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«L’art est absolument crucial», le Centre Pompidou au temps du coronavirus

Le Centre Pompidou est fermé pour une durée indéterminée à cause du coronavirus.
Le Centre Pompidou est fermé pour une durée indéterminée à cause du coronavirus. AFP Photos/Eric Feferberg

« Nous sommes en guerre » a martelé le président français face au coronavirus. Quel est le rôle de l’art en temps de guerre ? Entretien avec Serge Lasvignes, président du Centre Pompidou, la plus grande institution pour l’art moderne et contemporain en Europe.

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RFI : Cette fermeture à durée indéterminée est une première dans l’histoire du Centre Pompidou. Que représente-t-elle concrètement pour votre institution ?

Serge Lasvignes : J’ai ressenti cette fermeture comme un véritable coup de poing dans l’estomac. Elle arrive dans un double contexte. D’une part, il y a eu une expansion assez spectaculaire du Centre Pompidou. Nous avons ouvert le Centre Pompidou à Shanghai, un nouveau pôle culturel à Bruxelles, reconduit le Centre Pompidou à Malaga et nous sommes en discussion avec la Corée. Donc, il y a un très beau développement à l’international. Il y a eu des expositions magnifiques, très diverses et spécifiques pendant toute cette saison. Aujourd’hui, on a le sentiment d’une rupture très brutale, d’un coup très inattendu.

En même temps, on a vécu une succession de crises : il y a eu la crise des gilets jaunes qui a eu un impact sur la fréquentation. Il y a eu toutes les grèves liées à la réforme des retraites qui nous ont fait perdre énormément de public. Cela fait crise sur crise. Ce sont ces deux éléments qui ont provoqué une sorte de coup fort au moral. Ceci dit, dans notre situation, il n’y a pas de question de tergiverser. Le maître-mot est la responsabilité. Donc, nous avons suivi de près les instructions du gouvernement. Et nous avons agi immédiatement.

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Depuis ce lundi 16 mars, un nouveau cap a été franchi en France. « Nous sommes en guerre », a martelé le président de la République plusieurs fois dans sa déclaration dans la soirée. Quel est - ou devrait être - le rôle de l’art en temps de guerre ?

Pour moi, l’art est absolument crucial. D’abord, je pense à tous les artistes, à tous les poètes qui ont créé des œuvres magnifiques en temps de guerre. Et je me dis, dans une situation très difficile de ce genre, avec en plus « la distanciation sociale », je considère que l’art permet à la fois de maintenir le lien avec les autres et de nous renforcer, « cuirasser », enrichir. Il faut surtout éviter de se retrouver dans une situation où l’on a l’impression d’être seul. Et l’art empêche ce type de situation. Moi, si je suis confiné et j’ouvre un catalogue d’exposition, cela me permet immédiatement de voyager et j’ai le sentiment de partager.

En novembre 2019, vous avez inauguré le Centre Pompidou à Shanghai, le West Bund Museum. Y a-t-il des expériences à transmettre face à cette crise provoquée par le coronavirus ?

Moi, je m’en garderai d’en tirer directement. Ce que j’ai simplement constaté, c’est qu’on a fermé les établissements muséaux à Shanghai. Là, on s’apprête à les rouvrir, quelques mois après. Donc, il y a un cycle qui s’est fait. Je pense que cette fermeture était nécessaire à Shanghai et qu’il était nécessaire d’en finir à fermer les musées aussi en France.

Dans ce temps trouble, de quelle façon le Centre Pompidou va-t-il modifier ou élargir ses sources et offres numériques ?

De ce point de vue, la crise peut être une leçon. Pour nous montrer à la fois l’importance des propositions numériques et la manière de les enrichir. Nous avons une conviction profonde : le numérique ne pourra jamais se substituer à la présence physique. En même temps, le numérique devient une offre complémentaire nécessaire. Nécessaire, parce qu’elle permet de faire des choses qu’on ne peut pas faire avec la présence physique et elle permet aussi de toucher un public qui ne vient pas forcément physiquement au musée.

Nous avons déjà une très importante communauté sur les réseaux sociaux, avec plus de trois millions de personnes qui nous suivent. Il va falloir que nous enrichissions nos propositions à ces personnes. Pour cela, nous avons d’ores et déjà une nouvelle offre de podcasts qui marche bien et qui répond vraiment à une attente. Puis, nous avons une sorte de mine, un gisement très impressionnant de richesses vidéo, parce que nous avons énormément filmé tout au long de l’histoire du Centre Pompidou des master class, des conférences, des expositions. Nous allons travailler à partir de tous ces gisements, de manière à ce qu’il soit facilement accessible au public et que l’on puisse en faire la promotion.

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Sans oublier que vous avez lancé en 2017 également une école en ligne qui propose actuellement un Mooc sur le Pop Art. Depuis la fermeture du centre, le week-end dernier, avez-vous déjà observé un changement concernant le nombre ou le comportement de vos visiteurs numériques ?

Nous constatons d’ores et déjà une augmentation de la fréquentation. C’est clair.

Parmi vos offres numériques, il y a l’initiative Un podcast, une œuvre. Quelle est l’œuvre du Centre Pompidou qui vous vient à l’esprit quand vous pensez à la crise du coronavirus et la déclaration du président Macron : « Nous sommes en guerre » ?

J’hésite volontiers entre deux œuvres : d’un côté, le célèbre portrait de Giorgio De Chirico (1888-1978) qu’on appelle « le portrait prémonitoire de Guillaume Apollinaire » [peint au printemps 1914, ndlr]. C’est une œuvre magnifique qui montre Apollinaire déjà avec la marque qu’il va recevoir pendant la guerre. Dans ce portrait d’Apollinaire, qui a résisté à la guerre, écrit des poèmes absolument magnifiques pendant la guerre et a été ensuite fauché par la « grippe espagnole », il y a une manifestation esthétique du destin qui est impressionnante.

En même temps, je pense aux Bleus de Miro, [le fameux triptyque des trois Bleus, Bleu I, Bleu II, Bleu III, 1961, de Joan Miro, 1893-1983, ndlr]. L’art peut nous donner aujourd’hui une leçon de sérénité et d’apaisement.

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