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Entretien

«Imagine: Penser la paix» au Rwanda, au Cambodge, en Bosnie...

La survivante Alice Mukarurinda et le génocidaire Emmanuel Ndayisaba. Photo issue de « Le Rwanda hier (1994) et aujourd’hui », de Jack Picone, dans « Imagine: Penser la paix ».
La survivante Alice Mukarurinda et le génocidaire Emmanuel Ndayisaba. Photo issue de « Le Rwanda hier (1994) et aujourd’hui », de Jack Picone, dans « Imagine: Penser la paix ». © Jack Picone

« Le Rwanda est le pays qui a le mieux réussi. » Après une guerre, comment arrive-t-on à imaginer et réaliser la paix ? Gary Knight a eu le courage de revisiter avec d’autres photographes et reporters de guerre légendaires des anciennes zones de conflits en Europe, Afrique, Amérique et Asie, pour réfléchir sur la paix, ensemble avec des experts et des témoins sur place dans Imagine : Penser la paix.

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Le résultat de ce projet doté d’une ambition universelle est impressionnant. Sur 400 pages, des récits percutants, des témoignages bouleversants, des reportages et analyses brillants pour nous accompagner dans la compréhension de situations très complexes. Le tout lancé, nourri et rythmé par 200 photos de l’époque de la guerre et d’aujourd’hui. 

Imagine : Penser la paix, édité par Hemeria, nous éclaire sur la face sombre de l’humanité et le désir de paix. Surtout, ce projet de la VII Foundation dirigé par le Britannique Gary Knight essaie de trouver une réponse à la question des éléments nécessaires pour y arriver.  Car souvent, « la paix est conclue, mais elle n’est ni stable ni solide ». Selon la Banque mondiale, « 2 milliards de personnes vivent actuellement dans des zones affectées par l’instabilité institutionnelle, les conflits et la violence ». Entretien.  

RFI : Imagine : Penser la paix, ce livre très ambitieux était votre idée. En tant que photographe, vous avez couvert des conflits et des guerres dans le monde entier. Que signifie paix pour vous 

Gary Knight Pendant la préparation de ce livre, nous avons vraiment compris que « paix » signifie souvent l’absence de la guerre, ce qui est une définition très limitée. Quand on questionne la signification de paix, il ne faut pas prendre en compte uniquement la fin ou l’absence de la guerre. On doit comprendre comment peut-on arriver à une paix plus satisfaisante et gratifiante pour les citoyens du pays où la guerre a eu lieu. Notre but est de montrer comment on peut construire une paix qui sera une meilleure paix pour les générations après la guerre. 

Gary Knight, photographe, fondateur de la VII Foundation, initiateur du projet « Imagine : Penser la paix ».
Gary Knight, photographe, fondateur de la VII Foundation, initiateur du projet « Imagine : Penser la paix ». © Alizé de Maoult

Avec de signatures très prestigieuses comme Jon Lee Anderson, Stephen Ferry, Martin Fletcher, Ron Haviv, Gilles Peress, Jack Picone, Don McCullin, Margarita Martinez.... vous revisitez d’anciens pays en guerre comme la Bosnie-Herzégovine, le Rwanda, la Colombie, le Cambodge, le Liban, l’Irlande du Nord. Y a-t-il une manière différente d’imaginer et de réaliser la paix, selon le pays, le continent, la culture ou la religion ?  

Chaque pays aborde la paix de façon différente. Replongez-vous dans les années 1990, quand j’ai couvert les guerres en Bosnie et au Rwanda. À l’époque, si vous m’aviez demandé lequel des deux pays aurait la plus grande chance d’arriver à une paix 25 ans plus tard, j’aurais dit sans hésitation : la Bosnie, à cause de sa proximité avec l’Europe. En fait, c’est le Rwanda qui a mieux fait, malgré le fait que le Rwanda est toujours dirigé par le même homme. Et la situation politique sur place reste au moins très complexe. Mais, si l’on regarde les pays qui ont réussi à construire une paix, les systèmes politiques – démocratiques ou dictatoriaux – sont finalement moins importants que le désir de faire la paix, indépendamment du fait qui gouverne le pays.  

Donc, c’est très intéressant de constater qu’il n’y a pas un système ou une sorte de structure qui pourrait construire ou garantir la paix. Il y a beaucoup de façons différentes - plus ou moins réussies - d’arriver à la paix. Et, étonnamment, parmi tous les pays étudiés, je dirais que le Rwanda est le pays qui a le mieux réussi. 

Philip Gourevitch, dont le livre Stories from Rwanda est considéré comme la référence sur le génocide qui a eu lieu au Rwanda, rapporte l’histoire d’Emmanuel et d’Alice. L’un avait tué des dizaines de Tutsis et coupé le bras d’Alice. Il s’est repenti, elle lui a pardonné : « Je voulais sauver mon propre cœur ». Pour Gourevitch, « ils ne cherchaient pas à venir à bout du passé, mais plutôt à se libérer de son emprise. Ils imaginaient l’avenir ». Est-ce l’élément clé pour penser et réaliser la paix, une volonté d’oublier et une détermination d’aller de l’avant ?  

Oui, je pense. Mais demander aux gens d’oublier, c’est très difficile quand on se rend compte ce que ces personnes, ces familles ont vécu. Il est impossible de l’oublier. Mais le pardon de la part des victimes et un aveu de culpabilité de la part des coupables est vraiment très important. Vérité et réconciliation sont des critères décisifs. Comme la présence des femmes dans la vie politique et dans le processus de paix, les éléments vérité et réconciliation sont décisifs pour la réussite du processus de paix au Rwanda. Et ces choses manquent dans beaucoup d’autres pays, par exemple en Bosnie, où il y a une absence dramatique de femmes dans la vie politique. Et où règne une absence incroyable d’aveux, de vérité et de réconciliation, malgré l’existence du Tribunal pénal international

Photo issue de « Le Cambodge aujourd’hui », de Gary Knight, dans « Imagine : Penser la paix ». Sin Chanpouraseth, Chay Vannak, Ney Leak et Douch Sovunth, activistes politiques de l’opposition à Battambang.
Photo issue de « Le Cambodge aujourd’hui », de Gary Knight, dans « Imagine : Penser la paix ». Sin Chanpouraseth, Chay Vannak, Ney Leak et Douch Sovunth, activistes politiques de l’opposition à Battambang. © Gary Knight

Vous soulignez que la guerre et la violence sont plutôt faciles à montrer, avec des soldats, des armes, des destructions. En revanche, la paix est difficile à mettre en images. Dans le livre, comment montrez-vous la paix ?  

Chaque photographe a choisi une façon différente de montrer la paix. Pour moi, ce qui est vraiment crucial, c’est d’écouter les gens sur place, de leur demander leurs expériences de paix. Par exemple, de contacter deux personnes de la même communauté que j'ai photographiée pendant la guerre et de faire l’expérience à travers leur expérience. De leur demander directement comment ils ont vécu personnellement les 25 ans après la guerre. Ainsi, ils racontent leur point de vue sur l’éducation, la justice, le travail, la santé, etc. Au Cambodge, par exemple, la paix n’a pas véritablement réussi. L’économie s’est développée, mais au profit de très peu de gens. Les combats se sont arrêtés, mais des choses fondamentales comme les emplois, l’accès à la santé et à l’éducation restent absentes.  

Votre livre aborde des conflits et des guerres sur tous les continents. Quelle est pour vous la plus grande ambition d'Imagine : Penser la paix ?  

L’idée du livre m’est venu lors de mon retour de l’Irak, quand j’avais couvert l’invasion de l’Irak par l’armée américaine. À l’époque, je me suis posé la question : comment peut-on installer une paix durable dans cette région si complexe ? L’idée du livre est d’investir la réflexion : quelles sont les conditions minimums nécessaires pour permettre à la paix de s’épanouir et pour qu’elle ne profite pas uniquement à ceux au pouvoir, comme c’est le cas en général ? 

Avec ce livre, nous espérons de révéler les conditions requises, par exemple la présence de femmes dans la vie politique, pendant les négociations. C’est utile pour ceux qui souhaitent d’aller d’avant, des membres de la société civile, des protagonistes où des gens d’ailleurs qui souhaitent négocier la paix. J’espère que des choses qu’on a découvertes vont leur aider pour établir une paix plus réussie et durable. 

« Le Rwanda est le pays qui a le mieux réussi » (Gary Knight) (en anglais)

► Imagine : Penser la paix, d’après une idée de Gary Knight, The VII Foundation, éditions Hemeria, 408 pages, 34 €/45 €.  

 

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