Golden Globes: Le sacre de Chloé Zhao et la percée des femmes et des plateformes dans le cinéma

La réalisatrice Chloé Zhao lors de la remise du Golden Globe pour le Meilleur film dramatique pour « Nomadland ».
La réalisatrice Chloé Zhao lors de la remise du Golden Globe pour le Meilleur film dramatique pour « Nomadland ». © Peter Kramer/NBC Handout via REUTERS

Le triomphe de « Nomadland », de la réalisatrice sino-américaine Chloé Zhao, consacré Meilleur film dramatique et Meilleur réalisation aux Golden Globes 2021 confirme une tendance lourde dans le monde du cinéma : la montée irrésistible des femmes et des plateformes dans l’univers cinématographique.

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En septembre dernier, la Mostra a décerné trois Lions d’or à trois femmes. À l’époque, certains voulaient encore croire à une décision exceptionnelle due à une pandémie exceptionnelle. Aujourd’hui, l’aspect précurseur de l’édition 2020 du Festival international de Venise semble de plus en plus évident. Plus que la situation dans laquelle la décision a été prise, les carrières cinématographiques de la réalisatrice hong-kongaise Ann Hui et de l’actrice britannique Tilda Swinton s’avèrent extraordinaires et méritaient bien un Lion d’or d’honneur.  

Chloé Zhao, bientôt 39 ans et au firmament cinématographique

Même constat pour Nomadland. Le film de Chloé Zhao faisait partie de huit films de femmes sur 18 en lice pour le Lion d’or. Mais le troisième long métrage de la jeune réalisatrice américaine ne doit pas son couronnement à Venise à l’absence d’autres films empêchés par la pandémie, mais bel et bien à cause de l’exploit de la cinéaste qui fêtera le 31 mars son 39e anniversaire.  

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La Sino-Américaine, née en 1982 à Pékin, a passé toute son enfance en Chine avant de partir d’abord à Londres et ensuite aux États-Unis pour y étudier les sciences politiques dans le Massachusetts, avant de se tourner vers une formation cinématographique à New York. Dès son premier long métrage, Les chansons que mes frères m’ont apprises, sélectionné au Festival du film de Sundance et à la Quinzaine des réalisateurs en 2015, elle est très remarquée par le milieu cinématographique, avant d’être propulsée en 2017 au firmament du cinéma mondial par le succès surprise de son deuxième long métrage, The Rider, avec le prix Art Cinéma du meilleur film à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes. Depuis, le talent de Chloé Zhao a épaté les membres du jury à la Mostra et aujourd’hui celui des Golden Globes, après avoir remporté aussi le prix du public au Festival de Toronto. 

« Nomadland », une histoire portée par une femme

Et ce n’est peut-être pas anodin que l’histoire de Nomadland soit portée par une femme, merveilleusement incarnée par l’actrice Frances McDorman qui nous fait vivre le bouleversement d’une vie et des pans d’une société tout entière. D’abord veuve, ensuite licenciée, elle devient une sans domicile fixe errant avec son van bricolé entre « bullshit jobs » et la quête d’une nouvelle communauté au bord des routes. Un portrait aussi puissant que poétique sur et avec les nouveaux « pionniers » de la pauvreté. 

Le triomphe de Nomadland (qui représente pour la réalisatrice « un pèlerinage à travers la douleur et la guérison ») a transformé l’histoire de ces délaissés de la société américaine en plus en un signal fort pour le cinéma et les femmes réalisatrices du monde entier. Car, déjà à la Mostra de Venise, Chloé Zhao fut que la cinquième femme et la première d’origine chinoise à remporter le Lion d’or, après l’Allemande Margarethe von Trotta (Les Années de plomb, 1981), la Française Agnès Varda (Sans toit ni loi,1985), l’Indienne Mira Nair (Le Mariage des moussons, 2001) et l’Américaine Sofia Coppola (Somewhere, 2010). 

La deuxième réalisatrice couronnée par les Golden Globes

Aujourd’hui, Zhao est devenue la deuxième femme de l’histoire des Golden Globes à avoir remporté la distinction suprême, 37 ans après Yentl de Barbra Streisand.  

La montée en puissance des réalisatrices semble être un véritable phénomène planétaire, car, en plus de la Mostra de Venise, Toronto et les Golden Globes, il y a aussi le succès fulgurant de la comédie Salut, Maman, de Jia Ling, en Chine. Avec plus de 3,6 milliards de yuans (450 millions d’euros) de recettes au box-office, il s’agit déjà du plus grand succès d’une réalisatrice dans l’histoire du cinéma en Chine.

Entretemps, Nomadland de Chloé Zhao s'impose et fait date aussi d’une autre manière et confirme ainsi un tournant historique pour l’industrie cinématographique. Une révolution déjà admise et conceptualisée par le directeur de la Mostra. En septembre dernier, Alberto Barbera avait confirmé à RFI que Venise (contrairement au Festival de Cannes) continuera à accepter des films de Netflix et d’autres plateformes en compétition : « On va vers une sorte de coexistence entre la diffusion en streaming et la distribution dans les salles. Il faut trouver de nouvelles règles. Le streaming est une réalité avec laquelle il faut coexister. » 

Premier film couronné avec une sortie salle/SVOD simultanée

Aujourd’hui, Nomadland est devenu le premier film couronné par un Lion d’or et un Golden Globe avec une sortie salle/SVOD simultanée. Car, en janvier, le studio Searchlight (qui appartient à Disney) a sorti le film de Chloé Zhao simultanément dans les salles américaines et pour les 38,8 millions d’abonnés américains de la plateforme Hulu.  

Après la fierté de Netflix, Roma, du Mexicain Alfonso Cuaron, Nomadland est donc devenu le deuxième Lion d’or rattaché à une plateforme. Reste à savoir, si Chloé Zhao réussira aussi l’exploit de Cuaron de décrocher la récompense ultime d’un Oscar et de continuer à faire trembler l’univers cinématographique. Réponse le 25 avril.  

 

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