Cinéma / France / Afrique

Ouverture du Festival de Clermont-Ferrand, capitale mondiale du court métrage

L’affiche de l’édition 2020 du Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand qui se tient du 31 janvier au 9 février dans le centre de la France.
L’affiche de l’édition 2020 du Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand qui se tient du 31 janvier au 9 février dans le centre de la France. © Susa Monteiro

Le plus grand Festival du court métrage au monde présente à partir de ce vendredi 31 janvier aux professionnels et au grand public entre autres une compétition internationale avec 78 films de 58 nationalités, de l’Amérique jusqu’à l’Afrique. « Les films africains sont une priorité pour nous », affirme le délégué général Tim Redford.

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Plus qu’un festival de cinéma, c’est un véritable phénomène qui ouvre ses portes à Clermont-Ferrand, dans le centre de la France, ce vendredi 31 janvier. Entretien avec le coordinateur de la sélection internationale.

RFI : Vous avez reçu 9 200 courts métrages du monde entier pour en faire vos sélections. Où se trouvent aujourd’hui les plus importants acteurs du court métrage sur la carte mondiale ?

Tim Redford : Plus de la moitié nous provient d’Europe. Il y a une grande poussée américaine, surtout nord-américaine, avec plus de mille films. C’est le pays qui produit le plus de courts métrages indépendants. Nous, ce qu’on souhaite faire, c’est vraiment donner la voix aux plus faibles producteurs : l’Amérique latine, l’Asie du Sud-Est, l’Afrique. Ces pays qui ont moins de chance d’être vus dans les festivals. On essaie de leur donner un peu plus de visibilité.

Dans la compétition internationale, vous avez sélectionné aussi plusieurs films africains. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ces films ?

Les films africains sont une priorité pour nous. On en prend systématiquement en compétition internationale. On leur dédie également une sélection spéciale, « Regards d’Afrique ». C’est vraiment une manière de raconter des histoires. Souvent il s’agit de pays qui ont un peu moins de moyens financiers quant à la production et la technique. Donc, on est un peu moins regardant par rapport à cela. Ce qui nous intéresse, c’est l’histoire, la manière dont sont proposés ces films-là qui arrivent souvent avec une certaine fraîcheur et énergie. Cette année, on a sélectionné pour la première fois un film d’une femme afro-sud-africaine. C’est la première mondiale du film de Karabo Lediga, What Did You Dream ? On essaie de montrer des films, d’être une fenêtre sur le monde. L’Afrique a une place très importante, surtout dans cette année Africa 2020, la saison franco-africaine qui commence en juin.

Avec votre sélection spéciale « Regards d’Afrique », vous promettez de jeunes cinéastes africains donnant « le ton d’une Afrique nouvelle ». De quels cinéastes, de quels films et de quelle Afrique nouvelle parlez-vous ?

Très souvent, les cinéastes panafricains passent rapidement à d’autres médiums. On a la chance d’avoir des réalisateurs qui font leurs premières armes avec le court métrage. Mais, souvent, c’est un continent où les réalisateurs passent au long métrage, à la publicité ou au monde un peu plus commercial. Donc, on essaie de donner des possibilités à ces nouveaux talents, à cette nouvelle génération, année après année. Cela fait trente ans qu’on a ces « Regards d’Afrique ». Ce sont des réalisateurs qui sortent juste de leurs études ou qui ont fait leur apprentissage hors école. Ce sont vraiment des films très forts, souvent avec des moyens très difficiles et on essaie de montrer ces nouvelles générations. Cette année, on a même créé le programme « Promesses africaines ». Ce sont les noms qu’on attend dans cette génération future, comme Anthony Nti, cinéaste d’origine ghanéenne, qui a fait un film absolument magnifique, Da Yie. On pense que c’est un réalisateur qui va percer très rapidement sur la scène internationale.

Quelle est aujourd’hui la tendance concernant la diffusion des courts métrages ? Les cinéastes, visent-ils plus les plateformes que les festivals, la télévision ou les cinémas ?

Notre association qui organise le festival s’appelle « Sauve qui peut le court métrage ». C’est vraiment une mission pour nous. Les télévisions se détournent du court métrage depuis quelques années. Aujourd’hui, on trouve plus de diffusions sur les plateformes qui, après pas mal de balbutiement, trouvent enfin une place sur les plateformes VOD. Et on commence à avoir des retours économiques pour les ayants droit des courts métrages. Maintenant, ces plateformes sont bien structurées, professionnalisées et pérennes.

Dans les courts métrages visionnés pour le festival, avez-vous constaté une évolution par rapport aux formats ou aux sujets des films ?

Les courts métrages, c’est le pouls de ce qui se vit dans les pays. On le ressent un an ou deux ans après un événement important dans un pays. Dans les courts métrages, il y a une énergie, une rapidité d’exécution. En quelques mois, un court métrage peut être vu. Cette année, on a beaucoup de films qui suivent la vague #MeToo, avec des figures féminines. Mais aussi l’environnement, le développement durable. C’est souvent chez les jeunes qu’on retrouve cette prise de conscience. Il y a aussi beaucoup de réalisateurs qui reviennent sur des thèmes classiques du cinéma : la perte, la mort, la perte d’humanité. On a aussi beaucoup de films sur Donald Trump, les frontières… En revanche, on a moins de films sur l’immigration et la migration. Il y a trois ans, on avait beaucoup de films là-dessus, maintenant les réalisateurs racontent autre chose, même si l’on a un film palestinien qui raconte la frontière avec Israël.

Avant de percer au palmarès du dernier Festival de Cannes, la Franco-Sénégalaise Mati Diop avait présenté son film Atlantique sous forme de court métrage à Clermont-Ferrand, la même chose pour Les Misérables de Ladj Ly qui est même nominé pour les Oscars. Est-ce que le format du court métrage est aujourd’hui devenu encore plus important pour l’univers du cinéma ?

Oui, les deux films cités sont passés par le Festival de Clermont-Ferrand. Il y a dix ans pour Mati Diop et il y a trois ans pour Ladj Ly. Avoir un court métrage à Clermont-Ferrand est une vraie carte de visite pour en faire après un long métrage. Le format du court métrage a pleine de possibilité et de liberté et beaucoup moins de contraintes que les longs métrages où l’on doit souvent répondre à toute une charte avec les producteurs. Mais, le court métrage était toujours important, c’était déjà le cas à l’époque de la Nouvelle Vague.

Avec 165 000 visiteurs l’année dernière, c’est-à-dire plus que d’habitants dans la ville, le Festival de Clermont-Ferrand est devenu un véritable phénomène. Comment expliquez-vous cet engouement ?

Cela fait 42 ans que le festival existe et qu’on travaille avec tout le monde dans la ville, la région, avec les artisans, les acteurs culturels. On a tissé un lien formidable et très fort avec notre public qui a l’impression d’appartenance. Le festival fait partie de leur vie. C’est une semaine dans l’année qui est balisée. Tout le monde participe. Tous les ans, les gens reviennent. Et c’est un festival abordable, pas cher. Et ils peuvent découvrir de magnifiques courts métrages de réalisateurs du monde entier qui font la queue comme eux. Nous avons aussi un pôle éducation à l’image qui travaille toute l’année, avec des écoles maternelles jusqu’aux universités. L’année dernière, 100 000 personnes ont participé à ces activités. Cela fait en total 265 000 personnes en contact avec les courts métrages.

Scène du court métrage « Da Yie » (Belgique/Ghana), présenté par Anthony Nti au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand.
Scène du court métrage « Da Yie » (Belgique/Ghana), présenté par Anthony Nti au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand. © Anthony Nti

 Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand, du 31 janvier au 8 février

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