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«White Night», le Paris du photographe chinois Feng Li

« White Night in Paris », vue sur une photographie de Feng Li dans l’exposition en plein air du Festival PhotoSaintGermain.
« White Night in Paris », vue sur une photographie de Feng Li dans l’exposition en plein air du Festival PhotoSaintGermain. © Siegfried Forster / RFI

Sa passion ? Capter la vie quotidienne de sa ville natale dans le sud de la Chine avec du flair et du flash. Pour le dixième festival parisien PhotoSaintGermain (7-23 janvier), Feng Li a placé l’œil de sa caméra dans les rues de Paris et expose ses photographies inédites à l’extérieur, sur les quais. Avec « White Night in Paris », le photographe chinois qui ne parle ni français ni anglais, a réussi à subtiliser des images hors du commun à la capitale française.

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Le résultat est bluffant, la méthode originale. Feng Li utilise son appareil photo comme une râpe. Avec un flash fort, il extrait aux sujets spontanément pris en photo de « fins copeaux » aussi inattendus que délicieux... Entretien avec Victoria Jonathan, fondatrice de l’agence franco-chinoise Doors et commissaire de l’exposition White Night in Paris, de Feng Li. 35 œuvres inédites, présentées en plein air au port Solferino, au pied du Musée d’Orsay.

RFI : Feng Li a exposé dans des festivals de photo très prestigieux comme les Rencontres d’Arles, mais très peu de gens connaissent ce photographe chinois. Qui est Feng Li ?

Victoria Jonathan : Feng Li est un photographe qui a commencé au département de propagande de la province du Sichuan. On ne peut pas imaginer quelque chose de plus officiel en Chine. Pendant des années, son métier de photographe l’a emmené à photographier des événements organisés par la province ou par la ville de Chengdu où il vit. En parallèle de ce travail très officiel et très en ligne avec la propagande du parti communiste, il s’est mis à photographier pendant la nuit dans sa ville de Chengdu des scènes de rue. À travers ce travail se sont mises en place des caractéristiques formelles qui sont toujours à l’œuvre aujourd’hui dans son travail : le format vertical, l’utilisation du flash… Des caractéristiques nées au début de la contrainte de photographier dans la rue, pendant la nuit, sans une grande préparation. Ensuite, c’est devenu sa patte et son style qu’on voit dans cette série White Night.

« White Night in Paris », vue sur une photographie de Feng Li dans l’exposition en plein air du Festival PhotoSaintGermain.
« White Night in Paris », vue sur une photographie de Feng Li dans l’exposition en plein air du Festival PhotoSaintGermain. © Siegfried Forster / RFI

Comment est née cette série ?

Il l’a commencée en 2005, au départ surtout concentrée sur la ville de Chengdu. En 2017, il a exposé et gagné le prix découverte au festival Jimei x Arles en Chine, que j’ai dirigé pendant trois ans avec Bérénice Angremy, sous le commissariat de l'artiste et collectionneur Thomas Sauvin. Ainsi, il a pu exposer aux Rencontres d’Arles en 2018. C’était sa première grande exposition hors de Chine. À cette occasion, il a produit la série White Night in Arles. À ce moment, il a également eu l’occasion de photographier la ville de Paris, et par la suite aussi Berlin.

Les photos de White Night in Paris ont été prises entre 2017 et 2019. Quel Paris fait-il nous découvrir ?

Un Paris auquel on ne s’attend pas en tant que Parisien. Un regard de photographe assez frais et nouveau. Paris est peut-être l’un des thèmes les plus clichés de la photographie. Pour Feng Li, il n’était pas du tout évident de transposer son regard assez sarcastique, très affûté sur la réalité, et qui s’applique vraiment très bien sur ce qui se passe en Chine aujourd’hui, de transposer ce style à Paris. On voit des lieux qu’on connaît : Pigalle, les quais, la fête foraine aux Tuileries, la Fashion Week, mais on les voit de façon différente, brute, crue. Il a vraiment un talent pour trouver au coin de la rue des situations un peu surréalistes, des visages et des silhouettes un peu énigmatiques.

« White Night in Paris », vue sur une photographie de Feng Li dans l’exposition en plein air du Festival PhotoSaintGermain.
« White Night in Paris », vue sur une photographie de Feng Li dans l’exposition en plein air du Festival PhotoSaintGermain. © Siegfried Forster / RFI

White Night in Paris capte des scènes très frontales, parfois flashy, parfois banales, mais toujours étonnantes et troublantes sans qu’on sache vraiment pourquoi. Et à la fin, on est tenté de lui donner raison : oui, tout à fait, ça, c’est Paris. Pourquoi ?

Déjà, Feng Li ne parle ni français ni anglais. Il a réalisé ce travail pendant trois voyages, en 2017, 2018 et 2019, pendant une résidence de quatre mois à la Cité internationale des arts. Il était vraiment complètement perdu dans la ville, incapable de communiquer avec les habitants. Sa façon de communiquer est vraiment son appareil photo. Il travaille très vite, saisit par surprise ses modèles, ne demande pas l’autorisation aux gens qu’il photographie dans la rue – comme beaucoup de photographes de rue. Il travaille et flashe tellement vite qu’il saisit ces instants sur le vif.

Né en 1971, il a aujourd’hui 50 ans, et 40 000 abonnés sur son compte Instagram @fenglee313. Comment utilise-t-il les réseaux sociaux pour son travail photographique qui obéit depuis toujours au format vertical ?

Il poste beaucoup sur les réseaux sociaux. Il poste les images de sa série White Night. En fait, c’est une série, mais aussi le titre qu’il donne à tout son travail artistique. Il poste aussi un peu ses collaborations. Il a été souvent invité par des magazines de mode, parce que son style plait beaucoup aux marques.

« White Night in Paris », vue sur une photographie de Feng Li dans l’exposition en plein air du Festival PhotoSaintGermain.
« White Night in Paris », vue sur une photographie de Feng Li dans l’exposition en plein air du Festival PhotoSaintGermain. © Siegfried Forster / RFI

Qu’est-ce qu’il a posté depuis la pandémie du Covid-19 et pendant le confinement ?

En Chine, il n’y a pas eu de confinement général. Le virus a été très localisé dans la ville et la région de Wuhan. Au-delà, il y a eu des restrictions, mais pas des confinements comme chez nous en France ou en Europe. Et assez vite, la vie a repris son cours, surtout dans une ville comme Chengdu qui est très éloignée de Wuhan. À ma connaissance, Feng Li n’a pas fait de travail spécifique par rapport au Covid-19.

Vous avez collé les photos de Feng Li sur des sortes de cubes installés dans le port de Solférino, au pied du musée d’Orsay, à côté de la Seine, dans un terrain peuplé de gens qui se baladent et des sportifs qui s’entraînent. Quel effet visuel avez-vous cherché avec ce choix d’emplacement ?

C’est la ville de Paris qui a proposé cet emplacement à PhotoSaint-Germain, pour les dix ans du festival. C’est une chance extraordinaire. On est au cœur du Paris historique, avec le musée d’Orsay juste au-dessus, le Louvre et les Tuileries en face, le Grand Palais à côté. Un endroit tellement parisien. Ce qui est assez amusant, ces photos de rue, avec toute leur diversité, s’inscrivent dans ce contexte.

« White Night in Paris », vue sur une photographie de Feng Li dans l’exposition en plein air du Festival PhotoSaintGermain.
« White Night in Paris », vue sur une photographie de Feng Li dans l’exposition en plein air du Festival PhotoSaintGermain. © Siegfried Forster / RFI

Vous parlez français, anglais, chinois. Est-ce que la perception du travail de Feng Li est différente dans les pays francophones et anglophones par rapport au public en Chine ?

En France, comme on connaît moins de photographes chinois, c’est un nouveau regard. En Europe, on connaît Ai Weiwei qui n’est pas que photographe, mais il avait une exposition au Jeu de Paume qui avait fait pas mal de bruit. Feng Li fait partie de cette génération de photographes chinois qu’on a vue émerger ces dernières années en Occident. Il y a eu la grande exposition de Ren Hang à la MEP. Grâce à Jimei x Arles, on a pu voir des cernières années aux Rencontres d'Arles des artistes comme Pixy Liao, Lei Lei, Guo Yingguang... des regards à la fois très ancrés dans une actualité et contemporanéité de la société chinoise, et qui a en même temps absorbé les codes visuels internationaux et la façon de communiquer internationale avec des comptes Instagram, etc. C’est une œuvre qui est finalement accessible pour un public français et européen tout en étant très chinoise.

Certains observateurs ont parlé de Diane Arbus ou de Martine Parr par rapport à Feng Li. Lui-même, en tant qu’autodidacte, a-t-il eu des modèles ou des maîtres ?

Pas beaucoup. Quand on lui pose cette question, il cite les photographes que vous venez d’évoquer, mais il n’est pas inspiré ou influencé par le travail d’un photographe en particulier.

« White Night in Paris », vues sur les photographies de Feng Li dans l’exposition en plein air du Festival PhotoSaintGermain. © Siegfried Forster / RFI

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White Night in Paris, exposition du photographe Feng Li, à l’extérieur, au port Solférino, dans le cadre du 10e festival PhotoSaintGermain à Paris, du 7 au 23 janvier.

 

 

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