Accéder au contenu principal
Entretien

«Après, demain», la «révolution artistique» numérique du Théâtre du Châtelet

Ruth Mackenzie, la directrice artistique du Théâtre du Châtelet et de son premier festival digital « Après, demain ».
Ruth Mackenzie, la directrice artistique du Théâtre du Châtelet et de son premier festival digital « Après, demain ». © Siegfried Forster / RFI

Pour la directrice artistique Ruth Mackenzie, le premier festival digital du Théâtre du Châtelet, à Paris, porte l’espoir d’une révolution artistique comme jadis les Ballets russes. Du 2 au 12 juillet, « Après, demain » présentera gratuitement 40 créations et une centaine de spectacles de 150 artistes dont Christian Boltanski, Rokia Traoré, Peter Sellars ou Room With A View.

Publicité

RFI : On connaît la 3e Scène numérique de l'Opéra de Paris. Quel est le projet du Théâtre du Châtelet pour relever le défi du numérique et celui de la crise du coronavirus ? 

Ruth Mackenzie : Nous avons commencé avec les artistes. C’est très important. Au début, nous avons simplement dit aux artistes : voici une carte blanche, il faut faire quelque chose avec et pour les citoyennes et citoyens. C’était pour des artistes confinés, pour la plupart. Maintenant, pour la deuxième étape, les artistes sont dans la rue, dans les studios, dans les parcs, un peu partout, avec le public. On commence à créer vraiment des choses innovantes, des formes nouvelles, des formes qui invitent les publics à participer, à devenir artistes eux-mêmes. Après, demain est la saison numérique pour 2020/21. Là, je dis une chose qui n’est peut-être pas humble : peut-être y aura-t-il des artistes qui inventent des choses avec les publics qui sont dans l’histoire du Châtelet comme les Ballets russes [créés par Serge Diaghilev au Théâtre du Châtelet en 1909, ndlr]. C’est une autre révolution artistique engagée avec un public. Qu’en pensez-vous ? 

Dans ce festival digital, que peut-on découvrir comme nouvelle forme artistique ? 

Christian Boltanski a proposé une création pour tous ceux qui rêvent chanter sur scène. Grâce au miracle du numérique, chacun peut le faire. Chacun peut chanter sur la scène du Châtelet. On va créer une nouvelle œuvre, Do it, une performance de Christian Boltanski et de vous... Ça, c’est une forme nouvelle. Mais aussi la performance Parc du chorégraphe Eric Minh Cuong Castaing. Il travaille en ce moment en studio avec des robots, des danseurs et les jeunes publics. On essaie de trouver quelque chose qui partage le mystère du corps, de la pensée, de la vie. Entre les robots et les humains. C’est vraiment un projet pour après, demain.

Aujourd’hui, notre monde connaît une double rupture, une rupture sanitaire et écologique. Selon vous, dans le monde artistique, qu’est-ce qui change dans le processus de création aujourd’hui pour demain ?

Nous avons eu, par exemple, une conversation avec le chorégraphe Jérôme Bel. Il a commencé à faire son travail sans voyager, sans prendre l’avion. Donc, il sait déjà comment faire. Depuis plusieurs années déjà, par exemple avec Shanghai, il fait ses répétitions sur l’application Zoom. Nous, dans les institutions culturelles, nous devons trouver des moyens innovants et nouveaux. Mais, en fait, nous suivons les artistes et les innovants qui ont déjà compris que pour sauver le monde, nous devrions changer la vie.

Le Théâtre du Châtelet, à Paris, lance jeudi 2 juillet son premier festival digital, Après, demain.
Le Théâtre du Châtelet, à Paris, lance jeudi 2 juillet son premier festival digital, Après, demain. © Siegfried Forster / RFI

Dans sa programmation, le Châtelet prendra-t-il en compte des facteurs écologiques ?

Nous l’avons toujours fait. Par exemple, nous avons fait ici au théâtre deux week-ends activistes avec le mouvement écologique Extinction Rebellion. Et avant le confinement, Room With A View donnait, avec Rone et La Horde, un spectacle inspiré par les enjeux du changement climatique. Pour nous, c’est un axe extrêmement important pour aujourd’hui et pour l’avenir.

Il y a également d’autres tendances très lourdes comme le mouvement « Black Lives Matter » (« Les vies noires comptent ») ou l’affaire autour de la traduction du livre et la sortie du film Autant en emporte le vent. De quelle façon, le Théâtre du Châtelet va-t-il réagir à cette remise en question d’un certain héritage et répertoire culturel de l’Occident ?

Nous avons commencé notre première saison 2019/20 avec une création d’Abd Al Malik, Les Justes, une tragédie musicale, inspirée par Albert Camus. Nous avons fait une commande à Rokia Traoré, Il était une fois, une rose de fer.... Et aussi à Jeff Mills, Mind Power Mind Control. Flexn fera un work in progress, avec Jeff Mills. Ce dernier travaille beaucoup sur les enjeux du pouvoir d’État ou comment chaque citoyen et citoyenne peut prendre le pouvoir. Donc, je suis ravie d’avoir la chance de commencer cet axe avec Jeff Mills. Mais, d’abord, nous devons trouver les artistes les plus incroyables du monde. On doit être ouvert. On doit réfléchir à des questions comme : existe-t-il un racisme institutionnel ? Doit-on changer ? [Certains pensent :] Les scènes, c’est pour eux ; la salle, c’est pour eux ; et pour nous ? Avec Les Justes, on a eu 84 % de spectateurs qui sont venus pour la première fois au Théâtre du Châtelet. Ça, c’est un bon signe pour l’avenir.

RFI : Pourquoi avez-vous programmé l’artiste malienne Rokia Traoré, malgré le fait qu’elle est actuellement sous le coup d’un mandat d’arrêt européen ?

Nous avons commandé à Rokia Traoré de créer un spectacle, avec le Holland Festival d’Amsterdam, il y a plus d’un an. Elle a travaillé déjà au Holland Festival et avec moi au Wiener Festwochen à Vienne et au London 2012 Festival.

RFI : Au-delà de soutenir son art, la direction du Châtelet soutient-elle Rokia Traoré aussi dans son combat de justice ?

Nous l’avons invitée et lui avons proposé de parler [par visioconférence] pour le lancement de notre festival, parce que nous sommes fiers de travailler avec elle sur le sujet de sa création, inspirée par Miriam Makebà. Cette œuvre, plurielle, multidimensionnelle et incarnée, est un travail artistique majeur que nous sommes heureux d’accueillir.

Rokia Traoré lors de son intervention par visioconférence à l’occasion de la présentation du premier festival digital du Théâtre du Châtelet.
Rokia Traoré lors de son intervention par visioconférence à l’occasion de la présentation du premier festival digital du Théâtre du Châtelet. © Siegfried Forster / RFI

Après, demain, le premier festival digital du Châtelet, va-t-il changer la relation avec le public ?

Je pense que pour le public, on suit d’abord les artistes, les partenaires, mais on cherche aussi des activités que les spectateurs peuvent faire eux-mêmes. Surtout, c’est gratuit, et c’est une chose extrêmement importante, parce que [le prix d’entrée] c’est une barrière. Mais nous devrions toujours penser : les portes, pour qui restent-elles toujours fermées ? Il y a des gens qui n’ont pas d’accès à Internet. Donc, on doit travailler avec les partenaires, on doit faire les ateliers avec les jeunes, pas seulement en ligne, pour toucher un public, pas uniquement en région parisienne, mais partout dans le monde. C’est une opportunité énorme pour nous. 

► Après, demain, premier festival digital du Théâtre du Châtelet, à Paris, du 2 au 12 juillet. 

► À partir du 3 juillet, en collaboration avec les Magasins généraux, basés à Pantin (Seine-Saint-Denis), le Théâtre du Châtelet démarre aussi TchatActivisme, une série de conversations transversales filmées sur les transformations et les futurs de la création.

Écoutez les explications d’Eugénie Lefebvre, directrice des Magasins généraux, basés à Pantin (Seine-Saint-Denis).

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.