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Festival de Cannes 2018 / Cinéma

«Le Livre d’Image», tempête de grains de film de Jean-Luc Godard

« Le Livre d’Image », le film de Jean-Luc Godard est en lice pour la Palme d’or du Festival de Cannes 2018.
« Le Livre d’Image », le film de Jean-Luc Godard est en lice pour la Palme d’or du Festival de Cannes 2018. Casa Azul Films /Ecran Noir Productions

Sa nouvelle œuvre est hermétique à volonté, bien à l’image de ses derniers films. Avec « Le Livre d’Image », en lice pour la Palme d’or, Jean-Luc Godard a frappé de nouveau dans la compétition du Festival de Cannes. Volontairement absent du tapis rouge (contrairement à Panahi et Sebrennikov), il persiste et signe dans sa démarche de décomposer et questionner sans compromis notre histoire imaginée et donc notre imaginaire.

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« Il faut une vie pour faire l’histoire d’une heure », philosophe Jean-Luc Godard avec une voix traînante dans son nouveau film. Le Livre d’Image dure une heure vingt-cinq minutes.
En 2014, avec Adieu au langage (Prix du Jury), dédié à son chien Roxy qui refait une petite apparition, il avait officiellement pris congé du langage (pas uniquement cinématographique) habituel. Lourd de sens, son nouvel essai démarre avec une table de montage et une pellicule de film en train de se dérouler.

Dès l’entrée, nos yeux sont accaparés par des images trempées dans des couleurs saturées. La luminosité et le contraste souvent poussés à l’extrême provoquent un effet d’aliénation. Des milliers d’extraits de film collés les uns aux autres s’arrêtent de façon intempestive après quelques secondes, laissant le son seul encore un peu courir vers sa perte.

« Images et Paroles »

Doté d’aucun récit tangible, les seules bouées de sauvetage fournies aux spectateurs pour s’accrocher à quelque chose sont quelques chapitres aux noms mystérieux : « Archives et Morale », « Images et Parole », « La Terre », « Délivrance », « Les Fleurs entre les rails », « Heureuse Arabie », « Archéologies et Pirates », « Les Paradis Perdus »… Honni soit qui mal y pense.

Godard crache des éléments composites à l’écran, des clusters d’images sans foi ni loi : on voit des soldats de la Seconde Guerre mondiale jeter des soldats ennemis par-dessus bord et tout de suite après, Godard enchaîne avec des jihadistes poussant des homosexuels d’un toit d’immeuble. Un champ de bataille succède à un champ de fleur, l’horreur de cadavres d’un camp de concentration précède des scènes montrant un cheval achevé et des hommes exécutés. Les guerres et conflits dans le monde arabe sont omniprésents, l’esprit critique est palpable (« Les Arabes, peuvent-ils parler ? »), mais jamais explicité.

Assister à la projection du film n’a rien d’« agréable »

L’ancien maître de la Nouvelle Vague affectionne le hors champ comme d’autres réalisateurs les scènes d’amour. Il agence les mouvements et les couleurs en lignes et formes, dissout les traces visuelles pour recomposer les pixels comme d’autres tissent des tapis. Dans Le Livre d’image, un gros plan à la Godard n’isole pas le visage d’un personnage, mais une bribe d’un film pour dérouter et dénoncer notre regard habituel. Le maître franco-suisse force le spectateur à se jeter dans l’inconnu. Assister à la projection du film n’a rien d’« agréable ».

Cinquante ans après Mai-68, le cinéaste surcharge chaque séquence de son Livre d’image avec des dizaines de plans de films différents, issus d’archives du monde entier. Ce magma de scènes et d’acteurs connus et inconnus – selon l’expérience de chacun, car rien n’est expliqué ou affiché – atterrit sur la rétine du spectateur comme une graine de sable dans une tempête dans le désert. Après, chacun est libre de se faire son propre film sur Godard.

→Invité France - Jean-Luc Godard sur les écrans de Cannes: retour sur un mythe du cinéma français

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