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Entretien

«Violetta», «La Traviata» entre hôpital et opéra

Magaly Godenaire dans «Violetta» de Julie Deliquet pour la 3e Scène de l’Opéra de Paris.
Magaly Godenaire dans «Violetta» de Julie Deliquet pour la 3e Scène de l’Opéra de Paris. © OnP Les Films Pelléas

« Je ne me sens pas tellement numérique et connectée. » Et pourtant, dans son premier film, la metteure en scène Julie Deliquet fusionne la réalité et la fiction, les arts et la vie, transcendés par une chimiothérapie à l’hôpital et la tragédie de La Traviata. C’est donc logique de lancer cette déroutante et émouvante Violetta sur la 3e Scène numérique de l’Opéra de Paris.

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RFI : Vous êtes une metteure en scène très acclamée, à la Comédie-Française, au Théâtre de l’Odéon, au Théâtre Gérard Philipe. Que signifie pour vous de lancer aujourd’hui Violetta sur la 3e Scène, la plateforme numérique de l’Opéra de Paris, de devenir ainsi une « metteure en 3e Scène » ?

Julie Deliquet : C’est vrai, c’est particulier quand on répond à cette commande de la 3e Scène quand on n’est pas réalisateur. J’ai pris cela comme un terrain de jeu assez extraordinaire. C’était une manière de faire mes premiers pas en tant que réalisatrice, même si j’avais fait des études de cinéma au lycée. J’ai passé un bac cinéma, j’avais fait un atelier à la faculté, mais c’était surtout un regard d’analyse filmique. Quand on fait son petit premier film, c’est comme une sorte de laboratoire où l’on se perd et se sent extrêmement libre. C’est ça qui est formidable avec cette plateforme appelant des artistes de tout bord à essayer un court métrage en intégrant de près ou de loin la notion de l’opéra.

À lire aussi : La 3e Scène numérique: «Il n’y a que l’Opéra de Paris qui le fait»

Dans Violetta, vous racontez l’histoire de deux femmes : l’une s’apprête à monter sur la scène de l’Opéra de Bastille pour chanter la fin tragique de La Traviata, l’autre affronte une chimiothérapie à l’hôpital Gustave-Roussy de Villejuif tout en écoutant aussi l’opéra de Verdi. Est-ce un film sur les univers qui se connectent ?

Oui, c’est ça. C’est une sorte de mélange du vrai et du faux, du rapport de la fiction au réel. Moi, je passe souvent par le réel pour rendre finalement hommage à la fiction. Ce sont deux figures tragiques, deux figures d’actrices qui vont représenter la maladie. L’une via Verdi et un répertoire d’opéra. L’autre avec une représentation plus moderne de la maladie d’aujourd’hui.

Le cinéma, le théâtre, l'opéra, la vie... tout fusionne dans Violetta. Cette « hybridation » des arts et de la vie, où l’on a de plus en plus de mal à distinguer les frontières, est-ce une conséquence de nos vies de plus en plus numériques et connectées ?

Je n’en sais rien, parce que je ne me sens pas tellement numérique et connectée, si ce n’est que le cinéma m’a beaucoup influencée en tant que metteure en scène de théâtre et j'y fait énormément de références. Ce qui me fascine dans le cinéma, c’est cette idée de capter le réel. Une chose que je cherche à faire, jour après jour, au théâtre, mais au théâtre, on doit le reproduire, le reprovoquer, puisqu’il ne s’agit pas de faire une prise et de l’enfermer, mais il s’agit de recommencer le lendemain.

En revanche, on a cette chose un peu dingue au théâtre qui fait que nous sommes aussi mortels que les spectateurs en face et nous, pour le coup, on a vraiment un hyper présent qu’on partage avec les gens. Ces deux formes de réel me fascinent. Et c’est vrai, nous ne faisons aujourd’hui plus le théâtre comme il y a cinquante ans. Il y a l’influence des autres arts, les arts qui se répondent. Aujourd’hui, au théâtre, il y a beaucoup la vidéo en direct. Et beaucoup de réalisateurs de cinéma retournent en tant que spectateur au théâtre. C’est une ère assez moderne qui multiplie les supports d’écriture.

Aleksandra Kurzak dans « La Traviata » à l’Opéra Bastille 2018.
Aleksandra Kurzak dans « La Traviata » à l’Opéra Bastille 2018. © OnP Les Films Pelléas

Depuis mars 2020, vous êtes directrice de la scène nationale du Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis. Après cette période du confinement et l’expérience des salles de théâtre fermées, votre regard sur le théâtre a-t-il changé ?

Ce qui est sûr, notre profession a été vraiment impactée. À partir du moment où l’on n’est plus les uns avec les autres, notre métier est vraiment attaqué. Donc, cela a été une période aussi bien de questionnement, de grande solidarité, et à la fois d’une hyper inquiétude. Cela nous a ramenés à cette grande précarité, mais aussi à une conscience qu'on peut faire du théâtre avec pas grande chose, si ce n’est être les uns avec les autres.

Il y avait également cette espèce de force de se dire : s’adapter, c’est l’essence-même de notre métier. Après, en tant que directrice de théâtre, [début mars,] j'ai vraiment pris la direction d’un théâtre qui ferme. Donc, être une directrice sans acteurs, sans répétitions, sans représentations, cela veut dire que je ne sais toujours pas ce qui est d’être directrice, parce que l'essence-même de ce pourquoi on vient au théâtre a été complètement mis à l’arrêt.

« Violetta » de Julie Deliquet : « La 3e Scène de l'Opéra de Paris est une sorte de laboratoire »

Maintenant, il s’agit d’essayer de rerêver à un retour du public et d’essayer d’aborder les projets futurs avec une certaine insouciance. Cette insouciance a été attaquée le plus. Et il faut retrouver une place au sein de la société. Quelle est notre place ? Quelle est notre mission ? Comment retrouver un lien avec la population ? Même si plein de théâtres l’ont fait de manière formidable avec des outils numériques. Là, les outils numériques ont vraiment aidé.

Vous avez parlé d’une « urgence culturelle » par rapport à la population autour de votre théâtre à Saint-Denis. Quel est le rôle du numérique dans votre relation avec le public ?

Par exemple, Violetta a été pensé pour être un outil numérique en lui-même. Et on savait très bien que cela serait aussi pour des projections publiques et pour être mis en ligne gratuitement. J’ai été tellement heureuse que Violetta puisse être mis en ligne en ce moment. En plus, le thème parle aussi et de nos métiers et des métiers de l'hôpital. Donc, cela a pris pour moi vraiment beaucoup de sens.

Après, sur la captation même du spectacle, on voit qu'il y a vraiment eu un travail formidable fait par des équipes. Notamment, on voit parfois les acteurs de très près, là où l’on ne peut pas les voir quand on est au théâtre. Après, évidemment, cela ne remplace pas le retour dans les salles pour retrouver ce lien social.

Julie Deliquet, metteure en scène, directrice du théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis et réalisatrice de « Violetta » pour la 3e Scène de l’Opéra de Paris.
Julie Deliquet, metteure en scène, directrice du théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis et réalisatrice de « Violetta » pour la 3e Scène de l’Opéra de Paris. © Samuel Kirszenbaum

 Violetta, court métrage (18 min) de Julie Deliquet, mis en ligne depuis le 27 mai 2020 sur la plateforme gratuite de la 3e Scène de l’Opéra de Paris.

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