Coup de jeune pour «La Fée électricité», le plus grand tableau du monde

«La Fée électricité» de Raoul Dufy mesure 60 mètres de long et 10 mètres de haut.
«La Fée électricité» de Raoul Dufy mesure 60 mètres de long et 10 mètres de haut. © Pierre Antoine

L’œuvre fait 600 mètres carrés. « La Fée électricité », de Raoul Dufy (1877-1953), exposée au Musée d’art moderne de la ville de Paris, vient d’être entièrement restauré ; ou plus exactement « dépoussiéré », selon le terme des conservateurs. Une opération colossale prévue environ tous les 20 ans.

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Avec ses 60 mètres de long et ses 10 m de haut, La Fée électricité occupe une immense salle en demi-cercle au Musée d’art moderne de Paris. Le tableau a été réalisé pour l’exposition internationale de 1937 : il occupait tout un mur du hall du Palais de la lumière et de l’électricité. Cette peinture monumentale est entrée dans les collections du musée en 1964, cédée par Électricité de France (EDF). « C’est un chef-d’œuvre », affirme Fabrice Hergott, le directeur du musée, qui insiste sur « la vitalité et la liberté » de cette peinture de Dufy.

Le peintre fait appel à la mythologie (Zeus est de la partie), mais il représente aussi des objets… et pas moins de 108 savants ! « Dufy a une grande largeur de vue, précise Fabrice Hergott. Il propose un panorama complet, entre, d’une part, la technologie et, d’autre part, des éléments naturels. La représentation des arbres, du vent dans les feuilles, par exemple, est fabuleuse ! Parallèlement, il s’est documenté pour représenter des technologies très précises, aussi bien la centrale thermique d’Ivry, près de Paris, que des postes de TSF, l’ancêtre de la radio, ou des objets aujourd’hui oubliés ».

Drone et échafaudages

Des détails que l’on perçoit encore mieux après le dépoussiérage de La Fée électricité. Une opération rendue nécessaire à la suite de travaux réalisés au musée et qui, malgré toutes les précautions prises, ont pu ternir le tableau, sachant que, de toute façon, une telle œuvre doit être nettoyée tous les vingt ans environ.

Détail de «La Fée électricité», de Raoul Duffy.
Détail de «La Fée électricité», de Raoul Duffy. © Pierre Antoine

La Fée électricité a d’abord été photographiée sous tous les angles en très haute définition, ce qui n’avait jamais été fait. Le tableau est tellement immense qu’il a fallu utiliser un drone ! Ensuite, une dizaine de restaurateurs ont inspecté les 18 000 vis des panneaux qui composent l’œuvre. La moitié de ces panneaux a été réparée par ces experts juchés sur des échafaudages et assurés par un « fil de vie », comme des alpinistes. Les conditions de travail nécessitent une habilitation spéciale…

Vivacité des couleurs

Quant au dépoussiérage proprement dit, le résultat est « formidable », s’enthousiasme Sophie Krebs, la conservatrice du musée en charge de cette opération hors norme. « Les interstices entre les 250 panneaux avaient noirci. En les nettoyant, on a retrouvé une plus grande fluidité dans l’œuvre. Sur l’ensemble du tableau, poursuit la conservatrice, on a enlevé une sorte de voile gris et retrouvé ainsi une vivacité de couleurs incroyable. Ici, au centre, il y a un panneau dans les tons bleu ciel et blanc, avec un éclair couleur violine. Je ne me souvenais même plus que cet éclair était de cette couleur ! »

Le « lifting » de La Fée électricité a duré trois mois pour un coût de 80 000 €, entièrement supporté par la ville de Paris, sans faire appel au mécénat. Le public pourra redécouvrir cette « œuvre – programme ambitieuse et complexe », selon les mots du directeur Fabrice Hergott, quand le musée rouvrira au public, dès que les conditions sanitaires le permettront. Mais en attendant, les internautes du monde entier peuvent en découvrir les moindres détails, à 360° grâce aux photos réalisées à l’occasion de ce « grand nettoyage ».

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