Accéder au contenu principal

Exilés: des livres pour échapper au confinement

Dans leur entrepôt en banlieue parisienne, les équipes de BSF trient les centaines de milliers de livres récoltés grâce aux dons.
Dans leur entrepôt en banlieue parisienne, les équipes de BSF trient les centaines de milliers de livres récoltés grâce aux dons. © Romain Mielcarek / RFI

Avec le confinement, de nombreuses familles exilées se sont retrouvées encore plus désemparées qu’à l’accoutumée. Le tissu associatif a mobilisé un allié précieux pour les aider à tenir : la lecture.

Publicité

Yannis hésite. Pendant la période de confinement, il ne sait pas bien ce qui lui a le plus plu. Les Schtroumpfs ou un livre sur le corps humain ? Le second a un avantage certain : « J’ai appris plein de choses ! », s’enthousiasme le garçonnet d’une dizaine d’années, originaire des Comores. Un peu timide, il se laisse rapidement aller à égrainer les bandes dessinées qu’il espère explorer très bientôt, des Légendaires à Naruto en passant par Dragon Ball. Des références certaines, recommandées par les copains de l’école. 

Badra, une maman algérienne, en a plein la tête de la mode japonaise. Son fils, Mohamed, partage les goûts du petit Yannis. Mais avec l’enfermement, il a fallu faire avec : « C’est un mal pour un bien, concède-t-elle. La matière qu’il détestait à l’école, c’est la lecture. Mais avec les mangas, il se met à lire tout le temps. » Elle préfère les livres documentaires, avec de beaux paysages. Les romans, ce n’est pas son truc : « Je n’ai pas la patience. Je vais directement lire la fin ! » Dans un éclat de rire, elle conclut sans hésiter : « Nous avions besoin de sortir de notre bulle. Les livres, ça soulage. Cela nous sort de l’ordinaire. »

Bibliothèque de survie 

Pour ces personnes accueillies dans le centre d’hébergement d’urgence de la rue Aboukir, à Paris, le confinement a été une période complexe. Des familles, avec de tout jeunes enfants, ont dû trouver des abris pour elles et leurs petits alors que Paris se barricadait. Le lieu, tout juste ouvert au mois de mars, a dû s’adapter alors que tout n’était pas encore totalement aménagé. De quoi se reposer dans des conditions décentes, de quoi manger… Et de quoi s’évader. 

« J’ai mis en place ce que j’appelle une bibliothèque de survie », raconte Yvon le Mignan, animateur chez Emmaüs Solidarités, qui gère ce centre. Une poignée de livres récoltés en urgence ici et là, rangés dans quelques cartons, pour pouvoir pallier l’urgence. « Les dames m’ont demandé des romans sentimentaux, poursuit-il. J’ai ajouté des livres sur les paysages français, pour découvrir le pays. Et des BD pour les enfants. » La suite ? Un lieu accessible à tous et dédié, où les gens pourront se servir en autonomie. « Ils sont responsabilisés, explique ce travailleur social. Nous considérons que les livres sont vivants, qu’ils doivent circuler. »

Les livres jeunesse sont propices à l'échange entre parents et enfants, mais aussi à l'apprentissage de la langue.
Les livres jeunesse sont propices à l'échange entre parents et enfants, mais aussi à l'apprentissage de la langue. © Romain Mielcarek / RFI

Pour réunir ces livres en urgence, mais aussi pour monter des projets de bibliothèques pérennes, beaucoup d’associations se sont adressées à Bibliothèques Sans Frontières (BSF). Cette ONG propose des lots d’ouvrages variés et adaptés aux publics, en fonction de leurs besoins. « Les ouvrages en FLE [Français Langue Etrangère] ne sont pas évidents à trouver, nous en avons peu, explique Khadija Ait-Abdallah, documentaliste chez BSF. Alors nous utilisons beaucoup d’ouvrages destinés à la jeunesse. » 

Pendant le confinement, BSF a reçu des demandes en urgence d’associations s’occupant de publics très différents. Des migrants, mais aussi des prisonniers ou encore des étudiants français de retour d’outre-mer, coincés en quatorzaine. « Pour des gens victimes de l’exclusion, c’était le double confinement, estime Khadija Ait-Abdallah. Ils étaient déjà enfermés. Un livre, c’est le meilleur moyen de s’évader. » 

Une démarche naturelle 

La culture est une arme de plus en plus mobilisée pour affronter la précarité, que ce soit pour accompagner des familles en exil, loin de chez elles, ou d’autres formes d’isolement social. « Nous prônons l’accompagnement social global, résume Bruno Morel, directeur général d’Emmaüs Solidarité. Au-delà des droits de base, il faut aussi penser à la culture, à la musique, au sport. La culture est un vecteur d’insertion. Elle peut aussi permettre d’avoir un regard positif sur les migrants. Lorsque des Afghans, par exemple, participent à des ateliers de cuisine, tout le monde voit que ces cultures ont quelque chose à leur apporter. » 

Avec la pandémie, il a fallu renouveler des pratiques déjà bien ancrées. « Nous avons une culture de l’animation, mais elle se fait en général avec des publics nombreux, raconte Bruno Morel. Là, il a fallu être créatifs pour nous adapter. Comme nous ne pouvions pas organiser de rassemblements, nous avons par exemple mis en place des concerts d’orchestres de chambre que les personnes ont écoutés depuis les fenêtres de leurs chambres. » 

Alors que la vie reprend doucement son cours, les activités culturelles reviennent également à la normale. Yvon le Mignan va emmener ses protégés à la découverte du cœur historique de Paris et reprendre ses cafés débats. Et les livres, eux, continuent à circuler : Judith Noussi est plongée dans Miroir de nos peines, un roman « qui parle d’amour et de guerre ». Elle reste marquée par sa lecture d’Histoires du soir pour filles rebelles, qui raconte des parcours de femmes exceptionnelles, de Coco Chanel à Marie Curie. La jeune maman camerounaise y a découvert Rosa Parks. L’histoire de la militante afro-américaine l’a-t-elle inspirée ? « Ce sont de beaux exemples. » 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.