement vrai… le général de Gaulle, même le Che Guevara qui étaient là. Tout est vrai. Comme ce centre qui n’a jamais formé personne comme comédien.

Alors, selon vous, l’appel de Londres qu’on connaît du général de Gaulle n’a pas été enregistré à Londres, mais à Brazzaville ?

Julien Bissila : Vous savez, ce qui est important dans ce métier, ce ne sont vraiment pas les réponses, mais les questions. Moi, je me pose la question : pourquoi personne ne connaît l’appel de Brazzaville ? Personne ne le connaît ! Personne ne l’a jamais entendu. Alors si l’appel de Londres n’est pas enregistré, j’aimerais bien savoir où est passé l’appel de Brazzaville ? Donc j’interroge. Car, finalement, c’est une place énorme. Ce spectacle travaille cette proposition aussi à un moment où j’ai entendu pendant les élections la question de l’immigration. Après, je me suis dit : les réfugiés, c’est quoi ? À l’époque, quand de Gaulle arrive à Brazza, ils n’étaient pas trois personnes. Il trainait des centaines de personnes derrière lui. C’étaient des réfugiés, mais ils étaient plutôt accueillis avec une fanfare. C’était génial. J’aimerais juste requestionner un peu l’histoire. Une sorte de rétroviseur. Pour dire : oui, l’histoire des déplacements des populations, c’est vieux. Les rapports entre ces deux pays-là, c’est vieux. Il y a eu de belles choses. Et je vais revenir sur l’appel de Londres du 18 juin 1940 qui est célèbre, mais qui n’a pas été enregistré. Mais sur internet, on trouve encore l’appel du 22 juin 1940.

La phrase du spectacle : « Paris a volé le "A" de l’Afrique et celle-ci est devenue un pays à « Fric » sans "A" », est-ce que cela résume un peu le titre Le rire pare-balles ?

Adèll Nodé-Langlois : C’est une ironie sur quelque chose qui est quand même vraie. Comme dit Julien : en Afrique, il y a quand même des gens qui y vivent aussi… Il ne faut pas voir ça juste comme un endroit pour en profiter.

« Le rire pare-balles », une pièce de Julien Mabiala Bissila et Adèll Nodé-Langlois pour « Sujets à Vif » au Festival d’Avignon, jusqu’au 14 juillet, à 18h au Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph

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