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Culture / Bande dessinée / Ethnographie

Hugo Pratt et ses inspirations au musée des Confluences à Lyon

Scénographie de l'exposition « Hugo Pratt, lignes d'horizons » au musée des Confluences.
Scénographie de l'exposition « Hugo Pratt, lignes d'horizons » au musée des Confluences. Bertrand Stofleth / Musée des Confluences

À l’image de son personnage fétiche, le marin vénitien Corto Maltese, le dessinateur italien Hugo Pratt (1927-1995) a beaucoup voyagé dans sa vie. Mais peut-être tout autant que ses voyages, ses lectures multiples ont nourri son œuvre. Le musée des Confluences à Lyon propose de confronter l’œuvre graphique de Pratt avec les objets ethnographiques tirés de ses collections. Si les planches du dessinateur italien ont déjà fait l’objet d’expositions par le passé, cette approche ethnographique se révèle nouvelle, éclairant son imaginaire et sa façon de travailler.

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Avec son profil de loup de mer séducteur, son caban et sa casquette de navigateur, Corto Maltese a séduit les lecteurs du monde entier. Tour à tour romantique, ironique, anarchiste et insaisissable, l’aventurier évoluant sur les mers (de préférence du Sud) au début du XXe siècle (de 1904 à 1925) est un témoin privilégié de son époque.

Qu’il navigue en Papouasie-Nouvelle-Guinée dans La Ballade de la mer salée, en Guyane et au Brésil dans Sous le signe du Capricorne, ou encore au Yémen et dans la Corne de l’Afrique dans Les Éthiopiques, le charismatique capitaine de la marine marchande rencontre des personnages réels ou imaginaires et doit composer aussi avec les légendes et les traditions populaires de ces contrées exotiques.

Quand il crée son personnage fétiche en 1967, d’abord pour le magazine italien Sgt Kirk, puis trois ans plus tard pour Pif Gadget, Hugo Pratt nourrit ces aventures de ses propres voyages et souvenirs : sa Seconde Guerre mondiale en Abyssinie (l’actuelle Éthiopie) aux côtés de son père militaire de carrière… Ses allers-retours aussi entre l’Amérique du Sud et l’Europe (Venise, son port d’attache, la Suisse où il finira ses jours).

De Robert Louis Stevenson à Burt Lancaster

La galerie d’entrée de l’exposition, à laquelle on accède après un couloir surmonté d’une immense voile de bateau, explore les influences premières du dessinateur italien. Les romans d’aventures anglo-saxons : L’Ile au trésor de Robert Louis Stevenson ou les romans de Jack London. Mais aussi les bandes dessinées de Milton Caniff, et puis le cinéma américain. La première scène de la première aventure de Corto Maltese, La Ballade de la mer salée (1967), le montre crucifié sur un radeau, exactement comme John Wayne dans le film Le réveil de la sorcière (1948) d’Edward Ludwig. L’exposition montre l’autre modèle du marin aventurier : Burt Lancaster dans Le Roi des îles de Byron Haskin (1954).

Si par le passé plusieurs expositions ont été consacrées aux planches d’Hugo Pratt (avant celle prévue au festival de la bande dessinée d’Angoulême l’an prochain), c’est la première fois que son travail graphique - ici 130 planches originales en noir et blanc ou des aquarelles - est confronté à ses influences, avec une approche ethnographique et par zones géographiques.

Il fallait pour cela trouver le lieu ad hoc et une collection préexistante. « Le musée des Confluences à Lyon était le lieu idéal » s’enthousiasme Michel Pierre, ami d’Hugo Pratt, historien, écrivain et commissaire associé. Ses réserves comptent plus de deux millions d’objets provenant du Museum d’histoire naturelle de Lyon, de l’ancien Musée des colonies créé par Édouard Herriot ou d’héritages des collections de congrégations religieuses. Les commissaires ont ainsi pu faire des rapprochements entre les dessins de Pratt et des objets des collections. « Le travail d’enquête était ludique » reconnaît Yann Cormier, chargé de projet au musée des Confluences. « Plus des deux tiers des 90 objets exposés viennent de nos réserves. Dès que l’on repérait un objet dans une planche de Pratt, on cherchait l’original dans nos collections. Son univers est tellement riche qu’on ne pouvait que trouver des choses ».

Corto Maltese – Portrait (1983).
Corto Maltese – Portrait (1983). Cong S.A. Suisse

Le mystère de la création artistique de Hugo Pratt

Grâce à des dessins de Pratt, certains agrandis sur plusieurs mètres de haut, des cases placées en face de véritables objets, le mystère de la création artistique se dévoile. Mais Hugo Pratt ne travaillait pas d’après nature. « En 1967, quand il dessine La ballade de la mer salée, Hugo Pratt n’a jamais mis les pieds en Océanie, confirme Yoann Cormier. Il avait une bibliothèque de travail phénoménale. Sa véritable source d’inspiration, c’était les livres. Il en possédait entre 20 000 et 30 000 chez lui, des récits de voyage, des dictionnaires, des encyclopédies ou collections de magazines. »

Patricia Zanotti, la directrice générale de Cong, la société qui gère l’œuvre de Hugo Pratt, travailla dix-sept ans à ses côtés, d’abord comme coloriste. Elle se souvient d’un homme très joyeux, très généreux dans le travail, capable de fulgurances, mais qui disait aussi que « le dessin, c’est huit secondes d’intuition et huit heures de travail ».

Elle l’a donc vu dessiner d’après ses souvenirs ou sa documentation : « il avait une grande mémoire. Il se souvenait de choses lues ou vues dans son enfance quand il avait vécu en Afrique, par exemple les uniformes des militaires. Il ne collectionnait pas vraiment les objets, c’était plutôt un acheteur de livres. ».

Saurez-vous reconnaître Hugo Pratt ?

Le musée des Confluences expose ces objets vus pour certains dans ces revues ou livres spécialisés et dessinés, quelquefois des années plus tard, avec une grande précision. Comme ce modèle de pirogue double, vëkêkaré de Nouvelle-Calédonie présentée en regard de la première vignette du premier album de Corto Maltese.

L’exposition s’achève avec un mur de portraits dessinés, ceux justement des 390 visages de ses personnages. De Raspoutine, le génie du mal de Corto, à l’Indien Jesuit Joe, en passant par Cush, guerrier rebelle... Hugo Pratt s’est caché parmi ces visages. Saurez-vous le reconnaître ?

(A g.) Hugo Pratt à Venise (1945). © Cong S.A. Suisse ;  (à dr.) Masque, kavat (2009, Papouasie-Nouvelle-Guinée, archipel Bismarck, Nouvelle-Bretagne, village de Goalim, population baining). © Olivier Garcin – musée des Confluences.
(A g.) Hugo Pratt à Venise (1945). © Cong S.A. Suisse ; (à dr.) Masque, kavat (2009, Papouasie-Nouvelle-Guinée, archipel Bismarck, Nouvelle-Bretagne, village de Goalim, population baining). © Olivier Garcin – musée des Confluences. Musée des Confluences

Dialogue entre les dessins et les objets, l’exposition Hugo Pratt, lignes d’horizons explore aussi l’univers numérique. Une grande mappemonde trône dans l’espace central. Chaque visiteur, en effleurant la surface, peut voir apparaître les personnages de l’univers de Corto Maltese, relié à la zone géographique de ses apparitions.

Hugo Pratt, lignes d’horizons, exposition au musée des Confluences à Lyon, jusqu’au 24 mars 2019.

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