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Mostra de Venise: «À fleur de peau», l’éveil corporel d’une fille en Algérie

Née au Qatar, d’origine algérienne, elle a grandi en France. La réalisatrice Meriem Mesraoua a présenté lors de cette édition 2020 de la Mostra son court métrage très réussi, «À fleur de peau» («Under Her Skin») dans la section «Orizzonti».
Née au Qatar, d’origine algérienne, elle a grandi en France. La réalisatrice Meriem Mesraoua a présenté lors de cette édition 2020 de la Mostra son court métrage très réussi, «À fleur de peau» («Under Her Skin») dans la section «Orizzonti». © Siegfried Forster / RFI

« France, Qatar, Algérie, les trois pays m’ont forgée ». La réalisatrice Meriem Mesraoua a été sélectionnée à la Mostra de Venise avec son court métrage À fleur de peau. Un portrait très subtil et charnel de l’éveil corporel d’une adolescente en Algérie.

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Le Festival de Venise vient de donner son palmarès et fermer ses portes. Les films continuent à circuler. Dans la section courts métrages, les quinze œuvres sélectionnées venaient du monde entier : Italie, Allemagne, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Portugal, Lituanie, Nouvelle-Zélande, Colombie, Inde, Vietnam, Corée du Sud... Meriem Mesraoua réunit à elle seule trois pays : la France, le Qatar et l’Algérie. Son film est une exploration sensible de la construction de soi dans le regard des autres et de soi-même. Entretien.

RFI : Qu’est-ce qui a, chez vous, déclenché l’envie de faire ce film, À fleur de peau ?

Meriem Mesraoua : Le projet est né d’une image, celle d'une petite fille qui se ronge les ongles. C’est sur cette image-là que l’idée a germé et que la relation mère-fille en est née. Je voulais explorer cette notion de la pudeur et du conformisme.

À fleur de peau est plus qu’un film psychologique. Est-ce un drame épidermique ?

[Rires]. Oui, l’épiderme est un élément crucial du film. Pour moi, c’était important, parce qu’il s’agit de l’ongle, du contrôle de son corps, du regard de l’autre. La place de l’ongle permettait ce discours.

Au début du film, un garçon regarde une fille. Après, on voit la mère qui interdit à sa fille, Sarah, de se ronger les ongles. Il y a un rapport très fort entre le monde extérieur et intérieur. Ce rapport, de quelle nature est-il ? Est-ce un dialogue, une confrontation, un combat ?

Il s’agit avant tout d’un éveil, d’une prise de conscience de soi, de s’éveiller à l’égard de l’autre et de se rendre compte que c’est le regard de l’autre qui peut parfois nous conditionner, et qu’il s’agit de faire un choix. Dans le cas de la fille, soit elle se soumet à son regard, soit elle décide de le rejeter et de se redéfinir.

« À fleur de peau », de la réalisatrice Meriem Mesraoua.
« À fleur de peau », de la réalisatrice Meriem Mesraoua. © Mostra de Venise 2020

Il y a très peu de mots. Les dialogues passent surtout par des regards, des gestes, le ressenti. Est-ce un film sur le non-dit ?

C’était nécessaire de laisser une grande place au non-dit. C’est un élément crucial dans toute relation et cela ajoute de la complexité à la relation mère-fille.

Le film montre les craintes de la fille et les contraintes exercées par la société. Pourquoi se ronge-t-elle les ongles et pour quelle raison cette question n’est-elle jamais abordée ?

Il est question d’une atmosphère, d’un certain mal-être, d’un sentiment inconfortable. C’est très difficile de pouvoir identifier la source même d’un malaise et du pourquoi. C’est ce sentiment-là que je voulais évoquer.

L’histoire du film est située en Algérie. Quelle est la part de la culture et de la religion dans cette thématique ?

Dans cette histoire, il s’agit d’une culture qui mêle tradition, religion, etc. Et chaque famille la pratique à sa manière. Ces éléments se manifestent différemment et sont ingérés et reconstruits par l’individu.

Pour vous, cette histoire, ancrée en Algérie, est-elle universelle ?

Cette prise de conscience de soi peut être comprise par de jeunes filles ou de femmes de différentes cultures, arabes certes, peut-être aussi au-delà. Il s’agit d’une petite fille qui grandit et toutes les femmes sont passées par là.

Se ronger les ongles, se coller les bouts de doigts avec du ruban adhésif, ces gestes illustrent les contraintes de la société et montrent comment la fille est en train de faire son entrée dans la société. Pour sortir de cette situation, faut-il aussi passer par la peau et les gestes ?

Parler des ongles, cela permet d’imager ce rapport complexe au corps : soit on le mutile, dans ce cas, elle se les ronge, en même temps, cela permet un certain contrôle de son corps. Une femme peut aussi choisir de les orner, d’en prendre soin. Il y a différentes façons de mouvoir, de se redéfinir par rapport aux autres et aux contraintes imposées, que ce soit par la société ou la famille. Si l’on s’en rend compte, on peut décider d’agir en conséquence.

Le film est crédité France, Qatar, Algérie. Quelle est votre relation avec ces trois pays ?

Je suis actuellement basée au Qatar où je suis née. J’ai grandi en France et je suis Algérienne aussi. Donc, c’est tout un pêle-mêle. Les trois pays m’ont forgée, tant l’un que l’autre, en ayant grandi et en étant née au sein de ces trois cultures. Et c’est formidable d’avoir les trois pays qui me construisent.

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