Economie

La Russie, maillon faible des Brics

Le président russe Dmitri Medvedev.
Le président russe Dmitri Medvedev. Reuters/B Mathur
Texte par : Myriam Berber
4 mn

Le Forum économique de Saint-Pétersbourg, qui se tient du 16 au 18 juin 2011 dans l’ancienne capitale russe, met à l’honneur cette année les économies émergentes des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). L’enjeu de cette conférence : améliorer le climat d’affaires en Russie pour attirer les investisseurs étrangers.

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La crise financière n’a pas épargné la Russie. Au sein du club des Brics, Moscou fait figure de mauvais élève avec une croissance décevante au premier trimestre 2011 de 4,1%, un taux bien loin de celui des autres pays émergents. Le déficit, quant à lui, devrait passer de 4,2% du PIB en 2010 à 3% en 2011, et l’inflation très élevée au-dessus de 9% pénalise le pouvoir d'achat des ménages russes. A cela s’ajoute la baisse des investissements.

Depuis 2008, le pays est en effet confronté à une fuite continue des capitaux étrangers. Pour les cinq premiers mois de l’année, près de 35 milliards de dollars de capitaux privés ont quitté la Russie, soit autant que sur l’ensemble de l’année 2010. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène : la bureaucratie, la corruption, le manque d’infrastructures et les impôts pesant sur les entreprises. Sans compter que les oligarques, qui concentrent une grande part de la richesse du pays, trouvent peu de débouchés sur le marché domestique. Ils préfèrent donc investir leurs capitaux hors de Russie.

La fuite des capitaux

L’objectif de ce Forum de Saint-Pétersbourg est de faire revenir les investisseurs étrangers pour doper la croissance. En se rapprochant de la Chine, la Russie cherche des relais de croissance vers des pays très gourmands en énergie. Le Forum sera l’occasion pour plusieurs entreprises de signer des accords commerciaux. Le plus attendu d’entre eux est le méga-contrat entre Gazprom et la compagnie chinoise CNPC pour la livraison de gaz russe en Chine sur les trente prochaines années. Mais rien n’est encore acquis, l’accord bute sur la question du prix.

Selon Alexandre Proisy, économiste à Natixis et spécialiste de la région, la Russie qui est à la traîne des Brics, doit sortir de sa dépendance au pétrole : « Aujourd’hui, la Russie a certes un poids géopolitique très important lié au fait qu’elle dispose, comme la Chine, d’un siège au Conseil de sécurité. Mais en termes de dynamisme économique, elle est en retrait si on la compare à la Chine, l’Inde ou bien encore au Brésil. La Russie doit changer de modèle de développement. Le pays est assis sur un tas d’or, des ressources énergétiques considérables, mais elle a du mal aujourd’hui à développer d’autres secteurs que celui des ressources naturelles. L’enjeu de cette conférence de Saint-Pétersbourg est d’améliorer le climat des affaires, ce qui permettrait stimuler les investissements étrangers dans d’autres secteurs que les ressources naturelles ».

Réduire le poids de l’Etat

Cette orientation économique basée uniquement sur les hydrocarbures est préjudiciable aux autres secteurs comme celui des infrastructures ou des transports très vétustes. Afin d’attirer les investisseurs étrangers dans le pays, les autorités russes doivent également mettre en œuvre des réformes. Selon un récent rapport de la Banque mondiale, la Russie va perdre encore du terrain face aux autres économies émergentes «si elle n’éradique pas la corruption» et « si elle ne réduit pas le poids de l’Etat dans l’économie ».

Le président Dmitri Medvedev, qui a fait de la modernisation son mot d’ordre, a lancé des réformes pour faciliter la vie des entrepreneurs. Il prévoit ainsi de moderniser un tiers des emplois, de supprimer des postes dans la fonction publique et de créer de nombreux emplois dans le secteur des technologies de l’information. Les autorités russes envisagent également de créer un fonds spécial de 10 milliards de dollars pour attirer les investisseurs.

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