Entretien

Jennifer Flay: «La Fiac Online peut créer de nouvelles vocations» pour l'art contemporain

Jennifer Flay, la directrice de la Fiac et de la première édition de Fiac Online Viewing Rooms 2021.
Jennifer Flay, la directrice de la Fiac et de la première édition de Fiac Online Viewing Rooms 2021. © Fiac-OVR

La première de Fiac Online Viewing Rooms, est-ce un tournant pour la foire internationale d’art contemporain ? Cela fait presque un an que le monde des expositions et des musées se trouve plus ou moins confiné et les rendez-vous physiques des foires d’art ont été annulés. Avec sa première édition virtuelle, du 4 au 7 mars, l’une des plus importantes foires d’art contemporain au monde essaie de créer de nouvelles connexions. Entretien avec Jennifer Flay, la directrice.

Publicité

Faire un tour à la Fiac n’a jamais été aussi rapide. La première édition virtuelle de la Foire internationale d’art contemporain vous permet de savoir en deux clics que l’œuvre la plus chère proposée dans les Viewing Rooms est Step, une sculpture en acier de huit mètres, réalisée par l’Américain Richard Serra en 1982 et vendue par la Galeria Guillermo de Osma à 2,8 millions d’euros. La sélection et les modes d’accès aux œuvres sont un vrai succès, en revanche, même avoir visité toutes les 212 galeries présentes, vous n’aurez pas assisté à une seule réaction enthousiasmée ou catastrophée d’un collectionneur ou visiteur…

RFI : La première édition virtuelle de la Fiac est une Fiac qui n’a pas ni lieu en octobre, ni lieu au Grand Palais à Paris. Depuis la crise sanitaire, est-ce que la Fiac est encore la Fiac ?

Jennifer Flay : Bien sûr que la Fiac est encore la Fiac. Elle aura lieu en octobre 2021 dans le Grand Palais Éphémère, sur le Champ-de-Mars. Cela sera une foire physique. Une édition, celle de l’année dernière, a dû être annulée à cause de la crise sanitaire, mais la Fiac continue bien sûr à être la Fiac. D’ailleurs, l’un de nos exposants à New York m’a dit hier qu’on sentait le buzz Fiac jusqu’à New York. Et plusieurs galeries nous ont déjà expliqué que c’était leur meilleure foire en ligne, alors que c’était ouvert que depuis mardi matin et uniquement pour les clients des galeries.

 À lire aussi : La foire 1-54 à Paris, «un vrai appel d’air» pour le marché de l’art contemporain africain

Vous avez pensé la Fiac Online comme « une plateforme dynamique, ludique, efficace » qui souhaite « créer de nouvelles connexions ». À quelle sorte de nouvelles connexions pensez-vous ?

Nous pensons que la nature d’une plateforme digitale peut ouvrir l’accès à l’art à de nouveaux publics. Il y a quelque chose de très intuitif. La Fiac Online peut créer de nouvelles vocations d’amateurs et de passionnés, mais aussi de collectionneurs. Au temps normal, il peut y avoir quelque chose d’intimidant d’entrer dans une galerie et demander un prix. À travers cette plateforme, c’est facile, il suffit de cliquer sur un bouton de la galerie et les prix sont affichés.

Amoako Boafo : “Green Clutch” (detail), 2021, Phototransfer and oil on canvas. 210 x 180 cm. Oeuvre présentée (et déjà vendue) par Mariane Ibrahim Gallery.
Amoako Boafo : “Green Clutch” (detail), 2021, Phototransfer and oil on canvas. 210 x 180 cm. Oeuvre présentée (et déjà vendue) par Mariane Ibrahim Gallery. © Fiac-OVR

La Fiac Online réunit 212 galeries, mais aussi cinq commissaires invités très prestigieux, de Bernard Blistène du Centre Pompidou jusqu’à X Zhu-Nowell du Guggenheim à New York. Il y a aussi sept institutions associées de réputation mondiale, dont le Musée du Louvre, M Woods Pékin, le Muséo Tamayou au Mexique ou la Bourse de Commerce-Pinault Collection et la fondation Pernod Ricard qui vont prochainement ouvrir leurs portes. Ambitionnez-vous de reconstruire dans un espace virtuel l’espace culturel public du monde de l’art ?

À travers les Fiac Online Viewing Rooms, on propose un complément. Finalement, les Fiac Online Viewing Rooms sont destinées à accompagner nos événements physiques. À partir du mois d’octobre, pendant la Fiac, on souhaite recréer le paysage culturel virtuellement. En tous les cas, on veut donner plus d’éléments de contextualisation. Je pense, par exemple, aux tableaux en peinture phosphorescente de Nina Childress, montrés à la galerie Bernard Jordan (Paris, Zurich). À la lumière noire, ils prennent une tout autre allure qu’en plein jour. Sur la plateforme, on peut voir les deux versions. On peut aussi regarder une sculpture de glace de Philippe Pareno se transformer dans le temps chez Esther Schipper. Chez d’autres galeristes, on peut découvrir les dos de tableaux, par exemple une œuvre de Picabia de 1938 qui comporte toutes les étiquettes de toutes les expositions dans lesquelles elle a été présentée…  

[Vidéo] Jennifer Flay sur la présence africaine à la FIAC Online Viewing Rooms 2021

►À lire aussi : «Le nouveau projet culturel du Centre Pompidou» après la fermeture 2023-2027

La Fiac Online signifie la volonté de donner une réponse à la crise provoquée par le coronavirus. Dans l’univers du cinéma, on observe depuis un an un combat acharné entre les plateformes et les salles de cinéma. Dans le monde de l’art, peut-on parler d’une lutte entre les maisons de vente en ligne et les foires d’art ?

Je n’aime pas parler de combat, parce que nous font partie du même écosystème. Les maisons de vente en ligne, les maisons des ventes aux enchères, les galeries d’art, les foires d’art, nous sommes différents. La Fiac n’est pas une intermédiaire dans les ventes que nos galeries effectuent. Nous sommes l’organisateur de l’événement. Les transactions se passent entre les galeries et leurs clients. Nous proposons quelque chose de différent : la possibilité de dialoguer avec une galerie, d’apprendre davantage sur l’œuvre. Maintenant, c’est vrai, il y a beaucoup de choses qui se passent en ligne. Heureusement que cela existe. Comme on sait, les musées et les salles de spectacles sont fermés, les galeries sont ouvertes, mais elles travaillent à un rythme ralenti. C’est important qu’il y ait ces événements en ligne pour les aider à trouver leur public.

Pilar Albarracín : « En la piel del otro », 2018. Œuvre présentée à la Fiac Online Viewing Rooms 2021 par la Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois.
Pilar Albarracín : « En la piel del otro », 2018. Œuvre présentée à la Fiac Online Viewing Rooms 2021 par la Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois. © Fiac-OVR

Parmi les 212 galeries de 27 pays, il y en a deux qui sont aussi basées en Afrique, la galerie Cécile Fakhoury (Abidjan, Dakar, Paris) et celle de Selma Feriani (Tunis, Londres). Une édition numérique facilite-t-elle l’accès à la Fiac ?

Bien entendu. À la fois pour les galeries et pour les visiteurs. Je n’ai pas encore les statistiques, mais je pense qu’il n’y a non seulement les galeries d’Afrique qui sont présentes à la Fiac, mais aussi des visiteurs qui regardent la Fiac Online depuis leur pays africain. Et puisque vous parlez des galeries africaines, en effet, depuis plusieurs années, on a la chance d’avoir celle de Selma Feriani. Et depuis 2019 celle de Cécile Fakhoury. Elle fait une exposition en ligne de deux artistes : l’œuvre impressionnante du peintre Serigne Ibrahima Dieye et les peintures du Béninois Roméo Mivekannin qui travaille à Toulouse, mais qui est d’origine béninoise. J’encourage vraiment le public d’aller découvrir ces peintres.

Pour prendre connaissance de la création en Afrique et de la diaspora, nous avons également la galerie Mariane Ibrahim. Elle est installée à Chicago et présente des artistes de la diaspora africaine et d’Afrique, par exemple Jerrell Gibbs, et aussi Amoako Boafo, un jeune peintre ghanéen remarquable qui vit en Autriche. Il y a beaucoup de découvertes à faire.

►À lire aussi : Culture africaine: les rendez-vous en mars

Sur la plateforme, vous proposez au visiteur, entre autres, le mode « View on a wall », c’est-à-dire la possibilité de regarder les œuvres à l’échelle d’un stand au Grand Palais, ou, sur inscription, des visites virtuelles sur Zoom. Quelles sont les innovations technologiques de cette Fiac Online ?

Nous avons voulu prendre le meilleur de ce qui a été fait ailleurs, mais aussi d’innover. La fonctionnalité View on a wall a été expérimentée par d’autres événements en ligne, mais ici, à la Fiac, c’est un View on a wall dans le Grand Palais ! Un petit clin d’œil à notre maison de cœur. Ce qui est très affiné et poussé sur la Fiac Online, ce sont les critères de sélection. On peut trier les œuvres de manière extrêmement fine : par date, taille, médium, prix, ou tout cela à la fois. On peut aussi, et c’est très sympathique et nouveau, choisir des rencontres fortuites si l’on a envie d’être surpris, étonné. Et c’est possible à travers cette fonctionnalité « Rencontres fortuites ».

 Fiac Online Viewing Rooms, du 4 au 7 mars 2021.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail