France/Matières premières

Très cher cacao, les accros du chocolat craignent pour leur passion

La production mondiale actuelle de cacao est de 4 millions de tonnes. Selon le géant suisse Barry Callebaut, il faudra porter ce chiffre à 5 millions d’ici 2020.
La production mondiale actuelle de cacao est de 4 millions de tonnes. Selon le géant suisse Barry Callebaut, il faudra porter ce chiffre à 5 millions d’ici 2020. REUTERS/Jacky Naegelen

Le cacao se vend aujourd’hui 30 % plus cher qu’il y a un an. Les grands ordonnateurs de ce marché, particulièrement surveillé par les gourmands, alertent sur une éventuelle pénurie des précieuses fèves. Pas davantage à l’abri des spéculateurs que les autres matières premières, le cacao a vu son cours s’envoler. Seule parade, selon les experts : doper la production.

Publicité

« Je suis fou du chocolat Lanvin ». La proclamation de Salvador Dali en son temps pourrait être reprise aujourd’hui par les adeptes de plus en plus nombreux de cette gourmandise. Tout le monde s’y met, particulièrement les pays émergents et notamment l’Asie, pour qui c’est une découverte récente. Avec comme conséquence logique, une demande en hausse qui devrait réjouir le marché si la production suivait cet engouement.

Ce n’est pas le cas expliquait jeudi 15 mai lors de son passage à Paris le directeur général de Barry Callebaut, le leader mondial des fabricants de chocolats. Si Jürgen Steinemann se félicite de voir sa progression dans les pays émergents en hausse de 18 % en un an, il ne cache pas non plus son inquiétude face à l’avenir.

La production mondiale actuelle de cacao est de 4 millions de tonnes et selon le géant suisse Barry Callebaut, il faudra porter ce chiffre à 5 millions d’ici 2020 pour suivre la demande croissante des pays nouvellement conquis. « Et la seule manière d’y parvenir, c’est d’augmenter la production », déclare logiquement Jürgen Steinemann. La Côte d’Ivoire, où il achète beaucoup et qui est le premier producteur mondial devant le Ghana avec 36 % des cacaoyers dans le monde, est au centre des attentes.

Dissuader les planteurs d’abandonner
 

Une plantation de cacao en Côte d'Ivoire.
Une plantation de cacao en Côte d'Ivoire. AFP/ SIA KAMBOU

Fragilisé pendant la crise politique de 2010-2011 en Côte d’Ivoire, le rendement de la culture du cacao demeure en deçà de ses possibilités. Barry Callebaut qui fait travailler 5 millions de planteurs dans le monde se fixe pour objectif de doubler leur production d’ici à 2020. Pour ce qui concerne la Côte d’Ivoire, le groupe a investi 8 millions d’euros dans des programmes d’assistance destinés à 4 000 producteurs à la tête de petites exploitations de 2 ou 3 hectares.  

Il s’agit maintenant de doubler les rendements qui sont d’environ 400 kilos à l’hectare actuellement en utilisant des moyens simples (suppression des fruits abîmés, des feuilles malades...). Quant à l’apport d’engrais destiné à augmenter la productivité, son prix est trop élevé pour les petits planteurs. En comparaison, des exploitations mécanisées peuvent produire jusqu’à 2 000 kilos/ha…

En l’état actuel des choses, la tentation est grande pour les petits producteurs d’abandonner le cacao pour se tourner vers la palme, la banane ou le caoutchouc, plus rémunérateurs. « Mais, en les aidant à obtenir de meilleurs rendements, une meilleure qualité et donc un meilleur profit, il sera facile de les convaincre de retourner au cacao », veut croire Philippe Janvier, le vice-président de Barry Callebaut.

38 grammes par jour

Tout le monde doit en effet rester fidèle au poste si les amateurs anciens et nouveaux du chocolat veulent avoir de quoi satisfaire leurs papilles. Certes, en comparaison d’un Américain ou d’un Européen qui engloutit 10 à 12 kilos de chocolat par an, les 50 grammes annuels que consomme un Asiatique, ne risquent pas de bouleverser le marché. Pas tout de suite, mais l’augmentation de la demande est déjà bien amorcée.

En Inde, par exemple, où on l’apprécie de plus en plus à la mode de là-bas, c’est-à-dire au lait et très sucré, le chocolat progresse chaque année 20%. En Chine, la consommation augmente de 30% année après année, alors que la moitié de la population n’y a encore jamais goûté. Même si la consommation moyenne n’est toujours que de 38 grammes par an et que tous les Chinois ne vont pas se mettre à réclamer leur tablette quotidienne du jour au lendemain, les géants du secteur anticipent néanmoins une progression à la mesure de ces deux poids lourds asiatiques.

Malgré un déficit de 160 000 tonnes pour la récolte 2013, les bonnes prévisions pour la récolte en Côte d’Ivoire et au Ghana redonnent un peu d’air. Mais la pression sur les cours des spéculateurs et des fonds de pension ne se relâche guère. Seule façon de ne pas stresser pour les accros de la « dive plaque » : se dire que le cacao ne représente tout au plus que 10 % du prix de sa gourmandise favorite. 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail