Accéder au contenu principal

Cinéma: «Une vie secrète», trente années caché dans l'Espagne de Franco

Antonio de la Torre est Higinio dans le film «Une vie secrète» des réalisateurs basques Jon Garaño, Aitor Arregi, Jose Mari Goenaga, l'histoire d'une «taupe» qui resta cachée pendant trente ans pendant l'après-guerre civile espagnole.
Antonio de la Torre est Higinio dans le film «Une vie secrète» des réalisateurs basques Jon Garaño, Aitor Arregi, Jose Mari Goenaga, l'histoire d'une «taupe» qui resta cachée pendant trente ans pendant l'après-guerre civile espagnole. Epicentre films
6 mn

Sur les écrans en France ce mercredi 28 octobre un film multi-primé en Espagne, au Festival de San Sebastian et aux Goya, et une tranche d'histoire, celle de l'après-guerre d'Espagne, dans l'intimité d'un couple. Une vie secrète raconte l'histoire d'une taupe, « un topo » comme on les appelle outre-Pyrénées, ces partisans de la République qui restèrent cachés parfois pendant des décennies par crainte de la répression franquiste.

Publicité

C'est un huis clos de plus de deux heures dans la cachette d'Higinio, un réduit aménagé derrière un mur, avec parfois une échappée belle dans la cuisine ou dans la chambre matrimoniale... Un huis clos de rideaux tirés et de portes closes. Higinio est joué par le comédien andalou Antonio de la Torre que l'on avait déjà vu dans un rôle d'interné forcé quand il interprétait Pepe Mujica dans le film d'Álvaro Brechner, La noche de doce años, également découvert au festival de San Sebastian. Higinio vient d'épouser Rosa. Lorsque les franquistes prennent possession de son village, il refuse de partir comme d'autres se battre dans la montagne. Il se cache dans leur maison.

Nous sommes dans les derniers mois de la guerre civile et le film raconte l'enfermement d'Higinio, la manière dont celui-ci agit sur sa personnalité puis sur les relations dans le couple. Il raconte comment de voir le monde dans un trou dans le mur, à travers une fente entre deux planches, de derrière un rideau à peine entrebâillé altère la perception des choses et produit un nouvel enfermement, mental cette fois. On ne sort pas du huis clos de la maison, sauf lors d'une scène très forte qui vient le conforter. Le couple décide d'aller s'installer chez le père d'Higinio qui a une maison plus grande et lui a aménagé une cachette plus confortable. Higinio, déguisé, sort avec beaucoup d'appréhension de son trou. Interpellé par des gendarmes, il panique et se perd dans son propre village. Il a perdu ses repères, le dehors est devenu dangereux.

Au fil du film, on s'installe avec le couple dans une sorte de routine, les années passent, les époux cousent de concert et la terre continue de tourner : les espoirs d'Higinio d'un renversement de Franco par les Alliés en 1945 sont frustrés, l'Espagne entre à l'ONU. Dans le village, à travers les rideaux, on voit la petite place se transformer, les maisons d'adobe sont blanchies comme sur les cartes postales, le café du village installe une terrasse, un jardin d'enfants est aménagé... La radio nous raconte l'Espagne des années cinquante, soixante, avec ses tubes. Le « boom du soleil » et l'ouverture au tourisme de masse sont en couverture des revues people qu'apporte Rosa à la maison. L'arrivée de la télévision marque le retour en images du monde extérieur dans le foyer. Les réalisateurs pratiquent l'art de l'ellipse comme dans cette émouvante séquence où Higinio reprend les photos de famille pour voir combien son fils grandit et scrute avec une loupe les détails en toile de fond, les maisons, les visages, cherchant un point de repère, lui qui les a tous perdus.

Vivre avec la peur

Higinio est un partisan de la République. Un homme ordinaire, pas un leader de premier plan. D'ailleurs on ne saura pas vraiment ce qu'il a fait, ce qui le condamne à rester caché, pourquoi son voisin le délateur lui voue une telle haine. Mais il a été arrêté pour être abattu comme un lapin, il a vu ses compagnons mourir, il a peur. « La peur que tu ressens ne te permet pas d’être un héros, mais cela ne veut pas dire que tu n’es pas une victime ». Cette phrase (citée par les réalisateurs) est de Jesús Torbado, co-auteur avec Manuel Leguineche du livre Los Topos (Les taupes). Ils y racontent l’histoire de plusieurs taupes pendant le franquisme. Elle est prononcée aussi dans le film par un homme qu'Higinio a tué. Les topos ont donné lieu à une littérature et aussi à un documentaire, Trente années d'obscurité, réalisé par Manuel H. Martin et projeté en 2012 au Festival de San Sebastian. Un film dont les réalisateurs se sont inspirés. Des vies en négatif dans un monde friand de gestes révolutionnaires et de brillants faits d'armes.

La peur d'Higinio grandit au fur et à mesure que l'enfermement dure, contamine sa relation avec Rosa, avec son fils. Rosa, interprétée par la comédienne également andalouse Belén Cuesta, subit aussi ce poids de l'enfermement. L'actrice a d'ailleurs reçu le Goya 2020 de la meilleure interprétation féminine pour ce rôle.

Antonio de La Torre et Belén Cuesta interprètent les rôles de Higinio et Rosa dans le film "Une vie secrète" qui sort ce mercredu 28 ocrobre sur les écrans.
Antonio de La Torre et Belén Cuesta interprètent les rôles de Higinio et Rosa dans le film "Une vie secrète" qui sort ce mercredu 28 ocrobre sur les écrans. Epicentre films

Mais l'humour s'invite aussi dans le récit comme lorsque Rosa raconte la séquence des actualités projetée avant le film qu'elle vient de voir et évoque la voix du caudillo, une voix fluette de « petite chose » dans un petit corps, comme celle d'une « femme déguisée ». Ou encore lorsque la maison aux rideaux toujours tirés cache les amours secrètes du facteur et d'un soldat et qu'Higinio troque son silence contre des assiettes de pot-au-feu...

En 1969, le gouvernement franquiste, pour fêter le trentième anniversaire de la guerre de la « libération » de l'Espagne, décide d'une amnistie générale, Julio Iglesias première manière chante à la radio El ciclo de la vida. « Sortir : passer du dedans au dehors », c'est le dernier chapitre du film. Mais qu'il est difficile de se libérer de la peur.

Jon Garaño, Aitor Arregi, Jose Mari Goenaga signent tous les trois ce dernier long-métrage mais ils travaillent ensemble depuis plusieurs années en interchangeant leurs rôles. Leur 1er film collectif fut le documentaire Lucio (2007) sur Lucio Urtubia.
Jon Garaño, Aitor Arregi, Jose Mari Goenaga signent tous les trois ce dernier long-métrage mais ils travaillent ensemble depuis plusieurs années en interchangeant leurs rôles. Leur 1er film collectif fut le documentaire Lucio (2007) sur Lucio Urtubia. Epicentre films

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.