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Histoire

Du symbole de paix au régime nazi: l’histoire de la croix gammée

"Lampion à la Croix gammée" (vers 1940)
"Lampion à la Croix gammée" (vers 1940) Arne Psiller/Deutsches Historisches Museum

En France, des croix gammées sont régulièrement taguées sur des murs, des tombes ou encore des édifices religieux. Depuis le début de l’année, une chapelle en Moselle, un restaurant à Savigny-sur-Orge et deux hypermarchés casher à Créteil ont été la cible d’inscriptions antisémites. Des croix gammées associées depuis les années 1930 à l’idéologie nazie. Pourtant ce symbole cache une origine plus ancienne et plus positive.

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Popularisée en Europe par Adolf Hitler, qui en fait le symbole du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) à partir de 1930, la croix gammée, appelée svastika dans la langue indo-européenne sanskrite, apparaît en réalité bien avant le XXe siècle. Symbole religieux que l’on retrouve de l’Europe à l’Océanie, le svastika date de l’époque néolithique. Dans de nombreuses cultures et sur tous les continents, il symbolise la chance. « C’est un motif qui représente une roue qui constitue le centre du monde, le centre de l’univers, une organisation qui est totalement bénéfique, contrairement à l’utilisation qui en a été faite plus tard », détaille Vinca Baptiste, historienne de l’art spécialiste de la Chine.

Symbole sacré de l’hindouisme

Au musée Guimet des Arts asiatiques à Paris, le symbole est visible sur le torse de quelques bouddhas. Le svastiska est également considéré comme un symbole sacré par les hindous. Historiquement, on en trouve une première trace dans le Mahabharata, le grand livre sacré de l'hindouisme, écrit dès le VIe siècle av. J.-C. Ailleurs dans le monde, le symbole est apparu, au cours des siècles, chez les Navajos, les Mayas, ou encore en Afrique et au sud de l'Europe – sans qu'on sache si ces multiples incarnations ont dérivé les unes des autres.

Bien que se retrouvant dans toutes les cultures de l'humanité préhistorique, son utilisation systématique vient de l'Inde. Le svastika représente plusieurs forces positives, comme Ganesh dans l'hindouisme, dieu le plus vénéré du culte. Au temple Ganesh, dans le 18e arrondissement de Paris, le dieu-éléphant est représenté avec le signe accroché sur sa trompe. Le prêtre Somaskandan explique que le svastika est un « élément très important de la religion hindoue, un symbole central ». Il détaille l'étymologie du terme. « En sanskrit, ‘Su’ veut dire 'bon', ‘asti’ est le verbe être, donc svastika signifie ‘être honnête’ ». Motif omniprésent dans l'Inde contemporaine – à la devanture des échoppes, sur des arrêts de bus, à l'arrière des camions –, le svastika porte un message d'espoir et de paix.

Le dieu Ganesh, dont la trompe est ornée d'un svastika (Paris, Temple Ganesh).
Le dieu Ganesh, dont la trompe est ornée d'un svastika (Paris, Temple Ganesh). Clotilde Ravel/RFI

« Nettoyage graphique »

Au début du XXe siècle, le svastika subit un « nettoyage graphique » et devient l’emblème du parti nazi. Hitler considérait le svastika comme un symbole aryen remontant aux Indo-européens primitifs, le « symbole du combat pour la victoire de l'Aryen ». Contrairement à une croyance répandue, il n’a pas renversé l'orientation de la croix. En Inde, on trouve des figurations dans les deux sens et aucun des deux ne possède une connotation négative.

« Ce symbole a été importé en Europe par les idéologues de la fin du XIXe, qui croyaient en l’inégalité des races, à la supériorité d’une race dite aryenne ou nordique », explique François Delpla, historien spécialiste du nazisme et auteur d'Une Histoire du IIIe Reich (éd. Perrin, novembre 2014). A la fin du XIXe siècle, après la découverte de vestiges ornés de croix gammées sur le site de la ville antique de Troie par Heinrich Schliemann, le Danois Ludvig Müller et le Français Emile Burnouf (1821-1907) associent le svastika aux Indo-européens, ou Aryens, le dernier y ajoutant une théorie antisémite et de hiérarchisation des races. Cette idée est ensuite reprise et réinterprétée par les nationalistes allemands, qui lui associeront l’idée d’identité et de fierté nationale à partir des années 1920.

Un symbole dévoyé

Dans Mein Kampf, Adolf Hitler écrit : « Après de nombreuses tentatives, je m'arrêtai à une forme définitive : un drapeau avec un fond rouge, un rond blanc et une croix gammée noire au centre. Après de longs essais, je trouvai aussi une relation définie entre la dimension du drapeau, la grandeur du rond blanc, la forme et l'épaisseur de la croix gammée ». Le blanc représente le nationalisme, le rouge le socialisme, et la croix gammée la « race aryenne ».

Bien qu'autorisée à des fins religieuses (dans la religion hindoue ou bouddhiste) en France, l'utilisation de la croix gammée est aujourd'hui réprimée par la loi dans plusieurs pays européens. Le svastika a été pendant cinq mille ans « un symbole positif du cosmos » avant d’être dévoyé par Hitler, plaide pourtant Ramesh Kallidai du Hindu Forum, qui regroupe 250 associations hindoues en Grande-Bretagne, dans une interview accordée au quotidien Times of India. « Ce n’est pas parce que Hitler a fait un mauvais usage de ce symbole pour propager son régime de terreur, de racisme et de discrimination, qu’il faut en interdire l’usage pacifique », affirme-t-il.

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