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Entretien

«Après, demain», l’artiste Christian Boltanski et le monde digital

L'artiste Christian Boltanski au premier festival digital du Théâtre du Châtelet, «Après, demain».
L'artiste Christian Boltanski au premier festival digital du Théâtre du Châtelet, «Après, demain». © Siegfried Forster / RFI

Pour Christian Boltanski, « l’humain a une grande possibilité d’oubli ». À l’occasion de « Après, demain », premier festival digital du Théâtre du Châtelet, à Paris, l'un des plus grands artistes contemporains invite les internautes ce mardi 7 juillet à réaliser un rêve : chanter sur scène, « Do It ». Entretien.

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RFI: Vous participez à Demain, après, le premier festival digital du Théâtre du Châtelet. Croyez-vous au « monde d’après » ?  

Christian Boltanski : Il y a toujours un monde d’après. Mais parfois, le monde d’après n’est pas meilleur, et parfois le monde d’après est le même que le vieux monde, en pire, comme disent certaines personnes. Donc, il y a un monde après, c’est certain, mais, comment il le sera, je ne sais pas. Malheureusement, et heureusement, l’humain a une grande possibilité d’oubli. Je pense que les choses reprennent comme elles étaient. Par exemple, on a l’impression qu’on ne prendra plus sa voiture, mais je pense qu’on reprendra sa voiture. Peut-être un tout petit peu moins... 

Lire aussi : «Après, demain», la «révolution artistique» numérique du Théâtre du Châtelet

Par contre, ce qui va peut-être être un peu plus gênant, c'est que les rapports humains, qui sont pour moi très important, vont diminuer. Là, on est en virtuel, et j’ai peur qu’on commande de plus en plus en ligne au lieu d’aller dans les magasins. Qu’on envoie de plus en plus de mails. Cela serait très dommage qu’il n’y ait plus le vrai contact : j’espère qu’on va continuer à se toucher, qu’on ne va pas oublier le fait de s’embrasser, de se serrer la main. Ce moment est un moment utile. Il faut que cela reste comme ça. Je pense qu’il est très bien de se cracher dessus, de s’engueuler, de s’embrasser... C’est nécessaire à la vie. Il faudra revenir à ça.  

Pour Demain, Après, vous avez conçu un Do It, une performance participative sur le rêve d'être sur scène. Vous invitez les internautes à chanter une chanson et se filmer sur un fond uni pour intégrer votre performance sur la scène du Châtelet. Quel est pour vous le défi de ce projet digital ?  

Do It est une très vieille idée qui s’applique aux arts visuels. Là, j’ai essayé d’avoir une variante pour quelque chose qui est liée à la musique. Et puis c’est comme un rêve d'enfant, de dire : « J’ai chanté au Théâtre du Châtelet ». Je ne sais pas si cela va vraiment fonctionner, mais en tout cas, c’est amusant. C’est comme un enfant qui dit : « J’ai la plus grosse poupée ». « J’ai la plus belle voiture ». Donc, chacun peut ! Et c’est vrai : chacun peut chanter. La musique a cette chose très belle – peut-être plus que les arts plastiques - que c'est quelque chose partagée par tout le monde. Et tout le monde chante sous sa douche. Si l’on peut chanter sous sa douche, on peut chanter au Châtelet.  

Christian Boltanski nous explique en « Un mot, un geste, un silence » sa relation avec le monde numérique.

Dans votre rétrospective Faire son temps au Centre Pompidou, vous avez souvent évoquez le passé et le temps qui passe à travers des documents et objets émergeant de souvenirs enfouis : des photos, des choses inaperçues, des non-dits... Quel est le mot qui vous vient à l’esprit par rapport à votre travail dans le monde digital ?  

Je me suis toujours beaucoup intéressé aux archives. Et aujourd’hui, les archives sont gigantesques. J’ai essayé d’ailleurs de travailler avec Facebook, mais je n’ai pas réussi. Mais, quand vous appuyez sur Facebook, vous avez des milliers de visages. Moi, j’ai collectionné toute ma vie des images d’humains. Et là, brusquement, on a des milliers et des milliers. L’humanité entière se trouve dans votre main. C’est une chose extraordinaire. Et, parfois, c’est effrayant. Il y a des gens qui n’existent plus et qui sont toujours sur Facebook. Mais, toutes les archives deviennent même trop grandes. C’est-à-dire : trop d’archives tue l’archive. Par exemple, sur moi, il y a beaucoup de choses. Mais la plupart sont fausses. Mais comme il y en a tellement, on ne peut pas les lire.  

En tant que plasticien, vous sculptez le monde, le souvenir, l’imaginaire. Pouvez-vous nous montrer un geste emblématique par rapport à ce travail et votre état d’esprit d’aujourd’hui ?

Il n’y a aucun geste emblématique. Je ne fais rien. Je reste assis à me gratter le nez. C’est tout. J’essaie de réfléchir. Mais je n’ai aucune activité. Je reste assis, je regarde la télévision. Je ne fais rien. 

Beaucoup de vos œuvres semblent silencieuses. En même temps, il y a beaucoup de bruits et de cris émergeant du passé. Quel est le rôle du silence dans votre œuvre ?  

Je tâche de travailler un peu comme ce qu'on a appelé « l'art total », même si c'est un mot difficile à employer. Donc, effectivement, il y a parfois du son, il y a parfois du silence et les deux sont importants. Et les deux veulent dire quelque chose. De toute façon, le silence existe, parce qu’il y a du son, donc les deux sont importants.

Mardi 7 juillet, à 20 h, Christian Boltanski propose une Nouvelle création de Christian Boltanski et vous pour Do It dans le cadre du premier festival digital du Théâtre du Châtelet, Après, demain.

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