Economie mondiale/Fonds monétaire international

Lagarde, Carstens et Marchenko candidats à la direction du FMI

Le siège du FMI à Washington.
Le siège du FMI à Washington. DR/International Monetary Fund
Texte par : Agnieszka Kumor
7 mn

Ce 10 juin 2011 au soir marque la fin des candidatures à la direction du FMI. Il y a plusieurs prétendants dont la ministre française Christine Lagarde, le Mexicain Agustin Carstens et le Kazakh Grigori Marchenko, tous deux à la tête des banques centrales de leurs pays. Les Européens soutiennent la candidate française alors que les pays émergents partent en ordre dispersé.

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Christine Lagarde, la ministre française des finances
Christine Lagarde, la ministre française des finances Reuters

La crise dans la zone euro a renforcé la conviction des Européens qu'il vaut mieux avoir un ami à Washington. Et la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, a démontré ses talents de négociatrice. Elle sait écouter et se faire écouter, on l'a vu durant sa campagne mondiale pour le poste de directeur général du FMI. Mais malgré ses indéniables qualités, la Française « n’a pas une formation d’économiste, la matière dont s’occupe le Fonds monétaire international n’est pas son domaine d’expertise », remarque Charles Wyplosz, professeur d'économie à l'Institut des hautes études internationales et du développement à Genève.

Paradoxalement, le fait de connaître les dossiers européens auxquels le FMI a apporté son aide pourrait se retourner contre la candidate française. On pointe notamment un possible conflit d’intérêts.

La menace de la Cour de justice française 

Mais le vrai « talon d'Achille » de Christine Lagarde reste l'affaire Tapie. Il est question de la gestion jugée controversée d'un litige entre Bernard Tapie, l’homme d’affaires, et le Crédit lyonnais. On reproche à Christine Lagarde d'avoir fait appel à une justice arbitrale privée, au détriment de l'Etat et du contribuable français.

D’après Thomas Clay, professeur de droit et doyen de l'université de Versailles, malgré la conviction de l'intéressée, cette procédure pourrait constituer une certaine menace pour la candidature française au moment du vote par le Conseil d’administration du FMI, et aussi plus tard : « Il est probable que le renvoi possible de Christine Lagarde devant une haute instance juridique de son pays pourra, en effet, peser lourd sur l’exercice de ses futures fonctions ».

Pourtant le FMI n’a pas été dirigé que par des économistes. Les années que Christine Lagarde a passé à Bercy ont montré que la ministre sait très bien assimiler les analyses que lui donnent ses collaborateurs. Et, c’est bien connu, il y a d’excellents collaborateurs à Washington.

Les émergents veulent la place

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le FMI est une chasse gardée des Européens, la Banque mondiale revenant aux Américains. C'est une convention non-écrite, jugée obsolète, et même « scandaleuse » par les pays émergents. Exaspérés, les Brics veulent enfin prendre les rênes d'une grande institution internationale. Mais ils ont du mal à accorder leurs violons.

Grigori Martchenko
Grigori Martchenko Ambassade du Kazakhstan

Pour Christophe Destais, directeur adjoint au Centre d’études prospectives et d’informations internationales, les grandes puissances émergentes n’occupent pas au sein du FMI la place qui leur revient. En revanche, « leur degré d’ouverture aux échanges internationaux est très variable. La plus avancée étant la Chine, avec ses réserves de près de 3 000 milliards de dollars de change ». Et c’est aussi la Chine qui nourrit des ambitions monétaires internationales, avec un début d’internationalisation de sa monnaie, le Renminbi (RMB).

« Une partie du jeu monétaire international se joue dans le dialogue direct entre la Chine et les Etats-Unis. Le FMI est un pion dans cette partie de ping-pong à laquelle les autres émergents ne sont pas invités ».

Agustin Carstens à Mexico, le 23 mai 2011.
Agustin Carstens à Mexico, le 23 mai 2011. Reuters/Carlos Jasso

Face à Christine Lagarde, deux adversaires déclarés : Agustin Carstens, le Mexicain, et Grigori Marchenko, le Kazakh, tous les deux à la tête des banques centrales de leurs pays.

Le Conseil d’administration du FMI, composé des représentants de 24 pays ou groupes de pays, compte désigner son directeur général d'ici le 30 juin.

L'Afrique apporte son soutien à la candidature de Christine Lagarde

« L’Afrique soutient la candidature de Christine Lagarde à la direction du Fonds monétaire international » a déclaré Matata Mapon, le ministre congolais des Finances, s’exprimant au nom de ses homologues africains, ce vendredi à Lisbonne, au Portugal.
Un peu plus tôt dans la journée Trévor Manuel, ancien ministre sud-africain des Finances, annonçait le retrait de sa candidature à la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI. Une candidature qui était pourtant défendue par une partie de l’Afrique. Jacob Zuma, le président sud-africain, était même allé jusqu’à demander à Dilma Roussef, son homologue brésilienne, de soutenir la candidature de Trévor Manuel.
La déclaration du ministre congolais des Finances vient prendre le contre-pied de la première position de l’Union Africaine. Mercredi 8 juin, dans un communiqué, l’organisation continentale estimait « qu’il est temps à présent pour un non-Européen, particulièrement un Africain, d’être à la tête du FMI ».
La Côte d’Ivoire a été l’un des premiers pays africains à apporter un soutien officiel à la ministre française. « Madame Christine Lagarde sera une excellente directrice générale pour le Fonds monétaire international que je connais bien » avait déclaré Alassane Ouattara, lors d’une interview sur TV5 Monde.


Vendredi après-midi 10 juin, Christine Lagarde s'est déclarée « confiante » dans sa possible nomination à la tête du FMI malgré le report de la décision de la justice française concernant l'affaire Tapie.

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