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Valéry Giscard d’Estaing et la culture, les deux visages d’un président

L’ancien président Valéry Giscard d’Estaing en décembre 1986 lors de l’inauguration du musée d’Orsay en présence du président François Mitterrand.
L’ancien président Valéry Giscard d’Estaing en décembre 1986 lors de l’inauguration du musée d’Orsay en présence du président François Mitterrand. © DERRICK CEYRAC / AFP

Considéré comme un homme de lettres et de culture, l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, décédé dans la nuit du 2 décembre à l’âge de 94 ans, a laissé comme héritage culturel de son mandat présidentiel surtout le musée d’Orsay. En revanche, sa relation avec la culture et les arts éclaire beaucoup sa personnalité.

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Contrairement à ses grands rivaux politiques François Mitterrand et Jacques Chirac, la culture ne faisait pas partie des priorités politiques de Valéry Giscard d’Estaing. Malgré le fait qu’il avait suscité le soutien des artistes pour sa campagne présidentielle en 1974. À l’époque, ce sont alors Brigitte Bardot, Johnny Hallyday et Chantal Goya qui s’affichaient avec un tee-shirt « Giscard à la barre » à la gloire d’un président jeune et branché. La notion de la modernité se trouvait au cœur de son engagement présidentiel. Mais Giscard d’Estaing avait deux visages : d’un côté, son combat pour l’abaissement de la majorité civile et la dépénalisation de l’avortement qui resteront parmi ses décisions politiques devenues historiques. En revanche, côté culture, le jusque-là plus jeune président de la Ve République, élu en 1974, était surtout tourné vers le passé. 

Le musée d’Orsay, un geste emblématique 

Giscard d’Estaing n’a jamais cherché à imposer son empreinte personnelle à une institution culturelle de l’art moderne ou contemporain. La transformation de la gare d’Orsay en temple mondial des impressionnistes et de l’art du XIXe siècle est emblématique à cet égard.

Sa relation à la culture reflétait bien son ambiguïté personnelle: à la fois pur produit de l’élitisme français, du lycée Louis-le-Grand jusqu’à l’ENA, en passant par Polytechnique, il restait en même temps enraciné dans sa région d’origine, l’Auvergne.  

Candidat à la présidentielle, il a joué de l'accordéon en chemise à carreaux. Et, une fois élu à l’Élysée, il a accompagné au piano un Claude François chantant Douce nuit à l'arbre de Noël en 1975. En même temps, cet adepte de la musique classique et de l’opéra a permis la création de l’Orchestre National de Lille et de l’Orchestre philharmonique de Lorraine, sans oublier la naissance de l’Ensemble Intercontemporain dirigé par Pierre Boulez.  

L’immortalité et l’Académie française 

Dans les arts et la littérature, Giscard d’Estaing, deuxième enfant d’une fratrie de trois sœurs et deux frères, issu d’une ancienne famille bourgeoisie, a souvent préféré puiser ses inspirations dans l’histoire. Grand admirateur de la finesse et la concision de Maupassant et de son maître, Flaubert, le grand regret de Giscard d’Estaing était de ne pas avoir connu la reconnaissance comme écrivain. Même s’il a été admis en 2003 à l’Académie française.  

« À mon âge, l'immortalité est devenue une valeur refuge ». Mais, son nouveau statut était accompagné d’une très grande polémique concernant ses qualités littéraires. Malgré ses cinq romans et innombrables essais politiques publiés, il n’a jamais été reconnu comme un grand romancier, voire moqué, par exemple pour sa tentative de transformer son imaginaire en aventure romanesque avec La Princesse et le Président, publié en 2005, faisant allusion à Lady Diana.   

Valéry Giscard d’Estaing était souvent habité par les contradictions. Engagé dans le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes en France, il vivait en même temps, mais de manière cachée, sa passion pour la chasse aux grands fauves en Centrafrique...

Entre le Centre Pompidou et les impressionnistes 

Son attitude envers les arts s’avère très complexe. Entré dans l’histoire de l’art comme le président ayant inauguré en 1977 le Centre Pompidou, il s’est finalement contenté de rendre au public le travail de son prédécesseur Georges Pompidou. Lui-même ne portait pas ce nouveau centre de l’art contemporain dans son cœur. Profondément tourné vers le passé, il a préféré mettre son audace au service de l’art du XIXe siècle en transformant la gare d’Orsay en musée des impressionnistes. Dans son hommage, l’actuelle direction du musée d’Orsay a affiché l’image de Giscard d’Estaing sur la façade de l’établissement et parle d’« un des plus importants succès de la politique culturelle française des cinquante dernières années. » Et à l’instar du Musée du Quai Branly-Chirac, Rachida Dati, ancienne ministre sous le président Sarkozy et actuelle maire du 7e arrondissement de Paris, a même demandé « à l’État que ce prestigieux établissement [le musée d’Orsay] porte désormais son nom».

Le musée d’Orsay, sera-t-il rebaptisé Musée d’Orsay-Valérie Giscard d’Estaing ?
Le musée d’Orsay, sera-t-il rebaptisé Musée d’Orsay-Valérie Giscard d’Estaing ? © Siegfried Forster / RFI

Les « portes ouvertes » au palais de l’Élysée 

Dès le début de son septennat, Valéry Giscard d’Estaing s’est dirigé plus vers une politique culturelle en faveur du patrimoine qu’à la création contemporaine. Il a soutenu le musée du Louvre, rendu possible la création du musée d’Orsay, inauguré le musée de la Renaissance d’Ecouen. Et c’est sous son mandat que le transfert des collections Picasso à l’Hôtel Salé, monument historique, a été décidé, mais là aussi, le musée national Picasso fut inauguré sous Mitterrand en 1985.  

Sa volonté de faire découvrir le patrimoine à tous les Français avait pris forme lors de la légendaire journée « portes ouvertes » au palais de l’Élysée en 1977, transformée en 1980 en Journées du patrimoine. Néanmoins, c’est le ministre de la Culture Jack Lang sous la présidence de Mitterrand qui, après, avait transformé ce ballon d’essai en véritable succès populaire. Même configuration avec la réhabilitation du quartier de la Villette où Giscard d’Estaing avait pris l’initiative de créer la Cité de l’industrie et des sciences avant que son successeur Mitterrand transforme l’idée en succès, acclamé par des millions de visiteurs en rajoutant la Grande Halle et la Cité de la musique.   

Le documentaire banni de la campagne présidentielle 

Avec le cinéma, Valéry Giscard d’Estaing a également entretenu une relation particulière, marquée à la fois par l’audace et le recul. En 1974, le cinéaste et photographe Raymond Depardon avait filmé la campagne présidentielle, une commande personnelle de Giscard. Résultat : les plans-séquences tournés par Depardon même pendant des moments très intimes de réunions, repas ou repos, renvoyaient au candidat devenu président des aspects de sa personnalité qu’il préférait dorénavant cacher. Par exemple, la scène quand il soulève une petite fille bretonne pour les photographes ou se regarde lui-même à la télévision. Après coup, selon Depardon, Giscard d’Estaing trouvait ces images « très violentes ». Visiblement, elles donnaient une image tellement encombrante que le film a été mis au ban jusqu’à 2002, date de la première projection publique du documentaire sous le titre 1974, une partie de campagne.  

Un président respectueux des cultures régionales 

De sa passion pour l’Europe dans toute sa diversité, Valéry Giscard d’Estaing a gardé le respect des cultures régionales dans son propre pays, d’où son engagement fort en faveur de la culture bretonne. En 1977, il était à l’origine de la Charte culturelle de Bretagne. En reconnaissant à Ploërmel les langues et les cultures régionales, il a valorisé la culture bretonne longtemps décriée et marginalisée en France avec les mots : « Il n'y a aucune contradiction entre la volonté de vivre la culture bretonne et la conscience d'être pleinement français. »  

Pour cela, il n’était pas étonnant que ce soit aux Antilles que le chanteur Gérard La Viny avait composé à l’époque une chanson en créole (Bienvenue Président - Biguine à Giscard) pour célébrer la victoire de Valéry Giscard d’Estaing : « Ne soyez pas en retard “Vive Giscard à la barre”

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