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Entretien

Zébrures d’Automne: les artistes africains au centre du festival des francophonies à Limoges

Sandra Sainte Rose Fanchine, chorégraphe née en Martinique et qui a grandi en Côte d'Ivoire, présentera la parade «30 nuances de noir(es)» le 3 octobre, pendant la nuit francophone aux Zébrures d’Automne 2020, à Limoges.
Sandra Sainte Rose Fanchine, chorégraphe née en Martinique et qui a grandi en Côte d'Ivoire, présentera la parade «30 nuances de noir(es)» le 3 octobre, pendant la nuit francophone aux Zébrures d’Automne 2020, à Limoges. © SEKA

« Le Covid-19 a créé une psychose, une sorte de peur qui paralyse le faire. Et nous, on essaie de lutter contre cela. » Les Zébrures d’Automne, le festival des créations francophones dans toutes ses formes, ouvre ce mercredi 23 septembre ses portes à Limoges, dans le centre-ouest de la France. Entretien avec le directeur Hassane Kouyaté sur les enjeux de cette édition largement consacrée aux créations d’artistes africains.

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RFI : Malgré l’obstacle de la pandémie de Covid-19, les Zébrures d’Automne affichent treize créations, dont beaucoup de spectacles d’artistes africains, et cela malgré le décalage de la Saison Africa 2020. Comment avez-vous réussi à maintenir votre programme ?  

Hassane KouyatéOn a été impacté par la crise du coronavirus, mais cela ne nous a pas empêché de faire, de créer, d’avoir un programme très intéressant. Avec le soutien de nos partenaires, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), l’Institut français, le ministère de la Culture, on est arrivé à assurer que les artistes qui devaient venir du continent africain puissent avoir leur visa et être ici à Limoges. Puis, pour certaines créations, il fallait faire un travail en amont sur le territoire français. On a changé quelques artistes qui devaient venir du continent africain par des artistes de la diaspora africaine.  

Beaucoup d’artistes invités au festival sont originaires d’Afrique (Côte d’Ivoire, Mali, Tunisie, Guinée, Maroc, Burkina Faso, Algérie...). Parmi les spectacles emblématiques de cette édition, il y a Congo Jazz Band, à l’Opéra de Limoges, de Mohamed Kacimi et dont vous assurez la mise en scène. Pourquoi est-ce si important de raconter et affronter l’histoire du Congo ici à Limoges, en France ?  

Je pars d’un constat : il y a de plus en plus une méconnaissance de nos histoires. On sait de moins en moins d’où l’on vient. Dans ce cas, il est très difficile de savoir où l’on est et où on allait réellement. Et si l’on ne sait pas, c’est encore plus difficile d’appréhender le futur. Donc, il était important pour moi de mettre en place ce spectacle avec Mohamed Kacimi pour rappeler certains faits historiques. On sait que la colonisation du Congo par Léopold II [roi des Belges et souverain de la colonie du Congo entre 1885-1908, ndlr] a fait école. Parce que c’est à partir de là qu’il y a eu la Conférence de Berlin [entre novembre 1884 et février 1885, ndlr] qui a décidé de la balkanisation de l’Afrique, du pillage de ressources naturelles et de minerais. On sait aussi tout ce que cela a engendré jusqu’à aujourd’hui sur le continent africain comme dommages. 

Le Burkinabè Hassane Kassi Kouyaté, directeur des Zébrures d'Automne, à Limoges.
Le Burkinabè Hassane Kassi Kouyaté, directeur des Zébrures d'Automne, à Limoges. © Siegfried Forster / RFI

Dans Congo Jazz Band, malgré une histoire très grave, les genres artistiques fusionnent joyeusement : le théâtre, la musique, le kotéba, la rumba congolaise... 

Je ne voulais pas que ce soit un spectacle qui soit là pour accuser qui que ce soit. D’abord, c’est un moment de fête. Puis, c’est important de dire – par la fête - des choses assez fortes. Comme je dis souvent : on n’écrit pas sur du tableau noir avec la craie noire. Sinon, on ne voit rien. Comme les faits sont très durs et dramatiques, il était important de trouver une forme théâtrale qui puisse faire passer notre message.  

En plus, moi aussi, je suis un métissé culturel. Je suis griot. Dans mes veines, il y a le théâtre traditionnel, le kotéba. Et je conçois très difficilement un spectacle sans musique, sans danse, etc. J’ai essayé de mettre sur scène aussi ma culture métissée. Je suis un zèbre, avec le noir et le blanc qui sont bien dessinés chez moi. Donc, dans le spectacle, on découvre des techniques théâtrales traditionnelles venues d’Afrique - mais quand on dit traditionnel, ce n’est pas passéiste, c’est la tradition de la langue et de la culture d’Afrique - et des techniques occidentales.  

Pendant le confinement, on a parlé beaucoup de nouvelles formes artistiques, la web-télé, vidéo, sur les réseaux sociaux, par téléphone, sous les balcons d’immeubles, des festivals numériques, des drive-in... Quelles sont les nouvelles formes artistiques à découvrir aux Zébrures d’Automne ?  

Non, on ne va rien inventer, parce que les artistes partout ont toujours inventé des choses. Le confinement n’a fait que mettre en lumière cette inventivité. Je ne pense pas que le confinement ait réellement inventé de nouvelles formes artistiques. Après, cela a développé une forme qui est le travail avec le numérique, mais cela ne l’a pas inventé. Donc, comme les années précédentes, on aura des formes très diverses aux Zébrures et on occupera aussi des espaces les plus divers pendant tout le festival. Cela fera un moment pertinent et joyeux.  

“Akzak, l’impatience d’une jeunesse reliée”, chorégraphie de Héla Fattoumi et Eric Lamoureux, présentée aux Zébrures d’Automne 2020, à Limoges.
“Akzak, l’impatience d’une jeunesse reliée”, chorégraphie de Héla Fattoumi et Eric Lamoureux, présentée aux Zébrures d’Automne 2020, à Limoges. © Laurent Philippe

Pour vous, ni le Covid-19 ni la crise climatique n’ont réellement changé la manière de concevoir, réaliser, montrer et partager un spectacle  

Non, à part du fait qu’on nous a demandé à répéter avec les masques. Et de faire passer des choses par le numérique. Le Covid-19 a mis en lumière certaines difficultés et aussi certaines pratiques. En revanche, le Covid-19 a créé une psychose, une sorte de peur qui paralyse le faire. Et nous, on essaie de lutter contre cela.  

Les Zébrures souhaitent aussi accueillir les « chocs provoqués par une même et autre langue ». Dans les spectacles et les créations, quel rôle joue le français cette année ?  

Ce qui est intéressant avec les francophonies, c’est toujours le mariage d’une autre culture et d’une autre langue avec la culture et la langue françaises. Cela donne toujours un objet artistique et culturel. Le français est toujours l’un des deux, trois, quatre parents de l’enfant qui naît comme objet artistique sur scène. 

Le programme des Zébrures d’Automne, festival des francophonies, 23 septembre au 3 octobre à Limoges, France.

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