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Visa pour l'image 2017

[Diaporama] Visa pour l'image 2017: le monde en pleine face

La mère de Mohammed Ali Khan (15 ans), tué lors de l’attaque d’une école pour enfants de militaires par un commando taliban qui a pris en otage des centaines d’élèves et d’enseignants. Peshawar, Pakistan, 16 décembre 2014.
La mère de Mohammed Ali Khan (15 ans), tué lors de l’attaque d’une école pour enfants de militaires par un commando taliban qui a pris en otage des centaines d’élèves et d’enseignants. Peshawar, Pakistan, 16 décembre 2014. © Zohra Bensemra / Reuters
10 mn

De Manille à Caracas, en passant par Mossoul, la vingtaine d'expositions de cette 29e édition du Festival international de photojournalisme qui se tient jusqu'au 17 septembre à Perpignan, dans le sud de la France, propose un tour du monde d'une humanité dans la tourmente.

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Fragile, écorchée vive, bafouée, fracassée, mais toujours debout... Ainsi va l'humanité vue par les yeux des photographes exposés à Visa pour l'image. Chaque année, début septembre, plusieurs lieux emblématiques de Perpignan s'ornent des clichés qui ont marqué l'année et d'autres événements parfois passés au second plan d'une actualité galopante.

Le plus grand festival de photojournalisme au monde a habitué le public à des images difficiles. La sélection 2017 ne déroge pas à la règle. Venir à Visa, c'est regarder le monde en face. Et dans cette édition, ce qui saute aux yeux peut-être, c'est l'étendue de la géographie de la souffrance, et de ses nuances.

Alors, s'il fallait trouver une logique, tenter d'ordonner cette mosaïque formée par cette vingtaine d'expositions réparties dans neuf lieux de la ville, on pourrait dégager quatre thèmes.

Un monde en guerre

Il y a bien sûr, la guerre en Syrie et en Irak, tristement présente à chaque édition ces dernières années. Cette fois, le festival a choisi de faire un zoom sur la bataille de Mossoul. Trois photographes exposés se sont fait les témoins des affrontements entre jihadistes de l'organisation Etat islamique et forces irakiennes pour la reprise de la deuxième ville d'Irak entre octobre 2016 et juillet dernier : Alvaro Canovas, Lorenzo Meloni et Laurent Van der Stockt, Visa d'or 2013 (A venir notre article sur le sujet). Une table ronde sera également consacrée à « la guerre dans les yeux des photographes », et tous les nommés pour le Visa d'or Paris Match News, qui récompense le meilleur photoreportage d'actualité, ont travaillé sur la bataille de Mossoul.

La guerre, c'est aussi le thème de prédilection de la photographe algérienne Zohra Bensemra. Dans son travail, au Pakistan, en Afghanistan, au Soudan, en Irak encore ou en Syrie, elle met en lumière les existences brisées par les conflits armés. Et s'attache à montrer une humanité égale dans le drame, une capacité d'adaptation et surtout de résilience face à l'horreur.

Michael Araja (29 anos) foi morto numa batida policial.
Michael Araja (29 anos) foi morto numa batida policial. © Daniel Berehulak pour The New York Times

Dans les Philippines de l'ère Duterte, c'est une autre guerre qui se joue. Les clichés de Daniel Berehulak ressemblent à des images de séries policières américaines. Des scènes de crime bien réelles dans ce pays où le président a déclaré une guerre sans merci à la drogue. Une guerre sans foi ni loi, mais avec bavures.

La photographe Angela Ponce Romero a elle posé son objectif sur Ayacucho, une ville péruvienne qui vit avec les fantômes des disparus de la « guerre sale » entre les autorités péruviennes et la sanglante guérilla maoïste du Sentier lumineux.

Et puis il y a bien sûr cet hommage au photographe américain Stanley Greene, mort en mai, qui a témoigné de tous les conflits de son époque. Ou encore le travail de Rafael Yaghibzadeh en Ukraine, lauréat du prix Rémi Ochlik.

Des minorités en résistance

Le combat que mène la minorité berbère au Maroc contre la disparition d'une culture et une identité est une autre forme de guerre, celle de David contre des Goliath en forme d'assimilation. Une résistance tranquille documentée par les clichés en noir et blanc de Ferhat Bouda, prix Pierre et Alexandra Boulat 2016.

A l'autre bout du globe, ce sont les Sioux du Dakota qui résistent contre le passage d'un oléoduc au milieu de sites sacrés. Les cowboys de l'Amérique de Trump contre les Indiens à la culture séculaire vu par l'œil de Larry Towell.

Les « Dreamers » de Darcy Padilla, prix Canon de la femme photojournaliste 2016, noient chômage et pauvreté dans des paradis artificiels. La misère crasse en pleine Amérique. Dans la réserve de Pine Ridge, l'alcool et la meth ravagent les membres de la tribu Oglala Lakota, déchirée entre les fantômes de leurs ancêtres et une impossible intégration.

Il y a aussi bien sûr, les images de Marco Longari qui se fait le témoin de cette Afrique complexe et pleine de contradictions. Un continent en mouvement, que beaucoup voudraient voir comme un bloc monolithique.

Mandan, Dakota du Nord. Novembre 2016.
Mandan, Dakota du Nord. Novembre 2016. © Larry Towell / Magnum Photos

L'homme face à la nature

La nature expose elle aussi toute sa fragilité et sa force quand, malmenée, elle se retourne contre la frange la plus démunie de l'humanité. Les images du photographe Lu Guang, qui a promené son appareil dans les brumes opaques de la pollution de la Chine, donnent froid dans le dos. En trois décennies, le pays est devenu la deuxième puissance économique mondiale, mais aussi le premier pollueur de la planète. Conséquences de ce développement à vitesse grand V : des fleuves devenus des caniveaux, des « villages du cancer » et des pâturages où les bêtes ne paîtront plus.

Tempêtes, sécheresse, inondations, montée des mers... Vlad Sokhin a lui sillonné la planète pour montrer les conséquences du réchauffement climatique, des minuscules îles du Pacifique à l'Alaska, en passant par l'Arctique. Il s'emploie à montrer que l'urgence est déjà là. Ici encore, loin de se laisser aller à la fatalité, les populations s'emploient à trouver des solutions pour tenter d'endiguer la catastrophe.

Enfin, le travail de Michael Nichols pour le National Geographic est comme une pause dans la tempête. Ces images saisies dans l'intimité du règne animal donnent à voir la faune sauvage différemment.

Chasse au phacochère par le groupe Vumbi, mené par une lionne portant un collier. Parc national du Serengeti, Tanzanie, 2011.
Chasse au phacochère par le groupe Vumbi, mené par une lionne portant un collier. Parc national du Serengeti, Tanzanie, 2011. Photo Michael Nichols / National Geographic Creative

Des vies en souffrance

Et puis il y a ces photographies d'hommes et de femmes dont la vie ressemble à un combat permanent. Un combat qui se joue souvent dès la naissance.

Du Népal où les clichés de Stephen Dock rappellent le destin de ceux qui, descendus de leur montagne en rêvant d'une vie meilleure ailleurs, se retrouvent dans des bordels de Malaisie ou réduits en esclavage sur les chantiers de pays du Golfe ; à la mort sociale des veuves d'Amy Toensing (voir notre article à venir) ; en passant par les portraits de ces jeunes, tout juste sortis de l'enfance, et plus familiers des cellules froides des prisons pour mineurs américaines que des bancs de l'école.

Ou encore les images de ces Afghans aux Etats-Unis. Ils ont été traducteurs, médecins ou ingénieurs pour l'armée américaine, ont dû s'exiler pour sauver leur peau, et se retrouvent déclassés, aux marges d'une société qui n'a pas de place pour eux.

On notera encore ces images fortes capturées par Meredith Kohut de familles à la limite de la famine dans un Venezuela au bord du gouffre.

Omar Mendoza souffre de schizophrénie et de malnutrition sévère : il ne pèse que 35 kilos. L’hôpital psychiatrique où il se trouve est paralysé par une grave pénurie de nourriture et de médicaments. 25 août 2016.
Omar Mendoza souffre de schizophrénie et de malnutrition sévère : il ne pèse que 35 kilos. L’hôpital psychiatrique où il se trouve est paralysé par une grave pénurie de nourriture et de médicaments. 25 août 2016. © Meridith Kohut pour The New York Times

Certains thèmes qui ont marqué l'actualité cette année ne figurent pas parmi les expositions, comme la crise des réfugiés, l'un des sujets phares de l'édition 2016. Le Visa d'or avait d'ailleurs récompensé Aris Messinis avec ses « Scènes de guerre en zone de paix ». Ou encore Donald Trump et l'élection présidentielle américaine. Mais ces deux thématiques feront l'objet de deux soirées de projection au cours du festival. Largement de quoi se rattraper.

Le site officiel de Visa pour l'image

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Après avoir fui leur village pris par Daech, un garçon et sa famille dans un car qui les emmène au camp de déplacés de Hammam al-Alil, au sud de Mossoul. Irak, 22 février 2017.
Après avoir fui leur village pris par Daech, un garçon et sa famille dans un car qui les emmène au camp de déplacés de Hammam al-Alil, au sud de Mossoul. Irak, 22 février 2017. © Zohra Bensemra / Reuters

1989. C'est la date de création du festival.

160 000 visiteurs en 2016.

950 photographes professionnels sont accrédités venus d'une soixantaine de pays.

Environ 1 000 photos sont exposées par édition. Sachant que 1 000 photos sont visionnées lors de chacune des six soirées de projection.

Six Visa d'or seront attribués lors de cette édition, dotés chacun de 8 000 euros.

Douze autres prix seront remis au cours du festival, dont le Prix Canon de la femme photojournaliste, le prix de la ville de Perpignan Rémi Ochlik ou le prix Camille Lepage.

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