Accéder au contenu principal

Ivry Gitlis, virtuose sans frontière

Le violoniste Ivry Gitlis est décédé à l'âge de 98 ans, à Paris.
Le violoniste Ivry Gitlis est décédé à l'âge de 98 ans, à Paris. Thomas Samson AFP/Archivos
Texte par : Olivier Favier
5 mn

Ivry Giltis était l’un des plus grands violonistes du vingtième siècle et la dernière légende de sa génération. Il s’est éteint ce 24 décembre au matin à Paris, à l’âge de 98 ans.

Publicité

Originaires de Kamenets-Podolski, petite ville du sud de l’Ukraine, longtemps convoitée par la Pologne et la Russie, les parents d’Ivry Gitlis s’étaient rencontrés lors de leur départ pour la Palestine, où il naît à Haïfa en 1922. La famille est modeste. Son  père maçon deviendra meunier. Elle n’est pas de celles qui imposent un destin artistique.

Mais Ivry Gitlis est un enfant unique et choyé, et devant son insistance à obtenir un violon, qu’il manifeste dès l’âge de quatre ans, la famille se cotise pour satisfaire cette vocation précoce autant qu’inexplicable. Lui-même ne saura jamais en déterminer l’origine.

Un enfant prodige

Il commence le violon à six ans et donne son premier concert l’année suivante. Il est très vite repéré par Bronisław Huberman, futur fondateur de l’orchestre philharmonique de Palestine et ex-enfant prodige lui aussi, qui l’encourage à partir pour l’Europe.

Il débarque à Marseille à l’âge de dix ans, après un voyage éprouvant en quatrième classe. Il fait un bref passage au conservatoire de Paris, une expérience en demi-teinte interrompue un an et demi plus tard, après qu’il en a décroché le premier prix. À Londres, il travaille avec Carl Flesch et reçoit l’enseignement d’un compositeur de génie et virtuose reconnu du violon, Georges Enesco.

Pendant la guerre, il se produit devant l’armée britannique et connaît ainsi ses premiers succès. La paix venue, il intègre le prestigieux Orchestre philharmonique de Londres et enregistre pour la BBC. Il revient en France en 1951, où l’attend une nouvelle déconvenue. Au concours Long-Thibaud, où il est donné favori, il n’obtient qu’une modeste cinquième place, contre l’avis du public. On l’accuse d’avoir volé un Stradivarius pendant la guerre.

International et éclectique

Qu’à cela ne tienne, on l’accueille à bras ouverts outre-Atlantique, où son jeu intense est apprécié et lui vaut les éloges de Jascha Heifetz, ancien enfant prodige encore, lui aussi issu de la diaspora ashkénaze. En 1955, il est le premier musicien israélien à se produire en URSS.

Il demeure le meilleur interprète parmi tant d’autres enregistrements inoubliables de la sonate pour violon seul de Bela Bartók et du Concerto à la mémoire d’un ange d’Alban Berg. En 1966, il acquiert finalement un stradivarius daté de 1713 appelé « Sancy », qu’il mettra, selon son propre aveu, un an et demi à maîtriser.

► (Ré)écouter : En sol majeur : Ivry Giltis

Interprète irremplaçable de certains maîtres de son temps, comme Bruno Maderna et Iannis Xenakis, il n’hésite pas cependant à faire des incursions auprès de musiciens plus populaires, comme Léo Ferré ou Stéphane Grapelli, embrassant aussi de loin en loin la carrière d’acteur.

Il joue notamment le rôle de l’hypnotiseur dans L’histoire d’Adèle H (1975) de François Truffaut et celui plus attendu d’un violoniste dans Un amour de Swann (1984) de Völker Schlöndorff. C’est d’ailleurs avec une comédienne de cinéma, l’Allemande Sabine Glaser, qu’il aura trois de ses quatre enfants. Deux d’entre eux deviendront des membres du groupe de nu metal Enhancer.

La musique comme partage

Fondateur de nombreux festivals (dont ceux de Vence et de Menton), Ivry Gitlis reste lié à la France – il a la double nationalité franco-israélienne. Il est l’un des invités réguliers de l’émission de Jacques Chancel « Le Grand Échiquier » dans les années 1980. Cette vie publique, qui l’amène à prendre le titre d’ambassadeur de bonne volonté de l’Unesco en 1990, est guidée par le désir constant de partager son amour de la musique.

C’est ainsi qu’il devient le parrain en 2008 de l’association « inspiration(s) » en 2008 dont le but est de rendre la musique accessible à tous. L’année suivante, Arte lui consacre le documentaire Ivry Gitlis, le violon sans frontières. En tout, Ivry Gitliis aura joué du violon pendant plus de 98 ans, ne s’étant interrompu que lors de ses derniers mois de vie.

Son génie, son éclectisme, son ouverture aux autres et sa longévité concourent à faire de lui une véritable légende musicale du vingtième siècle, au même titre que les grands compositeurs qu’il a su magnifier.

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.