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Roselyne Bachelot, une coqueluche des médias au ministère de la Culture

La nouvelle ministre de la Culture française, Roselyne Bachelot.
La nouvelle ministre de la Culture française, Roselyne Bachelot. Alain JOCARD / AFP

L’ancienne ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a été nommée ce lundi 6 juillet ministre de la Culture du gouvernement Jean Castex. Devenue une abonnée aux plateaux de télévision et aux studios de radio en tant que chroniqueuse – elle était dernièrement dans l'équipe des « Grosses têtes » sur RTL –, cette passionnée d’opéra aura la tâche de rendre plus visible la politique culturelle d’Emmanuel Macron.

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« Oui, le temps nous est compté, m’est compté, mais ceux qui souffrent et qui doutent doivent pouvoir compter sur nous », a déclaré la nouvelle ministre de la Culture lors de la passation de pouvoir au ministère, rue de Valois. Le premier discours de Roselyne Bachelot reflète l’urgence : « Le général de Gaulle rappelait que la culture domine tout, elle est la condition sine qua non de notre civilisation. Notre ministère est celui de tous les Français et de ce que le meilleur de la France donne au monde. C’est bien à ce partage que la dureté des temps nous invite ».

Un retour dans l'arène politique

Après huit ans d’absence du paysage politique, Roselyne Bachelot revient, à 73 ans, dans l’arène du pouvoir. Après quarante ans de politique et après avoir été ministre de la Santé, mais aussi des Solidarités et de la Cohésion sociale sous la présidence de Nicolas Sarkozy, cette femme politique avait poursuivi sa carrière dans les médias comme chroniqueuse. Elle avait même sa propre émission, L’heure de Bachelot, sur LCI.

Avec cette nomination très médiatique, Emmanuel Macron fait aussi un clin d’œil à la gestion du coronavirus, car c’est Roselyne Bachelot qui avait commandé lors de la grippe H1N1, en 2010, un important stock de vaccins et de masques. Avec sa pugnacité, elle incarne en même temps une réponse au reproche fait à l’invisibilité de la politique culturelle de son prédécesseur, Franck Riester.

« Une nouvelle ambition pour la culture en France ? »

Même avant sa nomination officielle, Roselyne Bachelot avait déjà été louée par Jack Lang. Le célèbre ministre de la Culture sous l'ère Mitterrand avait déclaré, ce matin sur France Info, déjà connaître le nom du ministre : « Un bon choix, celui d’une personne qui aura la carrure, l’intelligence et la culture qui permettront de redonner un enthousiasme, une énergie à la politique des arts ».

La nomination de Roselyne Bachelot est-elle le point de départ d’une nouvelle ambition pour la culture en France ? Depuis le début de la crise liée au coronavirus, le monde de la culture a le sentiment d’être le grand oublié du président Macron.

L'impact de la crise sanitaire sur la culture

Face aux milliards d’euros spontanément mobilisés pour beaucoup d’autres secteurs, la Culture a longtemps dû se contenter de promesses. Ce n’est que début juillet que le ministre de la Culture avait annoncé, dans un communiqué, avoir mobilisé plus de 5 milliards d’euros (voir notre encadré) depuis le mois de mars afin de faire face à l'impact de la crise sanitaire sur les secteurs de la culture et des médias.

Mais une autre étude avait estimé les pertes du secteur culturel, suite à la crise liée au Covid-19, à plus de 22 milliards d’euros pour l’année 2020. Selon cette analyse, le domaine du spectacle vivant est le plus touché avec 72% de perte au niveau du chiffre d’affaires.

Le « monde d'après » en ruine

Ces derniers mois, la colère contre Franck Riester est montée d’un cran. Après une déclaration de Jack Lang, selon qui « la France était un modèle, elle ne l’est plus tout à fait », le directeur du Festival d'Avignon, Olivier Py, avait demandé au président Macron que le prochain ministre de la Culture ne soit plus limité à jouer un « second rôle  » au gouvernement.

Dans une tribune publiée le 4 juillet au Monde, Olivier Py a exhorté le nouveau ministre de la Culture à faire face à un milieu culturel en plein désastre : « Pour la culture, le "monde d’après" ressemble au monde d’avant, mais en ruine. L’étendue du désastre, symbolique, politique et financier est sans commune mesure ».

Certes, le prédécesseur de Roselyne Bachelot, Frank Riester, 46 ans, était réputé auprès des professionnels du monde de la culture pour sa maîtrise des dossiers, mais il avait brillé par l’absence de discours fédérateurs et de moyens mobilisés. Lors du grand discours d’Emmanuel Macron sur la culture face à la crise sanitaire, Franck Riester avait appris, en même temps que le grand public, les mesures prévues par le président. Ainsi, lors du remaniement, le président a transféré Franck Riester au ministère du Commerce extérieur.

Un cataclysme pour la culture

C’est donc dorénavant Roselyne Bachelot qui doit faire face à l’hécatombe : l'annulation de festivals et de concerts. L’ancienne pharmacienne doit porter secours à un secteur pesant plus dans le PIB que l’automobile. Et personne ne peut aujourd’hui prédire comment les grandes institutions culturelles vont sortir de cette crise, qui s'apparente de plus en plus à un cataclysme pour la culture.

Le musée du Louvre, qui vient de rouvrir ses portes pour les visiteurs, parle déjà de 40 millions d’euros de perte. Et Roselyne Bachelot, passionnée d’opéra, doit trouver également une solution pour « un Opéra de Paris à genoux ». Ce dernier, doté d'un budget annuel de 225 millions d’euros, risque, après les grèves, le coronavirus, les travaux prévus et le départ anticipé de son directeur, de ne pas rouvrir ses portes d’ici la fin de 2021.

« Après, demain »

Comment sera le monde d’après pour les théâtres, musées, salles de musique et de cinéma ? Après, demain, répond le Théâtre du Châtelet avec son premier festival digital. Le Festival international du film d’animation d'Annecy s’est également montré enthousiaste après sa première édition numérique, comme le Marché du film de Cannes. Pour faire face au monde numérique, la nouvelle ministre Roselyne Bachelot récoltera les fruits des efforts entrepris par son prédécesseur. C’est lui qui avait lutté pour la transposition en droit français de la directive sur les droits voisins imposant aux géants du numérique un certain nombre d’obligations en faveur du cinéma et des médias français.

Mais l’aspect financier est loin d’être le seul défi que la nouvelle ministre de la Culture doit affronter. Parmi les sujets très sensibles figure la restitution du patrimoine africain. Annoncé avec grand éclat par le président Macron en 2017, cette question épineuse semble avoir été reléguée au second rang.


La répartition des 5 milliards d’euros mobilisés par le ministre de la Culture pour la culture depuis le mois de mars afin de faire face à l'impact de la crise sanitaire sur les secteurs de la culture et des médias :  

- 2,9 milliards d’euros pour des dispositifs de soutien (les prêts garantis par l’État, exonérations de charges, activité partielle, fonds de solidarité...) ;   

- 706 millions d'euros en faveur du spectacle vivant et de la musique enregistrée ; 

- 391 millions d'euros pour les arts visuels ; 

- 525 millions d'euros pour le secteur du patrimoine et de l'architecture ; 

- 217 millions d'euros pour le livre ; 

- 320 millions d'euros pour le cinéma et l’image animée ; 

- 985 millions d'euros pour les médias et de la communication ; 

- 666 millions d’euros pour la presse.

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