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Littérature

[Du côté de chez Mandela] Mort d’une grande gueule

«La bande à Foster», de Ryk Hattingh (texte) et Conrad Botes (dessin).
«La bande à Foster», de Ryk Hattingh (texte) et Conrad Botes (dessin). L'Association
Texte par : Georges Lory
3 mn

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Ryk Hattingh est mort d’une crise cardiaque et d’une tristesse refoulée. Cela faisait longtemps, du côté de Johannesburg, qu’on ne voyait plus sa grande carcasse et son regard prompt à la colère. Il avait quitté l’Afrique du Sud en 1997 pour s’installer en Nouvelle-Zélande. Il y tenait un petit atelier de réparation de chaussures et de clés. Les lettres sud-africaines perdent leur Thomas Bernhard.

Hattingh a grandi à Benoni, aujourd’hui un quartier de la municipalité d’Ekurhuleni, dans le Gauteng. Enfant, il pleurait si souvent que sa mère lui avait acheté un carnet où il devait inscrire une croix chaque fois qu’il voulait pleurer. C’est pourquoi il intitulera son dernier ouvrage Huilboek (« Le livre des pleurs ») en 2016.

Peut-on qualifier de roman cet entrelac de souvenirs d’enfance, d’imprécations et de considérations sur la difficulté à s’adapter à un nouveau pays ? Il évoque pèle-mêle les abeilles en furie, sa période d’addiction à la drogue, des photos d’enfance, ses réactions égoïstes, son départ au bout du monde.

À côté de la figure autoritaire de son père, il évoque le jardinier Toon qui volait le vin de sa grand-mère, mais qui lui témoignait de l’affection. Il l’a retrouvé, clochard au Cap, et l’a aperçu une dernière fois sur la plage arrière d’une camionnette. Ryk Hattingh et sa famille ont déménagé, ne supportant plus la violence, l’inefficacité des dirigeants, la « zimbabwisation » de l’Afrique du Sud. Le livre lui vaudra le prix Kyknet-Rapport 2017.

L’homme a fait plusieurs métiers, enseignant dans une école métisse près de Knysna, fondateur d’un magazine érotique, journaliste au Vrye Weekblad, éditeur chez Hond… Le traumatisme de la guerre en Angola ne le quittait pas. Peu de textes de Hattingh (1957-2017) ont été traduits. Sous l’apartheid, ses romans vitupéraient la bonne conscience des dirigeants nationalistes. Une de ses pièces de théâtre, saluée par la critique, imaginait Johannesburg en pleine anarchie sous l’explosion des bombes.

En français, il nous reste sa BD* qui raconte les braquages de la bande à Foster. Cette cousine de la bande à Bonnot achève sa sanglante cavale au fond d’une mine.


Ryk Hattingh (texte) et Conrad Botes (dessin), La bande à Foster, traduit par Catherine du Toit, L’Association, 2011.

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