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Culture

Le «Chanté Nwel», l’alliance du créole et du français

Des membres de l'association guadeloupéenne Otantika.
Des membres de l'association guadeloupéenne Otantika. RFI/Corinne Binesti
Texte par : Corinne Binesti
5 mn

Chaque année à l’approche des fêtes de Noël, des Antillais d’outre-mer et de métropole se regroupent en famille et entre amis pour célébrer le « Chanté Nwel », une tradition antillaise emblématique qui rythme la période de l’Avent.

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« Le Chanté Nwel est un moment important où nous nous réunissons pour chanter des cantiques. Ces chants sont accompagnés de musique et de danse. C’est une manière d’honorer la période de pré-Noël, mais aussi le moyen de retrouver le lien avec nos origines », explique Cathy, Guadeloupéenne et présidente de l’association antillaise Otantika qui promeut la culture guadeloupéenne.

Le chanté Nwel, l’alliage du créole et du français

Si en Île-de-France, plus d’une quarantaine associations antillaises participent à cet événement tous les ans à l’approche du 24 décembre, dans les départements d’outre-mer et particulièrement en Guadeloupe et en Martinique, c’est une institution.

Des cantiques hors du commun

Un livret de chansons à la main, les familles chantent les textes bibliques. Des chants déclamés en français évoquant Marie ou Jésus, mais qui au moment de la « ritournelle » - le refrain chanté en créole - s'écartent de la stricte tradition religieuse. Il prennent alors un tout autre sens. Après une première partie évoquant le sacré, le refrain laisse libre cours à la moquerie et aux jeux de mots. Et l’on s’enjaille au son du gwoka, tambour guadeloupéen, ou du bèlè, percussion martiniquaise.

« On démystifie le texte, explique Toni Mango professeur de créole. C’est lors des ritournelles qu’on se permet de plaisanter et de faire des allusions à la nourriture, au rhum On se lâche. C’est le passage aux caricatures où la religion est à ce moment-là vraiment désacralisée. » C’est aussi ce qu’affirme Yann originaire de Martinique : « Les cantiques sont détournés avec la présence de la musique, de la danse et de la fête. C’est le mélange de toutes ces "saveurs", de ce métissage qui rend ces instants très joyeux. » Et d'ajouter : « Dans notre culture antillaise, tu peux être très respectueux, mettre tes plus beaux habits, avoir un respect du sacré tout en te laissant la liberté d’être moins contenu. »

Chants chrétiens mais racines africaines

Si la chrétienté tient une place majeure dans la communauté antillaise, les origines africaines importent tout autant. « C’est vrai qu’historiquement, la chrétienté nous a été imposée, dit Toni. Nous avons été évangélisés par le code noir qui réglait la vie des esclaves dans les colonies françaises. Puis le christianisme s’est disséminé un peu partout dans le monde. Nous l’avons intégré, accepté, mais aussi ré-approprié. Il y a chez nous une pratique un peu différente de notre rapport à Dieu. »

Avec le Chanté Nwel, la communauté antillaise recrée, en créole, quelque chose de différent, d’enraciné et relié à l’Afrique. « On transpose et l’on intègre dans ces cantiques des instruments essentiels comme le gwoka ou le bèlè, des tambours aux origines africaines », explique Nathalie, Guadeloupéenne et membre de l’association Otentika.

Ces tonalités, ces rythmes qui évoquent des sentiments sont aussi traduits par la danse. « Quand nos ancêtres africains ont été déportés et débarqués aux Antilles, ils ont amené avec eux une culture qui est restée, dit Cathy. Certes, nous avons développé des traditions qui nous sont propres, mais ça reste ancré dans notre identité. »

De son côté, Toune, qui vit en banlieue parisienne, n’a pas grandi aux Antilles. Elle raconte pourtant que cet événement lui permet de mieux retrouver ses origines et de découvrir une culture, la sienne, qu'elle connaissait peu.

Pour l’heure, si en outre-mer, pendant les fêtes, les troncs des palmiers s'habillent d’illuminations, en métropole, les sapins sont quant à eux parfois bien enneigés. Pourtant, de part et d’autre, le Chanté Nwel est vécu intensément.

Aussi, à quelques jours de Noël, l’association Otantika et ses membres répètent cantiques et chorégraphies pour la soirée du 21 décembre. « Chacun ramène une petite chose à boire ou à manger, ponctue Nathalie. Le but c’est d’être ensemble pour faire la fête. »

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