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Economie / Crise alimentaire

La flambée des prix des céréales ravive la peur d’une crise alimentaire mondiale

Le président américain Barack Obama devant un champ de maïs touché par la sécheresse, ce 13 août 2012.
Le président américain Barack Obama devant un champ de maïs touché par la sécheresse, ce 13 août 2012. REUTERS/Larry Downing
6 mn

Les cours des matières premières agricoles flambent. La sécheresse qui frappe les Etats-Unis et d’autres régions productrices de céréales est responsable de la situation désastreuse. Cette évolution faisant craindre un risque de crise alimentaire mondiale, le Forum de réaction rapide, une instance issue du G20, envisagerait une réunion début septembre. L’explosion d’une telle crise à l'échelle du globe aurait des conséquences terribles pour les pays du Sud.

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Plus de la moitié des Etats-Unis est désormais considérée comme «zone sinistrée»

Les Etats-Unis et la région de la mer Noire – la Russie, le Kazakhstan et l’Ukraine principalement – sont frappés par une sécheresse sans précédent. Outre-Atlantique, il s’agit de la plus grave situation climatique depuis un quart de siècle, qui touche aujourd’hui 48 Etats. Résultats, les prix des céréales et du soja ont flambé, ils ont bondi de près de 30% depuis le mois de juin.

Il y a à peine deux mois, les agriculteurs américains s'attendaient pourtant à une récolte record, les surfaces semées en maïs étant au plus haut depuis 75 ans. Aujourd’hui, le constat est terrifiant : la situation n’a pas été aussi dramatique depuis un quart de siècle. Les zones agricoles du Midwest, qui produisent les trois-quarts du maïs et du soja américains, connaissent une sécheresse classée « extrême ou exceptionnelle ». Plus de la moitié des Etats-Unis est désormais considérée comme « zone sinistrée ». En juillet, la température moyenne aux Etats-Unis a atteint un niveau record depuis 1936, soit 25,3°C.

La Russie, fournisseur du quart des exportations mondiales de blé, devrait pour sa part produire 6 millions de tonnes de moins qu'estimé en juin dernier et 13 millions de tonnes de moins que lors de la moisson précédente. Vendredi 10 août, avant la publication du rapport du Département américain de l'Agriculture (USDA) sur l'offre et la demande américaine et mondiale, les prix du maïs ont touché un nouveau sommet. Une fois le document diffusé, l’angoisse d’un marasme alimentaire a explosé. Le rapport affirme qu’un sixième de la récolte de maïs des Etats-Unis a été « perdu » ou du moins retranché des estimations de récolte d'un mois sur l'autre. Les craintes d'une crise alimentaire mondiale comparable à celle de 2007-2008 sont désormais concrètes.

A l’époque, de violentes émeutes de la faim avaient soulevé les populations du Sud à cause de la hausse des denrées de première nécessité (pain...) due à une augmentation spectaculaire des prix des céréales.

Paris et Washington prêts à agir

Face à cette situation dangereuse, Paris et Washington sont en état d’alerte. Ils rappellent les engagements pris lors du G20 en matière agricole, en particulier la nécessité de ne pas prendre de mesures susceptibles d'amplifier les déséquilibres entre l'offre et la demande, comme des embargos à l'exportation que pourraient décider certains pays.

Lundi 13 août, constatant l’ampleur de la menace, les deux Etats se sont dits prêts à activer le Forum de réaction rapide du G20 si les marchés venaient encore à chuter. Ce serait une première. La France préside actuellement Amis, le système d'information sur les marchés agricoles, basé à Rome et auquel est rattaché le Forum de réaction rapide mis en place en 2011 par le G20. Les Etats-Unis reprendront cette présidence en octobre. Hormis les pays du G20, neuf institutions internationales ainsi que huit pays ayant un rôle plus ou moins important sur les marchés céréaliers - l’Espagne, la Thaïlande, le Vietnam, les Philippines, le Kazakhstan, le Nigeria, l’Ukraine et l’Egypte - participent au système Amis.

Le Forum de réaction rapide a pour mission de prévenir et de répondre aux crises sur les marchés agricoles. Il est composé de responsables des politiques agricoles des principaux pays producteurs, exportateurs et importateurs.

L’ampleur de la mission est énorme : afin d’obtenir une vue globale des marchés, une harmonisation des statistiques données par les différents acteurs est essentielle. Or, de nombreux pays maintiennent l'opacité sur leurs stocks.

Des conséquences qui pourraient être désastreuses

Cette flambée des prix des céréales fait craindre des conséquences désastreuses pour les pays du Sud. Des Etats structurellement déficitaires comme les pays du Maghreb ou même l’Égypte pourraient pâtir sérieusement d’une crise.

Le 30 juillet, la Banque mondiale a mis en garde contre les « conséquences néfastes » de la flambée actuelle des cours pour les populations pauvres, même si, pour le moment, les stocks de riz restent relativement positifs (c’est l’augmentation des prix du riz qui avait provoqué les émeutes de la faim en 2008). « La hausse des prix ne va pas se répercuter seulement sur le pain et les produits transformés mais également sur l’alimentation animale et, en bout de chaîne, sur le prix de la viande », prévient-elle.

Du côté de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les appréhensions sont plus fortes. Elle affirme craindre une réelle crise alimentaire pour la fin de l’année si rien n’est fait.

Dans un rapport publié jeudi 9 août, l’agence de l’ONU affirme qu’après trois mois consécutifs de baisse, les prix alimentaires mondiaux ont grimpé de 6% en juillet par rapport à juin. En ce qui concerne les céréales, l’indice des prix « maison » atteint en moyenne 260 points et ne se trouve plus qu’à 14 points de son record absolu d’avril 2008.

José Graziano da Silva, le directeur général de la FAO, demande ainsi fermement aux États-Unis de suspendre leur législation imposant des quotas de bioéthanol dans les carburants, produits à base de maïs ou de colza. La production de bioéthanol dévore en effet 40% de la production américaine de maïs. Sur ce point, la France, la Chine et une vingtaine d’autres pays suivent la demande de la FAO.

Dans un entretien accordé à un journal autrichien ce 14 août, le président du groupe suisse d'agroalimentaire Nestlé, Peter Brabeck est catastrophé. Il évoque la politique visant à réserver des surfaces de production de plus en plus grandes pour les biocarburants au détriment de cultures vivrières, aux Etats-Unis notamment. « Il y a de forts groupes de pression et des subventions élevées, donc je m'attends à une crise de l'alimentation et de la faim encore plus grave qu'en 2008 », affirme-t-il, sans appel.

L’enjeu est gigantesque pour le Nord s'il veut éviter une crise qui affaiblirait encore un peu plus les plus pauvres.

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