Economie / Microcrédit / Microfinance

La microfinance en question

Tairabi Pathan, 40 ans a contracté un emprunt de 10 000 roupies (160 euros) à une banque de microcrédit, pour créer son commerce à Bombay, en Inde.
Tairabi Pathan, 40 ans a contracté un emprunt de 10 000 roupies (160 euros) à une banque de microcrédit, pour créer son commerce à Bombay, en Inde. REUTERS/Danish Siddiqui

La plateforme européenne de la micro-finance organise toute la semaine des débats et des rencontres sur les expériences menées dans les pays en développement. La micro-finance est généralement présentée comme une réponse à la pauvreté endémique dans ces pays. Mais depuis quelques temps, certains experts s’interrogent sur l’efficacité de cette forme de crédit.

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Le microcrédit a été développé dans les années 70 par l’économiste bangladais Mohammed Yunus. Son objectif est de prêter de petites sommes à des familles pour qu’elles créent leur activité et s’émancipent des usuriers. Sa mission est donc de sortir les plus faibles de la pauvreté. Ils peuvent ainsi plus facilement surmonter un choc tel que la maladie ou une mauvaise récolte. Son extension, la microfinance (qui comprend une gamme de services incluant le crédit, mais aussi l’épargne, l’assurance et le transfert d’argent) doit permettre à une clientèle pauvre d’accéder à des services bancaires.

L’expérience a fait école partout dans le monde y compris dans les pays occidentaux, en Europe et aux Etats-Unis. Aujourd’hui, il existe plus de 3 000 institutions de microfinance dans le monde qui desservent plus de 150 millions de micro-emprunteurs. Quatre-vingt-cinq pour cent des emprunteurs sont des femmes, qui n’avaient auparavant aucun accès au crédit.

Les limites de la microfinance

Aujourd’hui, en Inde, l’industrie de la microfinance est menacée par les mesures politiques prises contre ce secteur. Certains hommes politiques reprochent en effet aux institutions de microcrédits de pratiquer des taux excessifs et de harceler les emprunteurs. Les agents de prêt, rémunérés en fonction du nombre de clients et du taux de remboursement, pousseraient à emprunter des personnes qui n’en ont pas les moyens, avant de les harceler pour qu’elles remboursent.

C’est pourquoi le gouvernement de l’Etat indien de l’Andhra Pradesh vient de décider que toute tentative de pression sur un emprunteur est passible de 3 ans de prison et d’une amende de 2 000 dollars. Dans cet Etat indien, les taux pratiqués par certaines institutions de microcrédit sont compris entre 24 et 36% et suscitent de fortes critiques.

Par ailleurs, la responsabilité solidaire pratiquée dans le microcrédit découragerait la prise de risque. Les différents membres du groupe ne veulent pas prendre le risque de devoir rembourser, en cas d’échec, alors qu’ils n’empocheront pas les gains supplémentaires si l’activité génère des gains. Le microcrédit est donc souvent limité au financement d’activités familiales et ne sert guère à la création d’entreprises, générant des emplois.

Pas de miracle, mais une amélioration du niveau de vie

D’après l’étude de l’économiste Esther Duflot, le microcrédit permet aux emprunteurs d’acquérir plus de biens durables pour leurs foyers, sans pour autant pousser à une frénésie de consommation. Il permet également d’acquérir des actifs productifs comme une bicyclette ou une machine à coudre, ou encore d’augmenter les stocks. Toutefois, les études en cours ne démontrent pas d’impact immédiat sur la santé ou la scolarisation.

Il semble que le microcrédit ne provoque pas de transformation profonde de la vie des emprunteurs, mais améliore leur quotidien immédiat. Dans nombre de cas, lorsque la situation économique s’est améliorée, et qu’il en a la possibilité, l’emprunteur préfère prendre un emploi salarié. Le microcrédit fait donc plus office de filet de sécurité que de tremplin économique.

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